En 10 mois et une quarantaine de pays, Ilan, Ismael, Samuel, Victor et Josselin, membres de l’association « Coexister », ont été accueillis par d’innombrables communautés, des animistes du Burkina Faso aux shintoïstes du Japon.

« Pour se connaître soi-même, il faut aller vers l’autre », résume Ilan Scialom, qui, après ce tour de monde, explique qu’il a « encore mieux envie d’être enraciné » dans sa religion juive.

« A titre personnel, plus on a de respect pour la foi des autres, plus on en a pour la sienne », ajoute le catholique Samuel Grzybowski, qui a lancé l’idée de « Coexister » en 2009, alors qu’il n’avait que 16 ans, en voyant le conflit israélo-palestinien se répercuter en France à la faveur de bombardements israéliens à Gaza.

« On n’a pas besoin de ça en France où il y a déjà assez de tensions sociales », estime Ismael Medjoub, le musulman de la bande.

Plusieurs attentats antisémites ont mis en cause des jeunes issus de l’immigration maghrébine en France, qui compte les communautés juive et musulmane les plus importantes d’Europe. Un Français Mohamed Merah a assassiné notamment trois enfants et un enseignant juifs en 2012 en France.

Plus récemment, un Français ayant basculé dans l’islam radical, Mehdi Nemmouche, est soupçonné d’avoir tué trois personnes au Musée Juif de Belgique le 24 mai.

Josselin Rieth, l’agnostique (il n’est pas athée mais ne se reconnaît dans aucun culte), tire le bilan du voyage: « on a prouvé que cinq jeunes Français de religions différentes pouvaient vivre ensemble ».

Rentrés du Canada fin avril, les cinq garçons ont entamé en Bretagne un tour de France de deux mois afin de faire partager leur expérience de « l’interreligieux ».

Le but de leur démarche autour du globe: faire un inventaire des initiatives prises de par le monde en faveur du dialogue entre les hommes quelles que soient leur croyances et convictions.

« Nous avons été profondément touchés par la sincérité des gens que nous avons rencontrés », témoigne Victor Grezes, qui, quoiqu’athée, ne se satisfait pas de l’habitude française consistant à effacer la religion de la sphère publique, au risque de conduire au repli sur soi.

La laïcité française établit la liberté de culte et la neutralité de l’Etat à l’égard de toutes les religions. Les promoteurs de la laïcité, mise en place en 1905, voulaient lutter contre l’influence de la religion catholique dans la sphère publique et tendent à considérer que la foi doit rester dans le domaine privé.

« Dès qu’on prononce le mot religion, ça fait tout de suite très peur. Notre projet est profondément laïc et républicain », observe Victor Grezes.

« Amis » du pape, Fabius « enthousiaste »

« Il y a en France une méconnaissance de l’autre », déplore Ismael. « Le but, à travers ces rencontres, c’était de dire : ‘expliquez-nous ce que vous faites, pour nous permettre d’améliorer ce qu’on fait en France' », poursuit Victor, reçu avec ses camarades à leur retour par le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, qui s’est montré « très enthousiaste » envers leur projet.

Les cinq, étudiants ou anciens étudiants à Paris, ont rapporté de leur périple « neuf disques durs » d’entretiens avec plus de 400 interlocuteurs. Parmi les initiatives qui les ont le plus impressionnés, la « Longue nuit des religions », une action « portes ouvertes » dans les différents lieux de culte à Berlin.

A la suite de cette initiative de la capitale allemande, les actes islamophobes ou anti-juifs ont baissé, assure Ismael, qui, à 20 ans, est le benjamin du groupe.

Au cours de leur périple, chacun à son tour s’est senti « bien seul », comme Ismael, en manque de mosquée dans la très chrétienne Amérique latine, ou bien Victor, tentant d’expliquer son athéisme à des musulmans en Egypte. « On me répondait ‘non, tu es chrétien' », soupire-t-il.

Les globe-trotters, proches du cardinal Roger Etchegaray, ont rencontré le pape François au Vatican pendant une dizaine de minutes. « Il m’a attrapé par le bras et m’a dit : ‘tu es mon nouvel ami' », s’étonne encore Victor l’athée. « C’est Samuel le chrétien qui l’a le moins intéressé », rigole-t-il.

Hôtes d’un village palestinien et d’une implantation juive, les cinq en ont tiré un espoir.

« Si le mal qui existe ici se répand si facilement dans le monde entier, il pourrait en être autant du bien ou de la paix », écrivent-ils sur leur site « Interfaith tour ».