Si l’accord avec l’Iran annoncé mardi a un bon côté, d’un point de vue israélien, le pays généralement profondément divisé se joint les mains pour le rejeter.

A l’unisson, fait inhabituel, la coalition et l’opposition dénoncent l’accord que les six puissances mondiales ont signé avec la République islamique, déplorant que l’accord lui permette de devenir un Etat au seuil nucléaire légitime dans un avenir proche.

Avant même de connaître les détails de la transaction, la députée Tzipi Livni a évoqué mardi matin une « journée dramatique ».

Alors que tout le monde en Israël considère que cet accord est extrêmement dangereux (mais pas nécessairement une menace existentielle), les politiciens et les experts passeront les prochains jours à chercher sur qui la faute repose et ce qui devrait être fait maintenant que c’est un fait acté.

Une question qui sera sans aucun doute soulevée est de savoir si un résultat différent aurait été possible si le gouvernement avait agi de façon plus judicieuse.

Personne ne nie que le Premier ministre Benjamin Netanyahu mérite beaucoup de crédit pour avoir attiré l’attention du monde sur la menace iranienne, et en menaçant de prendre une action militaire, il a poussé la communauté internationale à ériger un régime de sanctions sans précédent.

Mais, certains affirment que son style a retranché Israël dans un coin, ne lui donnant pas la moindre chance d’influencer les négociations en cours.

« C’est sur lui. C’est son nom », a déclaré le député Yair Lapid la semaine dernière, en demandant la démission de Netanyahu.

« Son approche a conduit non seulement les États-Unis mais aussi les cinq autres puissances impliquées dans les négociations – la Chine, la Russie, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne – à ne pas prendre en compte les préoccupations d’Israël sur l’accord, les préoccupations qui sont justes et justifiées ». Le leader de l’opposition, Isaac Herzog, a fait écho à ces réflexions lundi.

La députée travailliste, Shelly Yachimovich mardi est allée jusqu’à affirmer que l’approche du Premier ministre aux Etats-Unis vis-à-vis de l’Iran était un « échec total » qui sera « encore enseigné dans les manuels d’Histoire ».

On peut certainement discuter si la stratégie du Premier ministre a été utile. Peut-être que si Israël avait pu légèrement améliorer les termes de l’accord, si elle avait travaillé à travers des canaux diplomatiques plus calmes plutôt que de constamment mépriser les puissances mondiales tandis qu’ils négociaient avec l’Iran, comme Netanyahu et ses hommes l’ont fait durant ces quelques derniers mois, peut-être que les termes de l’accord auraient été quelque peu différents.

Mais ce n’est pas garanti.

« Je ne suis pas un fan du Premier ministre, mais le programme nucléaire iranien n’était pas une question politique. Ce n’est pas sûr que s’il avait agi différemment le résultat aurait pu être meilleur », a déclaré Yoel Guzansky, qui a travaillé sur la menace iranienne au Conseil de sécurité nationale.

« Peut-être qu’Israël aurait pu avoir plus d’influence dans les négociations, mais il est impossible de dire si cela aurait conduit à un meilleur résultat ».

Au final, aussi bien les puissances mondiales du P5 + 1 que les Iraniens voulaient un accord, et donc la capacité d’Israël pour éviter ce résultat était entravée dès le début, a expliqué Guzansky, aujourd’hui chercheur à l’Institut d’études en sécurité nationale à Tel Aviv.

Les Américains sont loin du Moyen-Orient, et le président Barack Obama souhaitait avoir au moins une victoire dans la région, où tout le reste auquel il a touché a échoué, a-t-il suggéré. Téhéran voulait aussi absolument un accord, car ils souffrent de plus en plus des sanctions et peuvent désormais envisager un programme nucléaire légitime.

Le Secrétaire d'Etat américain John Kerry (g), le ministre britannique des Affaires étrangères Philip Hammond (2ème g), le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov (4g), le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier (7e g), le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius (8g) et le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi (9g) attendre avec les autres avant le début d'une réunion avec le P5 + 1, l'Union européenne et des responsables iraniens à Lausanne, Suisse, le 30 mars 2015 (Crédit : AFP / POOL / BRENDAN SMIALOWSKI)

Le Secrétaire d’Etat américain John Kerry (g), le ministre britannique des Affaires étrangères Philip Hammond (2ème g), le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov (4g), le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier (7e g), le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius (8g) et le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi (9g) attendre avec les autres avant le début d’une réunion avec le P5 + 1, l’Union européenne et des responsables iraniens à Lausanne, Suisse, le 30 mars 2015 (Crédit : AFP / POOL / BRENDAN SMIALOWSKI)

En s’opposant à l’accord, Israël a clairement fait savoir qu’il n’était pas lié par l’accord et que de fait il maintient le droit d’agir militairement contre les installations nucléaires de l’Iran, comme l’ancien conseiller à la sécurité nationale Yaakov Amidror l’a suggéré mardi.

