WASHINGTON — Le stratège en chef de Donald Trump récemment démis de ses fonctions a fait une déclaration audacieuse : Ne comptez pas sur le président pour certifier l’accord sur le nucléaire iranien lors de la prochaine évaluation du mois d’octobre.

Dans sa première interview télévisée depuis qu’il a quitté l’administration, Stephen Bannon a affirmé dans l’émission « 60 minutes » diffusée dimanche que tandis que l’establishement en charge de la sécurité nationale recommande vivement à Trump de vérifier si l’Iran se conforme au pacte historique qui a été signé en 2015, son ex-patron serait tenté d’agir autrement.

« Je ne vais pas parier à ce sujet », a expliqué Bannon à Charlie Rose, interrogé sur l’éventualité que Trump en vienne à démanteler l’accord comme il l’avait souvent promis au cours de sa campagne (comme il avait également juré, à d’autres occasions, de le faire strictement appliquer).

Sous les termes d’un accord passé entre l’ancien président Barack Obama et le Congrès, la Maison Blanche doit faire un rapport au Capitole tous les 180 jours attestant que l’Iran honore bien la convention de 2015 qui réduisait les travaux d’enrichissement iranien en échange d’allègement de sanctions.

Trump a déjà certifié que l’Iran s’était conformé à la convention à deux occasions, une fois au mois d’avril et une autre fois en juillet. Mais il a également envoyé le signal fort qu’il pourrait ne pas continuer à agir à l’automne prochain.

Le président américain Donald Trump devant la Maison Blanche, le 26 juin 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

Le président américain Donald Trump devant la Maison Blanche, le 26 juin 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

« Je pense qu’ils [les Iraniens] ne se conformeront pas », a ainsi déclaré Trump au mois d’août. « Je ne m’attends pas à ce qu’ils s’y conforment ». Ces propos ont été tenus peu de temps après que Foreign Policy a fait savoir que le président avait indiqué à ses conseillers de développer un dossier expliquant pourquoi le régime avait violé l’accord en vue de la prochaine date-butoir.

Des diplomates américains vétérans et des experts sur l’Iran ont expliqué au Times of Israel la semaine dernière leur grande inquiétude : Selon eux, manoeuvrer pour révoquer la convention – à laquelle les Iraniens se conformeraient en fait – pourrait avoir des conséquences désastreuses, en décrédibilisant notamment les Etats-Unis et en effilochant une protection qui bloque, au moins pour le moment, l’avancée de Téhéran vers le développement d’une arme nucléaire.

Mais à Washington, la rumeur laisse entendre que la Maison Blanche n’empruntera pas cette voie et que le secrétaire d’Etat Rex Tillerson, le secrétaire à la Défense Jim Mattis et le conseiller à la sécurité nationale H.R. McMaster — qui ont tous convaincu Trump de ne pas manquer à son devoir la dernière fois – sauront le convaincre de faire encore la même chose.

« On dit maintenant que vous pourriez ne pas essayer de défaire l’accord sur le nucléaire iranien », a dit Rose à Bannon à un moment de l’entretien.

« Le révoquer ? », a interrogé Bannon.

« Oui ».

« Je ne parierais pas là-dessus ».

« Mais on en parle ».

« On en parle simplement », a répondu Bannon. « L’establishment veut qu’il certifie l’accord. Le président Trump veut sortir de cette convention et soit en faire une meilleure, soit seulement la voir de l’extérieur ».

Lorsqu’il était candidat, Trump était extrêmement critique de l’accord, le qualifiant souvent de pire qui n’ait jamais été négocié. Mais il a également lancé des messages contradictoires sur sa manière de gérer le défi iranien.

Dans son discours devant l’AIPAC en 2016, par exemple, Trump avait expliqué qu’il « démantèlerait l’accord désastreux avec l’Iran » et qu’il « mettrait en oeuvre les termes de l’accord précédent, pour que l’Iran doive entièrement rendre des comptes ».

En tant que président, il s’est retenu jusqu’à présent d’abroger l’accord mais il a imposé de nouvelles sanctions à de multiples entités et personnalités iraniennes au mois de février après que Téhéran a défié une résolution du conseil des Nations unies en testant des missiles balistiques.

Depuis qu’il a quitté son poste à la Maison blanche, Bannon est retourné à Breitbart News, le site de droite sensible et hautement controversé, dont il était le dirigeant avant de rejoindre la campagne de Trump en août 2016.