L’ancien Premier ministre et ministre de la Défense Ehud Barak a affirmé jeudi qu’Israël devait recevoir une flotte de 20 avions de chasse de catégorie F-35, gratuitement, de la part des États-Unis, mais que ce cadeau avait été annulé en raison des relations glaciales qu’entretenaient le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président américain de l’époque, Barack Obama.

Dans une interview donnée à la radio militaire, Barak a indiqué qu’aucun accord formel n’avait été établi pour ces avions gratuits, mais « qu’il y avait des pourparlers concrets avec les Américains, qui rendait tout cela très possible ».

Pour Barak la tension qui régnait entre Netanyahu et Obama, notamment lors de la ferme opposition du Premier ministre en 2015 vis-à-vis de l’accord sur le nucléaire iranien, est responsable de l’annulation de cet accord.

L’ancien chef de la Défense n’a pas précisé quand cette offre a été soumise par les responsables. Il avait quitté le gouvernement depuis trois ans lors de la finalisation du dernier programme d’aide militaire que les États-Unis accordent à l’État hébreu.

Dan Shapiro, qui a été ambassadeur des États-Unis en Israël sous Obama, a rejeté ces allégations.

« Les relations entre Netanyahu et Obama n’ont pas influencé l’accord sur les F-35 », a répliqué Shapiro plus tard, toujours sur la radio militaire.

Shapiro a indiqué que l’approvisionnement en F-35 avait été négocié dans le cadre du programme d’aide militaire que les États-Unis octroient à Israël, qui, dit-il, était basé sur les besoins militaires de l’État hébreu et sur les considérations budgétaires américaines, et « n’avait rien à voir avec nos différends de l’époque ».

Daniel Shapiro, alors ambassadeur des Etats-Unis en Israël, le 9 décembre 2014. (Crédit : Matty Stern/Ambassade américaine)

Daniel Shapiro, alors ambassadeur des Etats-Unis en Israël, le 9 décembre 2014. (Crédit : Matty Stern/Ambassade américaine)

Barak, qui est devenu l’un des critiques les plus virulents de Netanyahu au cours de la dernière année, avait déjà accusé le Premier ministre d’avoir laissé passer l’opportunité de percevoir une aide militaire plus conséquente de la part des États-Unis que l’enveloppe de 38 millions de dollars en 10 ans signée en septembre 2016.

Après la signature de l’accord, Barak, qui a été ministre de la Défense pour Netanyahu entre 2009 et 2013, a accusé le Premier ministre d’avoir fait cafouiller les négociations et d’avoir obtenu un programme d’aide largement inférieur à ce qui était initialement attendu.

« Les dommages causés par la direction irresponsable de Netanyahu sur les relations avec la Maison Blanche sont à présent visibles », avait écrit Barak dans un éditorial cinglant publié dans le Washington Post. « Israël recevra 3,8 milliards de dollars par an, une contribution importante à notre sécurité, mais bien inférieure à ce qui aurait pu être obtenu avant que le Premier ministre ne choisisse d’interférer ouvertement avec la politique américaine. »

La nouvelle aide militaire dote Israël de 3,8 milliards de dollars, contre trois milliards de dollars dans le cadre de l’accord actuel. Elle entrera en vigueur en 2019 et se prolongera jusqu’en 2028. Dans le cadre de cet accord, Israël s’était engagé à ne pas demander davantage de financement au Congrès pendant une décennie. L’accord stipule également qu’Israël ne peut pas dépenser librement ces fonds sur sa propre industrie d’armement pour les six prochaines années ; un point qui avait fait l’objet de longues négociations.

Dans son éditorial de 2016, Barak avait expliqué qu’avec la hausse du prix de l’armement depuis l’entrée en vigueur du dernier accord décennal, et la clause qui interdit à Israël de demander davantage de fonds supplémentaires au Congrès, l’accord ne permettait pas à Israël « d’avoir plus de pouvoir d’achat » qu’il n’en avait lors du premier accord.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'une cérémonie pour le nouvel avion de chasse F-35 Adir à la base aérienne Nevatim, dans le désert du Negev, le 12 décembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une cérémonie pour le nouvel avion de chasse F-35 Adir à la base aérienne Nevatim, dans le désert du Negev, le 12 décembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Cet éditorial avait suscité la colère du parti de Netanyahu, le Likud, qui avait accusé l’ancien Premier ministre de ne pas prendre les intérêts d’Israël à cœur.

Dans une communiqué, le Likud avait qualifié cet article d’« insensé », écrit par « le plus mauvais Premier ministre de l’Histoire d’Israël », qui tentait « un [retour en] politique pathétique ».

« La publication d’un article qui condamne Israël dans les médias américains, le jour où le plus grand accord d’aide de l’Histoire des États-Unis a été accordé est une énième preuve qu’Ehud Barak n’a pas à cœur les intérêts d’Israël », avait écrit le parti.

Raoul Wootlif a contribué à cet article.