Avec le recul, il est toujours facile de dire qu’une politique différente aurait été plus intelligente, a-t-il déclaré à la radio militaire, « mais il est impossible de vérifier ces arguments et donc ils ne peuvent pas être pris au sérieux ».

Les électeurs du Likud appellent parfois Netanyahu, le magicien (pour sa capacité à gagner élection après élection), mais empêcher un accord était vraiment impossible.

« Même si l’art de gouverner israélien dans tout ce qui concerne l’Iran avait été aussi bon que l’esprit humain puisse le faire, je doute que cela aurait fait la différence », a affirmé Yehezkel Dror, un ancien conseiller de plusieurs premiers ministres israéliens, au Times of Israel Il y a quelques mois, tandis qu’il devenait clair que l’Iran et le P5 + 1 finiraient par signer un accord établissant l’Iran comme un Etat au seuil nucléaire.

« Je ne pense pas qu’Israël avait le pouvoir de changer cette politique. Même s’il avait agi à bon escient, ce qu’il n’a pas fait ».

Et maintenant ?

Mais maintenant, il est plus important de regarder vers l’avenir. Qu’est-ce qu’Israël peut faire à ce stade ? Malgré les assurances de Jérusalem qu’il fera tout ce qui est nécessaire pour se protéger, il est parfaitement clair pour tous qu’une frappe militaire préventive contre les installations nucléaires de l’Iran est hors de question (à moins que l’Iran ne viole de manière flagrante l’accord et qu’il se précipite vers la bombe avant que l’actuel accord ne s’effondre).

Une fois que Jérusalem se rend compte qu’il est impossible d’éviter le décret du mal de l’accord nucléaire de mardi, peut-être qu’il est temps pour le gouvernement de changer de cap et de demander aux Américains un bel effort de compensation.

Washington a fourni de grandes garanties pour rassurer les pays du Golfe, en faisant de généreuses promesses. Israël serait bien avisé de faire également appel à la générosité de l’administration et d’essayer d’obtenir le meilleur d’une mauvaise situation. Il pourrait demander des F-35s et des batteries Dômes de fer supplémentaires, des garanties de sécurité spécifiques ou une augmentation des paiements de défense annuels de Washington.

Avant que l’accord ne soit finalisé, les responsables à Jérusalem ne voulaient pas discuter de ces demandes, en insistant pour lutter contre l’accord éventuel jusqu’à la fin. Il va de soi que, au moins initialement, Netanyahu ne parlerait pas publiquement de compensations. Au contraire, il va attaquer l’accord avec tout l’arsenal verbal qu’il a à offrir. La prochaine étape sera probablement d’essayer d’influencer les législateurs américains, qui peuvent encore faire couler l’accord.

L’accord annoncé à Vienne est maintenant envoyé au Congrès américain pour être scruté, qui a combattu durement pour obtenir le droit de réviser l’accord. Mais il semble actuellement qu’il est très peu probable que les législateurs américains ne le renversent. Même si le Congrès est contrôlé par les Républicains, et qu’il devrait adopter une loi visant à faire couler l’accord, le président utiliserait son droit de veto.

Malgré le statut de canard boiteux d’Obama et de l’hypothèse que, dans la lutte pour l’investiture présidentielle, de nombreux démocrates voudront prouver leurs positions pro-israéliennes, très peu d’analystes estiment que l’obtention de la majorité des deux tiers contre l’accord est réaliste. Pour l’obtenir, il faudrait que 13 sénateurs démocrates votent contre leur propre président – un scénario plutôt alambiqué.

Et pourtant, certains experts israéliens estiment que Netanyahu va maintenant lancer une « guerre mondiale » au Congrès.

Après son discours controversé du 3 mars là-bas, personne ne peut prétendre qu’il ne se dérobe pas lorsqu’il s’agit de créer de l’agitation sur la Colline. « On s’attend d’Israël qu’il donne son avis à toutes les branches du gouvernement américain qui ont un rôle, en vertu de la Constitution des États-Unis, sur les affaires étrangères », a déclaré le directeur général du ministère des Affaires étrangères Dore Gold, y compris auprès du Congrès.

