L’ancien Premier ministre, Ehud Barak, a mis en garde jeudi que le programme du gouvernement mettait en danger l’avenir du pays. Il a également accusé le daputé de l’opposition Yair Lapid de manquer de force et de personnalité pour diriger un cabinet alternatif efficace et le mener dans une meilleure direction.

« Ce gouvernement israélien de droite … menace le sionisme et menace le futur d’Israël », a-t-il déclaré. Il agit « pour l’unité de la terre [y compris la Cisjordanie] au détriment de l’unité du peuple et au détriment de la sécurité d’Israël, et cela doit être corrigé ».

Lapid représenterait également la même chose, a-t-il averti, en prenant des votes du centre gauche mais tout en s’alliant avec la droite.

Barak, qui a occupé le poste de chef d’état-major le plus longtemps dans l’histoire de l’armée israélienne et qui a été Premier ministre entre 1999 et 2001 et ministre de la Défense entre 200 et 2013, a déclaré à la radio israélienne dans une interview que l’absence d’une véritable force d’opposition dans l’arène politique avait créé un vide dangereux.

Soulignant qu’il s’exprimait en tant que « citoyen très préoccupé » et qu’il n’avait pas l’intention de revenir en politique lui-même, Barak a déclaré qu’au cours des deux dernières années, le « gouvernement de droite » a révélé un « programme dangereux pour Israël, l’entreprise sioniste et son avenir ».

La coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu comprend le parti Yisraël Beytenu, dirigé par le ministre de la Défense, Avigdor Liberman, et le parti religieux HaBayit HaYehudi, dirigé par le ministre de l’Education Naftali Bennett. Cette coalition est considérée comme la plus à droite de l’histoire d’Israël.

Barak a déclaré que les politiques de ce gouvernement, plutôt que d’aboutir à une solution à deux États avec les Palestiniens, conduiraient à « un État dans lequel il y a une majorité arabe et presque certainement une guerre civile constante ou, une variante, un Etat d’apartheid ».

« L’avenir même du projet sioniste » est menacé, s’est-il inquiété, et « le gouvernement que nous avons choisi il y a deux ans met en œuvre son programme, afin de détruire les quatre piliers de la démocratie : la Cour suprême, la presse gratuite, la société civile, et l’armée israélienne ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'une réunion d'une commission du contrôle de l'Etat de la Knesset lors d'une discussion sur le rapport sur l'opération Bordure protectrice, le 19 avril 2017 (Crédit : Hadas Parush / Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une réunion d’une commission du contrôle de l’Etat de la Knesset lors d’une discussion sur le rapport sur l’opération Bordure protectrice, le 19 avril 2017 (Crédit : Hadas Parush / Flash90)

L’approche de Netanyahu, a-t-il estimé, divise. Elle demande essentiellement : « qu’êtes-vous d’abord, Juif ou Israélien ? Si vous êtes israélien vous êtes de gauche, si vous êtes juif, vous êtes de droite. Aimez-vous les Arabes ou est-ce que vous haïssez les Arabes ? Si vous aimez les Arabes, vous êtes de gauche, si vous détestez les Arabes, vous êtes de droite. » Cette « approche qui divise et incitant [à la haine] » doit être remplacée. Il est nécessaire de placer « la sécurité avant tout – en actes, pas par les mots ». Israël a besoin de « l’unification de son peuple plus qu’il ne lui faut du Grand Israël », a-t-il ajouté.

Un problème majeur est qu’ « Israël n’a pas d’opposition aujourd’hui, elle n’existe pas », a déclaré Barak, qui a pris sa retraite de la vie politique en 2013, mais continue à la commenter publiquement notamment sur les actions du gouvernement, la sécurité et les questions sociales.

Barak n’a pas directement critiqué l’opposition et le chef du parti travailliste, le député Isaac Herzog, et a déclaré qu’il était un politicien sérieux. Il a ajouté que Herzog avait essayé de faire avancer les efforts de paix en négociant pour rejoindre la coalition de Netanyahu, mais que c’était Netanyahu qui avait condamné des opportunités telles que le sommet de Jordanie l’an dernier. Mais il a indiqué qu’il ne croyait pas que Herzog avait l’attrait nécessaire pour devenir Premier ministre.

En revanche, Barak a directement critiqué Lapid, qui est considéré par les experts politiques comme ayant une chance réaliste de battre Netanyahu. Il a affirmé que Lapid se qualifiait d’homme de droite et qu’il avait précisé que sa coalition, s’il était chargé d’en former une, comprendrait le Likud, le Koulanou et peut-être HaBayit HaYehudi – un autre gouvernement de droite.

