Avion abattu en Syrie : la Russie accuse Israël
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"TSAHAL EST ENTIEREMENT RESPONSABLE DE LA TRAGEDIE"

Avion abattu en Syrie : la Russie accuse Israël

Moscou rejette la version présentée par le chef de l’armée de l’air israélienne et maintient que les F-16 israéliens se seraient cachés derrière l’avion russe

Dimanche, Moscou a accusé Israël d’être responsable de l’abattage de l’avion russe de reconnaissance alors que l’armée de l’air israélienne menait un raid en Syrie la semaine dernière. La Russie considère avoir été trompée par Tsahal sur la localisation de la frappe aérienne.

Lors d’une conférence de presse, le ministère russe de la Défense a rejeté les conclusions de Tsahal sur l’incident. Moscou affirme que les pilotes israéliens, qui ont conduit le raid sur la base militaire syrienne de Lattaquié, ont utilisé l’avion de reconnaissance russe comme une couverture pendant leur attaque – accusation qu’Israël dément depuis le début.

« Soit les actions des pilotes israéliens, qui ont entraîné la perte de 15 soldats russes, manquaient de professionnalisme soit elles étaient un acte de négligence criminelle, pour le moins », a déclaré le général Igor Konashenkov, porte-parole du ministère russe de la Défense.

« Nous pensons donc que la responsabilité de la tragédie de l’avion russe Iliushin repose entièrement sur l’armée de l’air israélienne et sur ceux qui ont décidé de mener de telles actions », a-t-il déclaré, selon une traduction de la conférence de presse fournie par Russia Today, une chaîne de télévision soutenue par le Kremlin.

Des explosions dans la ville syrienne de Latakia après une attaque contre une structure militaire voisine, le 17 septembre 2018 (Capture d’écran : Twitter)

Le porte-parole du ministère russe de la Défense a déclaré que les actions israéliennes ont violé l’accord de déconfliction établi entre les deux pays. Cet accord vise, en effet, à éviter des incidents comme celui-ci.

Lundi dernier, des avions de chasse israéliens ont mené des frappes aériennes de nuit sur des installations militaires dans la ville côtière de Lattaquié. Un avion de reconnaissance russe a été abattu par les défenses aériennes syriennes. Les 15 membres de l’équipage ont été tués.

Israël a critiqué le tir « imprudent » de missiles de défense syriens, affirmant que les Syriens ont continué à tirer bien après que les avions israéliens ont quitté la zone. En outre, l’armée syrienne n’a pas su faire la différence entre amis et ennemis.

L’annonce du gouvernement russe est intervenue deux jours après qu’une délégation israélienne est rentrée de Moscou, après avoir présenté la version des événements de Tsahal aux responsables militaires russes.

Une délégation militaire israélienne rencontre les responsables russes à Moscou, le 20 septembre 2018 (Crédit : Armée israélienne)

Au retour de la délégation, un haut responsable israélien a déclaré que Moscou semblait avoir accepté l’enquête israélienne.

« Nous avons eu l’impression que les discussions étaient professionnelles et que les informations ont été acceptées », avait déclaré l’officier.

Pourtant, l’annonce du ministère russe de la Défense de dimanche semblait indiquer que Moscou se rangeait du côté de son allié syrien. Selon des analystes israéliens, cette décision pourrait conduire à restreindre la liberté d’action d’Israël pour mener des opérations contre l’Iran et ses alliés en Syrie.

Moscou a dit qu’Israël avait « trompé » l’armée russe sur la localisation de l’attaque, sans laisser suffisamment de temps pour que l’avion russe Il-20 puisse se mettre en sécurité.

« [Un officier israélien] nous a annoncé qu’Israël allait frapper certaines installations industrielles au nord de la Syrie dans dans les prochaines minutes. Une minute plus tard, à 21h40, quatre F-16 israéliens ont lancé des bombes guidées GBU-39, ciblant des équipements industriels à Lattaquié », a déclaré Konashenkov.

« Israël n’a donc pas informé à l’avance les forces russes de son opération. Au lieu de cela, [Tsahal] a fait un avertissement simultané avec le début de la frappe », a-t-il déclaré.

