À la fin de la semaine dernière, des dizaines de maisons à travers Gaza ont été inondées d’eaux pluviales. Trois bébés sont morts de froid. Les conditions humanitaires sont toujours mauvaises, peut-être les pires des deux dernières décennies, en raison de la suspension des salaires des employés de l’Autorité palestinienne et du Hamas. Et pourtant, au milieu de tout ce tumulte, le Hamas (la même organisation qui a condamné l’attaque à Charlie Hebdo à Paris) a trouvé le temps d’entrer en conflit avec l’AP et le Fatah.

Tout a commencé avant la dernière pluie, avec une visite des ministres du gouvernement d’union palestinien à Gaza, qui s’est conclue en déception amère pour les résidents. Le haut responsable du Hamas, Moussa Abou Marzouk, a promis que tous les différends entre le Hamas et l’Autorité palestinienne étaient résolus. Mais, immédiatement après, une déclaration de l’AP statuait que rien n’avait été décidé. A partir de là, les choses ont commencé à se détériorer rapidement.

Le transfert de l’autorité à un poste de contrôle entre Israël et Gaza est un bon exemple. Jusqu’à la semaine dernière, le Hamas a administré son propre point de contrôle, appelé Arba Arba (4-4), à un kilomètre au sud du point de contrôle officiel palestinien près du passage d’Erez avec Israël. Le point de contrôle officiel, appelé Hamsa-Hamsa (5-5), a été ouvert par les représentants de l’AP travaillant sous l’égide du ministère des Affaires civiles palestinien. Selon l’accord, le Hamas devait contrôler tous les Palestiniens circulant vers Israël, tout comme l’Autorité palestinienne.

Cette semaine, le Hamas a décidé d’ouvrir un autre point de contrôle à Hamsa-Hamsa et a érigé un bureau de fortune à la disposition de ses membres. L’AP a alors décidé d’évacuer le site, et depuis lors, seuls les patients en quête de soins médicaux d’urgence en Israël ou en Cisjordanie sont autorisés à franchir le point de passage Erez.

Pendant ce temps, le Hamas a lancé une vaste campagne visant à arrêter des membres du Fatah à Gaza. Au cours du week-end, plusieurs distributeurs automatiques de billets ont été brisés dans des succursales de la Banque de Palestine – pour dissuader l’Autorité palestinienne de payer les salaires des employés de l’AP, et non ceux du Hamas.

En outre, une bombe a explosé à côté de la maison de Ihab Bsiso, le porte-parole du gouvernement d’unité Hamas-Fatah qui réside actuellement en Cisjordanie (et est originaire de Gaza), et les bureaux d’une entreprise médiatique de l’AP ont été incendiés.

Des résidents de Gaza ont déclaré au Times of Israel que la situation était semblable à celle précédant le conflit de l’été de 50 jours. Selon eux, les salaires ne sont pas réglés, le Hamas a démoli et fermé les guichets automatiques pour empêcher les paiements aux travailleurs de l’AP, et la situation humanitaire est en déclin, tout comme en été.

Avec cela, le Hamas a déclaré à la presse en termes non équivoques qu’il ne poursuit pas la confrontation avec Israël. À ce stade, tandis que le transfert de matériaux de construction progresse vers la bande, tout comme les exportations de produits, le Hamas n’est probablement pas intéressé par une autre guerre. L’organisation gazaouite a un problème principalement avec l’Autorité palestinienne, qui n’est pas prête à prendre des mesures dramatiques tant que le Hamas ne renoncera pas à son leadership sur la bande.

Le potentiel d’une escalade avec Israël existe, mais il est possible qu’à l’heure actuelle, le danger soit plus immédiat en Cisjordanie. Suite à la décision israélienne de geler le transfert de fonds à l’Autorité palestinienne – en réaction à sa demande d’adhésion à la Cour pénale internationale – le paiement des salaires à ses travailleurs, principalement en Cisjordanie, mais à Gaza également, est suspendu.

Ces salaires sont la force motrice dominante de l’économie palestinienne en Cisjordanie, et geler les fonds ne fait qu’aggraver la crise. Il est concevable que l’AP trouve finalement une solution temporaire, peut-être en empruntant de l’argent de l’un des Etats du Golfe. Mais si les fonds continuent d’être retenus, cela n’apaisera certainement pas les tensions. Au sein du public palestinien, l’animosité envers Israël ne fait qu’empirer, et la motivation de l’AP à coopérer avec les forces de sécurité israéliennes s’essouffle.

Pour l’instant, la coopération en matière de sécurité est maintenue, malgré les menaces de l’interrompre après la mort d’un responsable palestinien lors d’une manifestation début décembre, mais sur le long terme, Israël a de nombreuses sources de préoccupation, tandis que les élections se profilent.