Lorsque le Parlement britannique a voté en faveur de la reconnaissance de la Palestine en octobre, Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France, a rejeté les allégations selon lesquelles cette initiative est un pur symbole.

Reflétant l’opinion de nombreux Israéliens sur la vague de motions non contraignantes sur un Etat palestinien adoptées par les parlements européens au cours des dernières semaines, Barnavi déclare que ce vote doit être considéré comme un geste d’impatience croissante envers la politique de « colonisation israélienne » et comme un blâme de Jérusalem pour son incapacité à parvenir à un accord de paix.

Mais dans au moins un pays, la tendance semble avoir des conséquences.

Dans la période qui a précédé le vote du Parlement français exhortant le gouvernement à reconnaître la Palestine (le 2 décembre), le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a annoncé un délai de deux ans pour parvenir à un résultat dans les négociations de paix, un délai au-delà duquel la France reconnaîtrait l’Etat palestinien.

Au cours des dernières semaines, Fabius a défendu l’initiative dans des négociations avec d’autres Etats membres de l’Union européenne.

« Nous ne voulons pas d’une reconnaissance symbolique d’un Etat virtuel », a déclaré Fabius le 28 novembre, quelques jours avant le vote. « Nous voulons un véritable Etat palestinien. »

Israël a longtemps souffert de l’opinion publique à travers l’Europe, et a dû lutter contre les appels de boycott sur les marchandises produites dans les implantations.

Depuis octobre, des signes montrent que les gouvernements souhaitent légiférer leurs points de vue. Le vote français suit des mesures similaires prises par les parlements de Grande-Bretagne, Espagne, Portugal, Irlande et Suède. Le Danemark et la Slovénie doivent bientôt se prononcer.

La semaine dernière, le Parlement européen a voté la reconnaissance « de principe » d’un Etat palestinien et appelé à une avancée des pourparlers de paix.

Quelques heures plus tard, 126 pays réunis à Genève lors d’un sommet organisé par le gouvernement suisse ont condamné « l’occupation » des terres palestiniennes. Le même jour, un tribunal de l’Union européenne a supprimé le Hamas de la liste européenne des organisations terroristes, évoquant une subtilité juridique.

« Les votes [des parlements] étaient le coup d’envoi d’une foule d’événements isolant Israël dans une critique », pointe Zvi Mazel, ancien ambassadeur d’Israël en Suède, qui en octobre est devenu le seul pays européen à reconnaître officiellement la Palestine. « Avec chaque parlement signataire, l’effet est aggravé et cela crée une atmosphère anti-israélienne où chaque élément apporte de l’eau au moulin à l’autre. »

Aucun des gouvernements concernés n’a répondu aux appels de leurs parlements à reconnaître immédiatement un Etat palestinien coexistant pacifiquement avec Israël et le partage de Jérusalem comme capitale commune, car ils auraient enfreint leur engagement envers une solution négociée. Mais cela ne signifie pas que ces initiatives sont tombées dans l’oreille d’un sourd.

Pour Daniel Shek, ancien ambassadeur d’Israël en France, le mouvement de Fabius se voulait essentiellement un compromis proposé aux législateurs désireux de punir Israël. Plutôt que de reconnaître la Palestine purement et simplement, la France ferait de nouveau pression pour la poursuite des pourparlers de paix – mais cette fois avec une date limite claire.

« Le gouvernement français réessaye d’encourager le dialogue », affirme Shek, « mais contrairement aux fois précédentes, il ne permettra pas qu’il n’y ait pas de date limite. »

La décision de la Suède de reconnaître unilatéralement la Palestine a peu changé les relations diplomatiques entre Stockholm et Ramallah, la Suède ayant déjà élevé le niveau de représentation diplomatique palestinienne dans le royaume de simple mission en ambassade.

Mais elle a soulevé la critique d’autres dirigeants européens, dont le ministre néerlandais des Affaires étrangères Bert Koenders, qui a déclaré le mois dernier que reconnaître un Etat palestinien aujourd’hui n’aiderait pas à relancer les pourparlers de paix.

Les dirigeants israéliens ont fermement condamné l’initiative suédoise et les votes des autres parlements européens, certains, comme Mazel suggérant même qu’ils pourraient déclencher une violence palestinienne. Mais selon Shek, ces votes peuvent en fait être une lueur d’espoir.

« S’il placent Israël dans une situation inconfortable, ils réaffirment également un soutien pour la solution à deux Etats à un moment où elle bat de l’aile », précise Shek. « Et ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose pour Israël. »