Barak a rejeté les analyses selon lesquelles Yesh Atid pourrait battre les électeurs de droite lors des prochaines élections. Loin de gagner cinq sièges de la droite, il a déclaré que Yesh Atid gagnera plus de 15 sièges au centre gauche. « Et les politiques » sous Lapid « seraient celles de droite » parce que Lapid n’aura pas la force et le courage de prendre la bonne approche.

Yesh Atid a constamment gagné des points dans les sondages au cours des derniers mois. Un récent sondage, publié en mars par la Dixième chaîne, a révélé qu’il devrait remporter 25 sièges (contre 11 qu’il a actuellement), un seul de moins que le Likud gagnerait lors d’une élection.

Yair Lapid, président du parti Yesh Atid, lors d'une conférence de presse, le 3 avril 2017. (Crédit : Flash90)

Yair Lapid, président du parti Yesh Atid, lors d’une conférence de presse, le 3 avril 2017. (Crédit : Flash90)

« Il n’aura pas la volonté ou la personnalité pour prendre les décisions nécessaires et les exécuter », a expliqué Barak sur Lapid. « Je suis très préoccupé par la possibilité que Yesh Atid soit [perçu par le centre gauche comme] l’alternative. Yesh Atid ne présente pas une route [vers l’avant] ».

Dans le vide créé par l’absence d’une opposition, il faut qu’il y ait « un groupe qui a confiance en lui qui dit : ‘nous avons une manière différente’ ».

« Nous devons savoir ce que nous voulons. Il ne suffit pas de remplacer Netanyahu. Tous ceux qui disent ‘n’importe qui excepté Netanyahu’ », a-t-il ajouté, font une erreur. « Un gouvernement avec un programme similaire, dirigé par Lapid, mais avec des partenaires de la coalition comme Liberman, Kahlon et le Likud, ne nous changera pas du cours mettant en danger l’avenir d’Israël ». (Le ministre des Finances, Moshe Kahlon, ancien membre du Likud, dirige son propre parti Koulanou.)

Barak a rejeté la rumeur selon laquelle il envisage de revenir en politique, bien qu’il ait reconnu que si les circonstances futures l’exigeaient, il pouvait revenir sur sa position.

« Pour le moment, je n’ai pas l’intention de revenir au sein du système politique », a-t-il affirmé, mais il a noté qu’il avait encore l’intention de parler de ses préoccupations lorsqu’il avait le sentiment que cela était valide.

David Bitan, député du Likud et président de la coalition, s'en prend à un père endeuillé pendant une réunion de la commission du Contrôle de l'Etat sur le rapport établi sur l'opération Bordure protectrice, à la Knesset, le 19 avril 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

David Bitan, député du Likud et président de la coalition, s’en prend à un père endeuillé pendant une réunion de la commission du Contrôle de l’Etat sur le rapport établi sur l’opération Bordure protectrice, à la Knesset, le 19 avril 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

L’ancien Premier ministre a également critiqué Netanyahu pour ne pas avoir exercé son pouvoir pour mettre fin à une confrontation émotionnelle et cinglante entre les parents endeuillés des soldats morts au combat de l’armée israélienne et deux députés du Likud lors d’un débat à la Knesset afin d’examiner un rapport du contrôleur de l’État qui critiquait le gouvernement pour sa gestion de la guerre d’été de 2014 contre le Hamas dans la bande de Gaza, connue en Israël sous le nom d’opération Bordure protectrice.

Au cours de l’audience de mercredi, à laquelle Netanyau a participé, les parents endeuillés de soldats qui sont morts pendant l’opération ont critiqué avec émotion le gouvernement et son chef. Deux membres de la Knesset du Likud leur ont répondu. Le député David Bitan a qualifié un parent de « menteur ».

Barak a estimé que Netanyahu aurait pu arrêter l’échange et qu’il aurait dû s’arranger pour rencontrer les parents endeuillés auparavant « pour leur parler et veiller à ce qu’une telle chose ne se produise pas ».

Il aurait dû, a-t-il suggéré, organisé deux débats à la Knesset, un pour examiner le rapport du contrôleur d’Etat et l’autre pour rencontrer les parents en deuil pour leur donner l’occasion de poser les questions qu’ils avaient sur les changements qui ont été apportés.

Barak a insisté pour qu’un débat approprié sur le rapport du contrôleur soit organisé à la Knesset dans un futur proche.

En ce qui concerne la gestion de la guerre de 2014, Barak a déclaré que Netanyahu, et son ministre de la Défense de l’époque, Moshe Yaalon, se sont retrouvés entraînés dans l’ « aventurisme » des autres de la coalition. Cependant, a-t-il ajouté, le renvoi de Yaalon par Netanyahu l’année dernière a constitué « l’un des nombreux points faibles » de la gouvernance de Netanyahu.