« La ville de Lattaquié se situe dans la province occidentale du pays, non pas dans le nord de la République arabe syrienne. Ces informations trompeuses fournies par l’armée israélienne sur la frappe aérienne n’ont pas permis à l’avion russe Il-20 de s’éloigner à temps vers un endroit sûr », a déclaré Konashenkov.

Jeudi, la délégation israélienne, avec à sa tête le général Amikam Norkin, chef de l’armée de l’air, s’était rendue à Moscou pour briefer des officiels russes au sujet de l’enquête d’Israël sur l’incident.

Lors de leurs rencontres à Moscou, Norkin et ses collègues ont déclaré à leurs homologues russes que l’armée syrienne avait tiré plus de 20 missiles anti-aériens en riposte à l’attaque israélienne – un nombre très important pour de type de scénario. Quatre F-16 israéliens auraient pris part à la frappe aérienne.

En outre, l’officier militaire a déclaré que la majorité des missiles sol-air tirés par les Syriens – y compris le missile qui a frappé l’avion russe – a été tirée après que les avions israéliens ont quitté la zone.

« La majorité de ces 20 missiles a été tirée alors que nos avions étaient déjà dans l’espace aérien israélien ou en chemin vers le retour. Nous avons prouvé en quoi les tirs imprudents des Syriens sont la cause directe de l’abattage de l’avion russe », a précisé l’officier.

La délégation a également réfuté l’affirmation initiale russe selon laquelle les pilotes israéliens ont utilisé l’avion de reconnaissance russe comme un « bouclier » pendant leur attaque.

« Nous avons souligné qu’il n’y avait aucune base à la théorie qu’il s’agissait d’une provocation israélienne ou que des avions israéliens auraient utilisé l’avion russe pour se couvrir. Nous avons démenti cette fausse idée », a déclaré l’officier.

Il a aussi rejeté l’affirmation de l’armée russe et du ministère de la Défense selon laquelle Tsahal avait prévenu moins d’une minute avant de mener l’attaque. L’officier n’a pas dit précisément à quel moment les Russes ont été prévenus, mais « nous avons incontestablement prévenu bien avant une minute ; nous avons agi en respect des procédures standard d’opérations qui sont en place avec l’armée russe, cette fois-ci comme nous l’avons fait auparavant ».

Même si Israël continue à défendre son innocence, l’incident a failli remettre en cause l’effort de coordination entre Israël et la Russie – aussi appelé le mécanisme de « déconfliction » – qui vise à éviter des telles confrontations et de victimes collatérales.

Pourtant, selon l’officier qui a souhaité garder son anonymat, la communication entre Tsahal et l’armée russe continue à fonctionner comme d’habitude, même si certaines « améliorations » seront peut-être proposées dans le futur.

Selon l’officier, le mécanisme de déconfliction a été utilisé aussi récemment que vendredi après-midi. Il a refusé de commenter la nature de l’opération qui exigeait cette coordination, se contentant seulement de préciser qu’il ne s’agissait pas d’une frappe aérienne.

« Pour nous, c’est fondamental de continuer à utiliser le mécanisme de déconfliction, qui a prouvé son efficacité au cours de deux à trois années passées », a souligné l’officier.

Israël mène souvent des opérations contre des cibles associées à l’Iran en Syrie. Si Moscou refusait de coopérer avec Jérusalem, ces interventions deviendraient beaucoup plus difficiles et complexes pour l’armée de l’air israélienne.

« Notre liberté de mouvement est fondamentale », a déclaré l’officier.

L’abattage de l’avion a entraîné une pluie de condamnations de la part de Moscou, forçant ainsi Israël à s’engager dans un travail diplomatique intense pour résoudre ce problème.

Elément rare, Tsahal a reconnu avoir mené la frappe en Syrie. En outre, des ministres israéliens ont appelé leurs homologues russes pour discuter de l’incident.

Jeudi, dans un entretien à la Radio de l’armée, le ministre de la Défense Avidgor Liberman a déclaré que malgré la colère de la Russie après l’incident, Israël continuerait à opérer en Syrie afin de lutter contre les activités de l’Iran dans le pays.

« Nous ferons tout, tout ce qui est nécessaire afin de défendre la sécurité des citoyens israéliens. Nous n’avons pas d’autre alternative sur la question », a déclaré Liberman.

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