Mais encore une fois, il est difficile de savoir si prendre ouvertement partie dans une impasse républicaine-démocratique à Capitol Hill serait l’action la plus intelligente.

« Le Premier ministre va sortir et s’opposer à cet accord. C’est très bien. Mais je voudrais encourager la retenue », a déclaré Ilan Goldenberg, qui dirige le Programme de la sécurité au Moyen-Orient au Centre pour une nouvelle sécurité américaine.

« Je ne l’encourage pas à entrer dans une campagne complète au Congrès – parce qu’il va perdre. Tout ce qu’il réussirait à faire réellement serait d’empirer les choses ». Tandis que le conflit sur l’accord sur l’Iran devient politique, les démocrates seront moins enclins à s’opposer à leur président, a expliqué Goldenberg, un ancien membre du personnel de haut niveau du Comité des relations étrangères du Sénat portant sur des questions du Moyen-Orient. « Plus la question devient – ‘Avez-vous confiance en Obama ou soutenez-vous Netanyahu et les républicains ?’ – moins il sera probable que les démocrates seront enclins à voter contre l’accord ».

Plutôt que d’aller à la confrontation, le Premier ministre israélien devrait chercher à faire amende honorable auprès de l’administration et entamer un dialogue sérieux sur ce que Washington et Jérusalem peuvent faire ensemble pour contrer les actions agressives de l’Iran dans la région et veiller à ce que Téhéran ne viole pas l’accord nucléaire, a suggéré Goldenberg.

« La plus grande erreur stratégique que Netanyahu pourrait faire est de partir et attendre que les 18 prochains mois passent et attendre le prochain président », a-t-il ajouté. « Je ne pense pas qu’Israël puisse se permettre cela. S’il le fait, il va seulement élargir davantage la ‘partisanerie’ et faire d’Israël un enjeu politique ».

Au lieu d’espérer que le Congrès fasse couler l’accord, Netanyahu devrait l’encourager à adopter une loi qui soutiendrait la mise en œuvre vigoureuse de l’accord, a continué Goldenberg. La Colline a plusieurs outils à sa disposition : des mécanismes pour s’assurer que les sanctions soient imposées automatiquement si l’Iran viole l’accord, plus d’argent pour les inspecteurs internationaux, la création d’un conseil permanent avec un mandat du Congrès pour superviser le contrôle de l’accord des armements, et ainsi de suite.

D’autres experts disent qu’Israël pourrait viser encore plus haut dans ses exigences auprès ses Américains. Jérusalem devrait faire pression sur l’administration et le Congrès « pour obtenir la déclaration la plus claire et explicite et des actions [affirmant] que les États-Unis sont prêts à détruire le programme nucléaire de l’Iran si l’Iran est proche de développer la capacité fissile », a déclaré James Jeffrey, un ancien haut responsable américain qui se concentre sur l’Iran. « Voilà la chose la plus essentielle dans tout ce débat ».

Jeffrey, qui a servi comme de conseiller adjoint à la sécurité nationale dans l’administration de George W. Bush et est aujourd’hui un Fellow à l’Institut de Washington pour la politique au Proche-Orient, a clairement dit qu’il ne parlait pas seulement des garanties de sécurité.

Au contraire, il préconise « une menace à la sécurité », qui devrait être clairement indiquée que les Etats-Unis « agiront si l’Iran développe, ou est sur le point de développer suffisamment de matière fissile pour faire une ou plusieurs bombes ».

Techniquement, l’administration fait de telles menaces de tous les temps, a-t-il noté. « Le problème est que personne ne les croit parce qu’ils sont soutenus par rien … autre que l’accent constant mis sur la façon dont la force militaire ne peut accomplir quoi que ce soit et que frapper l’Iran n’est pas la solution. Donc, ils amenuisent leur propre menace ».

Ici encore, le Congrès peut être utile, a suggéré Jeffrey. Il pourrait autoriser l’utilisation de la force militaire ou adopter une résolution conjointe déclarant que la politique des États-Unis est de faire tout ce qui est nécessaire pour s’assurer que les armes nucléaires restent hors de la portée de l’Iran.

En fin de compte, a-t-il ajouté, tout ce brouhaha est pour empêcher Téhéran à obtenir la bombe, et il reste à voir comment cela va se jouer.

« Personne ne peut juger soit le président Obama soit le Premier ministre Netanyahu jusqu’à ce que nous voyons si l’Iran bouge effectivement pour développer une arme nucléaire, développe une arme nucléaire ou utilise son ‘presque-statut’ pour étendre son pouvoir », a-t-il dit. « Autrement dit, le jury n’a pas encore tranché sur tout cela ».