John Baird n’a pas l’intention de s’excuser. Les Palestiniens souhaiteraient que le ministre des Affaires étrangères du Canada s’excuse pour la position pro-Israël de son gouvernement. Ils ne devraient pas retenir leur souffle.

En fait, c’est Baird qui attend des excuses de Ramallah – non pas parce que sa voiture a été la cible d’œuf et de chaussure dimanche lors de sa visite, mais parce qu’un haut responsable palestinien a comparé Israël aux terroristes de l’Etat islamique.

« Les gens ne sont peut-être pas d’accord avec notre position sur Israël, qu’il en soit ainsi », a affirmé Baird mardi à Tel Aviv, alors qu’il finissait sa visite officielle de trois jours dans la région.

« Il est toujours sage de s’exprimer avec clarté morale », déclare-t-il, ajoutant que malgré l’amitié indéfectible d’Ottawa envers l’Etat juif, « nous avons une assez bonne relation avec la plupart des pays arabes de la région ».

Mais apparemment, pas avec les Palestiniens, comme le met en évidence sa visite à Ramallah dimanche.

Tandis que les manifestants palestiniens huaient, jetaient des chaussures et des œufs sur Baird, pour lui montrer à quel point il n’était pas le bienvenu sur leur terre, le responsable de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et ancien négociateur en chef, Saeb Erekat, a publié un communiqué dénonçant l’attitude de Baird et l’exhortant à demander pardon au peuple palestinien pour le soutien constant de son pays envers Israël.

« Le peuple palestinien aussi bien que le reste des pays arabes et musulmans méritent des excuses de la part du gouvernement canadien pour avoir, pendant des années, tenter systématiquement de bloquer le droit du peuple palestinien à avoir leur propre Etat », a affirmé Erekat.

Le Canada se tient « du mauvais côté de l’Histoire », en soutenant aveuglément les
« politiques d’apartheid » d’Israël, accuse Erekat. Il s’en prend personnellement à Baird qui aurait contribué aux violations présumées des droits des Palestiniens par Israël.

Les policiers devant les manifestants palestiniens juste avant la rencontre entre le Ministre des Affaires étrangères de l'AP, Riyad al-Maliki et le ministre des Affaires étrangères du Canada, John Baird, le 18 janvier 2015 à Ramallah. (AFP/ABBAS MOMANI)

Les policiers devant les manifestants palestiniens juste avant la rencontre entre le Ministre des Affaires étrangères de l’AP, Riyad al-Maliki et le ministre des Affaires étrangères du Canada, John Baird, le 18 janvier 2015 à Ramallah. (AFP/ABBAS MOMANI)

Il a accordé son interview au Times of Israel dans son hôtel de Tel Aviv. Le chef de la diplomatie d’Ottawa a clairement affirmé qu’il ne ferait aucune excuse pour les positions de son gouvernement sur Israël.

Au lieu de cela, il a souligné qu’il attendait des excuses de la part d’Erekat, qui, plus tôt ce mois-ci a déclaré que la construction des implantations par Israël en Cisjordanie était du « terrorisme » qui équivalait à celui pratiqué par l’État islamique.

« Cela en dit en long », explique Baird au sujet de la comparaison d’Erekat.

« Je laisse le soin aux observateurs honnêtes de tirer les conclusions à son su-
jet », ajoute-t-il pour être diplomate.

A l’époque, le porte-parole de Baird, Rick Roth, avait jugé que les commentaires d’Erekat « étaient insultants et ridicules, et qu’il devrait présenter ses excuses immédiatement ».

De telles comparaisons minent les efforts mis en place pour combattre les terroristes de l’EI et pourraient « enflammer les tensions dans la région », avait affirmé Roth au nom de Baird.

« Nous avons une divergence d’opinion fondamentale aves les dirigeants palestiniens », a expliqué Baird mardi.

Mais il ajoute qu’il a une « bonne relation » avec le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et le ministre des Affaires étrangères, Riyad al-Maliki, malgré l’opposition d’Ottawa pour les efforts unilatéraux de l’Autorité palestinienne pour obtenir la reconnaissance de l’Etat palestinien sans négocier avec Israël.

« Ils connaissent notre position. Nous ne disons pas une chose face à eux et une autre chose lorsque nous rentrons chez nous. Nous soutenons fermement un Etat
palestinien », poursuit Baird.

