« Pour moi, quand on vient en Israël on change de peau ! ». Cette conviction, Avraham Azoulay la porte depuis près de quinze ans qu’il vit en Israël.

Le patron du « Plus Hebdo » qui s’est lancé dans l’aventure journalistique avec ce petit journal gratuit bien connu de la communauté francophone israélienne se tourne aujourd’hui vers la politique.

Il vise une place sur la future liste du parti de Naftali Bennett, HaBayit HaYehudi, alors que les primaires du parti sioniste-religieux se dérouleront le 14 janvier.

Du rose au bleu et blanc

« Je viens d’une famille traditionaliste », raconte ce natif de Casablanca. Quand la famille d’Avraham Azoulay quitte le Maroc, c’est à Toulouse qu’elle débarque au début des années 1970.

Le jeune Avraham fréquente l’école et le collège public de la Ville rose. Après sa bar mitsva, il commence à fréquenter le Bné Akiva – mouvement de jeunesse sioniste-religieux – ce qui représente un premier tournant : « Je peux remercier le Bné Akiva qui m’a sauvé de l’assimilation » lance-t-il.

C’est le début d’un intérêt grandissant pour le sionisme qui le mène à
18 ans vers un programme spécifique de deux ans, mêlant oulpan [cours d’hébreu] au sein d’un kibboutz et engagement dans l’armée israélienne.

Nous sommes en 1982 en pleine guerre du Liban. Avraham Azoulay quitte Sde Elyahou pour incorporer les rangs du Nahal, une unité combattante de Tsahal.

Lui qui voulait être combattant ne pensait pas se retrouver au Sud-Liban en pleine guerre et vivre une « expérience inoubliable mais aussi effrayante » en plein milieu du champ de bataille. « J’ai vu des copains blessés et cela m’a rendu très sensible par rapport à tout ce qui touche aux soldats, et je le reste aujourd’hui encore » confie-t-il avec une certaine émotion.

Après cette expérience fondatrice, Azoulay s’accorde une pause et décide de rentrer à Toulouse. La « pause » durera tout de même quelques années.

L’engagement dans la section locale du Bné Akiva lui permet de s’occuper des jeunes Juifs de la Ville rose.

Mais aussi de combler son lien affectif avec Israël, un pays dans lequel il a eu le temps d’apprendre les codes, entre l’hébreu et l’armée. Quand on évoque avec lui cette époque, la France lui semble loin… mais c’est pourtant sur les bords de la Garonne qu’il entame des études commerciales, se lance dans le commerce de meubles et de décoration et qu’il se marie… avec une prof d’hébreu !

Changement de peau

« Je gagnais bien ma vie à Toulouse mais je voulais partir. La France, je lui dis merci pour ce qu’elle m’a apporté, mais je l’ai aussi quittée de mon plein gré ».

C’est en 2000 que se concrétise le rêve d’Avraham Azoulay de partir en Israël, un rêve partagé par sa femme, et qui mène le couple à Jérusalem où naitront aussi une partie de leurs enfants.

Commercial est un métier qui s’exporte… et notre marchand de meubles toulousain exporte son savoir-faire à Talpiot, la zone industrielle de la capitale, dans plusieurs magasins de meubles, une expérience qui lui permet de se confronter directement à la société israélienne.

« J’étais assez différent des autres vendeurs. Eux parlaient directement tashloumim [le nombre de paiements en crédit qui se négocie] et moi je cherchais plutôt à savoir ce que les gens recherchaient. Il faut toujours écouter ».

Mais tout de même persuadé qu’on « doit changer de vie en Israël », Azoulay se lance dans un bulletin de 4 pages distribué à 1 000 exemplaires sur Jérusalem.

« Le P’tit Hebdo, je l’ai fait en parallèle du travail que j’avais déjà. C’est l’idée au départ d’une feuille pour relier les francophones de Jérusalem. L’équivalent existait chez les anglo-saxons, et pas chez les Français. ‘Laisse tomber ! Cela na va jamais marcher’, c’est une phrase que j’ai entendue souvent… et ici c’est un peu le problème des francophones », déplore-t-il.

Et Azoulay a tenu bon. Longtemps. Pour réaliser « son caprice » comme il dit, l’affaire n’a pas été rentable pendant des années.

Mais aujourd’hui, le gratuit de 40 pages imprimé en quadrichromie est distribué dans de nombreux commerces de Jérusalem, Netanya et Ashdod – ses implantations phares – mais également dans toutes les villes du pays où il y a une présence française.

Les lecteurs du Plus Hebdo [que tout le monde continue à appeler de son nom d’origine Le P’tit Hebdo] apprécient sans doute les interviews de personnalités israéliennes en français, l’édito d’Azoulay pour ses positions pro-israéliennes décomplexées, ou encore le fait de découvrir si une nouvelle pâtisserie française ouvrira dans leur ville… tandis que ses détracteurs lui reprochent le nombre croissant d’annonces pour les call-centers… « LPH est tiré à 20 000 exemplaires, 10 employés y travaillent, c’est une petite entreprise, et il faut bien la faire vivre, » rétorque Azoulay en gestionnaire avisé.

« Cette fois-ci, on s’engage »

Cette promesse d’engagement, les lecteurs du P’tit Hebdo l’ont découverte récemment avec un Avraham Azoulay posant tout sourire avec Naftali Bennett.

« J’ai aimé sa détermination, » résume Azoulay qui explique qu’il a connu le leader de HaBayit HaYehudi bien avant qu’il ne prenne les rênes du parti et entretient depuis une relation de confiance avec lui. Celui-ci lui aurait même confié : « Je veux être le ministre des Français ! »

« Bennett est révolutionnaire et il n’a pas froid aux yeux, il le prouve dans son parcours sans faute, et aussi sur le nombre de sièges qu’il a fait gagner à son parti à la Knesset » lance Azoulay qui se rêve en député proche des francophones. Il multiplie d’ailleurs les déplacements avec Bennett et Ayelet Shaked.

Il n’a de cesse de rappeler les enjeux qui agitent l’alyah – en cours et à venir – de la communauté francophone : « Je veux me battre pour faciliter l’intégration des olim, et sur tous les dossiers ; je ne souhaite pas être le francophone de la Knesset, mais plutôt apporter la sensibilité de cette communauté», clame Azoulay qui regrette, malgré tout, que « les francophones s’impliquent peu ».

Alors comment vit-il cette campagne ? A-t-il remis son « shakhpatz », le gilet pare-balles qui l’accompagnait quand il patrouillait au Liban ?

« J’ai un peu l’impression d’être en première année de médecine. Il y a beaucoup de monde et peu de place. C’est vraiment une expérience enrichissante et, quoi qu’il arrive, je ne le regretterai pas » déclare Azoulay qui conclut religieusement : « HaKol LeTova ! [Tout est pour le bien !] ».