Une pièce de théâtre sur les dernières heures du jihadiste toulousain Mohamed Merah, dont la dernière représentation doit avoir lieu mardi dans la programmation off du festival d’Avignon, a suscité mardi de vives réactions d’associations et de proches des victimes.

Des avocats de proches de victimes de Mohamed Merah ont demandé au metteur en scène Yohan Manca et à l’auteur du texte Mohamed Kacimi l’annulation de la représentation, dans un courrier daté de mardi.

« Nous qui avons la responsabilité de porter la voix de ceux qui ont péri à Toulouse et Montauban et celle de leurs familles, nous considérons qu’une telle entreprise de réhabilitation dans le contexte que nous traversons sous couvert d’alibi culturel est une honte et un déshonneur. Nous vous demandons d’y renoncer », écrivent Mes Patrick Klugman, Ariel Goldman, Elie Korchia et Jacques Gauthier-Gaujoux.

Le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA) « reçoit un très grand nombre de protestations émanant de citoyens scandalisés et indignés », a par ailleurs écrit le BNVCA dans un communiqué distinct, demandant la déprogrammation de la pièce et assurant avoir chargé son avocat, Me Charles Baccouche, de déposer plainte à Avignon pour « apologie contre le terrorisme et antisémitisme ».

« Aucune plainte n’a été déposée à ce stade, à ma connaissance », a toutefois déclaré à l’AFP le procureur de la République d’Avignon, Philippe Guémas, en milieu d’après-midi.

La pièce intitulée « Moi, la mort je l’aime comme vous aimez la vie », écrite par l’auteur algérien Mohamed Kacimi, retrace les dernières heures de Mohamed Merah, et a été écrite à partir du verbatim des derniers échanges entre les policiers et le tueur retranché dans son appartement, avant qu’il ne soit abattu par le Raid.

« Mohamed Merah avant d’être un monstre était un être humain, un jeune homme de 20 ans qui regardait les Simpsons et mangeait des pizzas », écrit le metteur en scène Yohan Manca, sur le site du théâtre de la Manufacture à Avignon, au sujet de cette pièce qui avait déjà été jouée au théâtre de la Loge à Paris du 11 au 13 novembre 2015.

« Porter à la scène un assassin, un terroriste, lui redonner la parole est quelque chose de délicat », y explique-t-il aussi.

Les 11 et 15 mars 2012, Mohamed Merah, 23 ans, a tué trois militaires par balle dans la rue, Imad Ibn Ziaten, Abel Chennouf, Mohamed Legouad, à Toulouse et Montauban, puis, le 19 mars, trois enfants Gabriel Sandler, Aryeh Sandler, Myriam Monsonégo et un enseignant Jonathan Sandler dans un établissement scolaire juif de Toulouse, avant d’être tué le 22 mars par le Raid qui assiégeait son appartement depuis la veille.

Reproduction photo of 8-year-old Miriam Monsonego, daughter of school headmaster Rabbi Yaacov Monsonego, who was killed in a shooting attack at the Ozar Hatorah School in Toulouse, France, early Monday morning. (photo credit: Flash90)

Miriam Monsonégo, fille du rabbin Yaacov Monsonégo, tuée par Mohamed Merah à l’école juive Ozar Hatorah de Toulouse en mars 2012. (Crédit : Flash90)