« Nous pensons juste qu’il faut que cela soit le produit de négociations de paix avec Israël. La façon d’obtenir un Etat palestinien est par le biais avec Israël et non pas une action unilatérale ».

Les Palestiniens « ont fait une énorme erreur » en poursuivant Israël pour crimes de guerre à la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye, a déclaré Baird lundi. Mardi, il a réitéré son opposition à la décision de l’Autorité palestinienne, mais était réticent à discuter dans quelles mesures, le cas échéant, son gouvernement prendraient. « Nous avons manifesté notre objection et nous continuerons à plaider auprès de l’Autorité palestinienne pour qu’il prenne une voie différente », indique-t-il.

Certains activistes pro-israéliens ont appelé les Etats membres à ne plus financer la CPI si elle ne rejetait pas la plainte des Palestiniens, mais Baird affirme qu’il n’incombe qu’à son gouvernement de prendre ce genre de décision et qu’il était inconvenant pour lui de spéculer sur de telles mesures. « Nous allons procéder étape par étape ».

‘Les Palestiniens doivent comprendre l’importance de l’Etat juif’

Le Canada est l’un des rares pays qui reconnaissent Israël comme un Etat juif, mais Baird a évité d’approuver la demande du Premier ministre Benjamin Netanyahu, à savoir, que les Palestiniens doivent reconnaître un Israël ‘juif’ avant que tout accord de paix ne soit signé.

Ne souhaitant pas s’immiscer dans la campagne électorale israélienne, Baird a expliqué qu’il ne dira pas aux Palestiniens ce qu’ils devraient faire. Il a, cependant, affirmé
que « les Palestiniens doivent comprendre la position israélienne et l’importance de l’Etat juif ».

L’existence d’un pays que tous les Juifs peuvent considérer comme leur maison était important au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, et le reste tout autant en 2015, convient le ministre des Affaires étrangères.

« Avec la montée de l’antisémitisme dans de nombreuses parties du monde, il est probablement plus important aujourd’hui qu’il ne l’était il y a quelques années qu’il y ait un Etat juif où les gens peuvent trouver refuge ».

‘Nous jugerons l’Iran sur l’action qu’il mènera, non ses paroles’

Sur le sujet de l’Iran, Baird s’accorde presque entièrement avec Netanyahu, affirmant que Téhéran ne doit pas acquérir les moyens de produire l’arme nucléaire et condamne le soutien du régime au terrorisme et des violations des droits de l’Homme.

Par contre, il n’a pas repris la position de Netanyahu, à savoir, que l’Iran ne devrait pas garder une seule des centrifugeuses lorsqu’un accord sera signé avec les puissances mondiales. Il a insinué que Téhéran pourrait avoir l’autorisation de garder un petit nombre de ces centrifugeuses.

« Il n’existe pas un droit à l’enrichissement ; il n’existe pas un besoin à l’enrichissement », a-t-il poursuivi.

« Dans un monde parfait, c’est à cela que l’accord ressemblerait. Nous ne vivons pas dans un monde parfait. Pouvons-nous être épargnés face à une dizaine, une centaine de [centrifugeuses] ? Cela est une chose. Evidemment, plus le nombre augmente, plus l’inquiétude du Canada augmentera ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu serrant la main du ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, à Jérusalem le 19 janvier 2015 (Crédit :  Kobi Gideon/GPO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu serrant la main du ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, à Jérusalem le 19 janvier 2015 (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Baird a aussi suggéré que ceux qui espéraient qu’Ottawa se rapproche de Téhéran suite aux négociations sur le nucléaire entre Téhéran et groupe P5+1 seront déçus.

« Nous jugerons l’Iran sur les actions qu’il mènera, non sur ses paroles », souligne-t-il. Il ajoute que l’approche de ce pays concernant les droits de l’Homme et son soutien au terrorisme ont empiré ces deux dernières années.

« L’Iran pourrait être un élément stabilisateur dans la région – s’il abandonnait le terrorisme, nettoyait leur dossier sur les droits de l’Homme et empruntait une autre voie au sujet du programme nucléaire. L’Iran peut jouer un rôle important dans la région et dans le monde. Mais ils doivent changer de voie ».