Le Premier ministre Benjamin Netanyahu est un vétéran accompli des Assemblées générales des Nations unies, un orateur à l’éloquence sure, et dont l’équipe consacre un temps et un travail immense à formuler ses apparitions annuelles à la tribune internationale. Contrairement à certains de ses prédécesseurs israéliens, son anglais est impeccable. Il ne bute jamais sur ses mots. Il n’altère jamais les phrases, minutieusement réfléchies, qu’il est amené à prononcer.

Et cela a encore été le cas mardi, lors de la 72ème session de l’Assemblée. Avec une différence remarquable toutefois : l’assurance qui a été affichée par le Premier ministre.

Netanyahu n’a jamais manqué de confiance en soi. Mais hier, ce n’est pas en tant qu’étranger aigri protestant contre les antécédents historiques de partialité anti-israélienne au sein de l’organisation mondiale qu’il s’est exprimé, pas plus qu’en tant que cible isolée face aux agresseurs dans notre région ou qu’en tant que voix solitaire et exaspérée, désespérant du refus de ses pairs d’interpréter avec sa même sagesse les affaires actuelles. Netanyahu a plutôt pris la parole avec la contenance ultra-confiante du chef d’une nation convaincu que le courant de l’Histoire est en train de tourner en sa faveur et en faveur de son pays.

Un facteur essentiel de ce niveau spectaculairement élevé de confiance est, bien sûr, le changement qui a eu lieu à la présidence américaine depuis la dernière assemblée générale de l’ONU. Alors que le président Barack Obama avait pris la défense de l’accord iranien sur le nucléaire, qu’il avait poussé sans relâche Netanyahu à trouver un compromis avec les Palestiniens, et qu’il avait voté une résolution extrêmement déstabilisante à travers le Conseil de sécurité des Nations unies, le président Donald Trump qui partage aujourd’hui son horreur face à l’accord sur le nucléaire, n’a émis aucune demande publique à Netanyahu concernant les Palestiniens et est déterminé à réformer les obsessions anti-israéliennes à l’ONU.

Une autre cause majeur du sentiment non-déguisé de légitimation croissante du Premier ministre, comme il l’a clairement établi dans son discours, est le simple fait qu’il a reçu un accueil amical de la part de nombreux pays du monde qui, peu à peu, reconnaissent combien Israël est devenu un acteur dynamique dans des secteurs essentiels à leur bien-être national – l’innovation, les avancées technologiques, le renseignement, l’antiterrorisme et bien plus.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, avec le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi, à droite, à New York, le 18 septembre 2017. (Crédit : Avi Ohayun/GPO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, avec le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi, à droite, à New York, le 18 septembre 2017. (Crédit : Avi Ohayun/GPO)

Après le voyage de Trump en Israël au mois de mai, un déplacement en tout début de mandat d’un président américain, et la visite du Premier ministre indien au mois de juillet, ce fut très remarquable que, la veille de son discours, le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi accepte une rencontre publique avec lui, la toute première de l’histoire – une reconnaissance rare et manifeste d’un partenariat israélo-arabe, une rencontre qui a été agrémentée de photos souriantes, la preuve de la conviction, souvent soulignée, de Netanyahu que le reste de la région apprend petit à petit à apprécier l’Etat juif.

Et c’est ainsi qu’un Netanyahu ultra-confiant a pu se moquer du ridicule de l’ONU s’agissant de l’histoire récente d’Israël – depuis l’Organisation mondiale de la Santé jusqu’à l’UNESCO. « N’y a-t-il donc donc aucune limite aux absurdités de l’ONU lorsqu’on en vient à Israël ? », a-t-il demandé. « Eh bien, apparemment non… »

Et le Premier ministre a pu tourner en dérision l’accord iranien chéri par Obama, il a insisté sur le fait qu’il devait être modifié ou abandonné, et il a fait part de sa formule pour l’amender – des inspections plus lourdes, la pénalisation de toute violation, et, au coeur de tout le reste, l’abandon des « clauses de révision » qui se trouvent au centre de l’accord. Nul doute qu’il avait évoqué les mêmes idées très exactement vingt-quatre heures auparavant auprès du président Trump, théoriquement réceptif.

L'ayatollah Khamenei, le 8 février 2014 à Téhéran (Crédit : Site web de l'ayatollah Khamenei/AFP/Archives)

L’ayatollah Khamenei, le 8 février 2014 à Téhéran (Crédit : Site web de l’ayatollah Khamenei/AFP/Archives)

Et c’est ainsi aussi que le Premier ministre a pu tenter le stratagème le plus hardi de son discours – faire directement appel au peuple iranien par-delà son chef suprême et dictateur, en y incluant quelques mots en perse. L’ayatollah Khamenei et son régime cherchent continuellement – et prédisent – la disparition d’Israël.

Dans sa riposte, dans son message livré au « peuple d’Iran », Netanyahu a explicitement prédit la disparition des ayatollahs, assurant aux citoyens opprimés qu' »un jour, mes frères iraniens, vous serez libérés du régime malveillant qui vous terrorise » et que « lorsque ce jour de la libération arrivera enfin, l’amitié entre nos deux peuples se développera certainement une fois encore ».

Citant Isaïe qui décrivait Israël comme « une lumière pour éclairer les nations, pour porter [mon] salut à la fin de la terre », Netanyahu a eu des accents de leader d’une superpuissance. Malgré ses prouesses innovantes et sa sidérante résilience, Israël n’en est pas vraiment une. Mais pour la toute première fois de sa longue carrière de Premier ministre, Netanyahu s’est senti complètement l’allié du dirigeant d’une superpuissance comme le ton de son discours l’a énergiquement révélé – un discours dénué de toutes inquiétudes concernant les éventuelles réserves nourries par d’autres à l’égard du président américain.

Le Premier ministre israélien est presque autant clivant dans son pays que le président Trump l’est lui-même aux Etats-Unis. Il est revenu en Israël après son allocution pour replonger dans toute une série d’enquêtes portant sur des affaires de corruption présumées, qu’il rejette catégoriquement. Mais à l’ONU, pendant quelques minutes, mardi, Benjamin Netanyahu s’est exprimé avec l’assurance d’un leader de l’arène internationale qui a finalement réalisé que son moment était arrivé.