Le président syrien Bashar el-Assad, assuré de remporter la présidentielle de mardi, est un autocrate qui donne l’apparence d’un homme avenant et courtois, combinant les images de chef de guerre et de bon père de famille.

Physiquement, Bashar al-Assad, 48 ans, ne correspond pas à l’image que l’on se fait d’un dictateur au Proche-Orient, comme c’était le cas en Irak avec Saddam Hussein, ou en Libye avec Mouammar Kadhafi. Tous deux avaient des traits durs et une allure sévère.

Rien de tel chez le président syrien. Il porte rarement l’uniforme militaire comme son ex-homologue irakien et encore moins la tenue des bédouins du désert comme l’ancien homme fort de Libye.

Il préfère les complets bien coupés à l’occidentale, les cravates sobres et ressemble plutôt à un cadre supérieur, un peu frêle, presque timide.

Car cet ancien ophtalmologue a vu son destin bifurquer à la suite de la mort en 1994 du « dauphin » Bassel, son frère aîné, tué dans un accident de la route à Damas.

Il est contraint de quitter Londres où il poursuivait une spécialisation et où il a rencontré sa femme Asma, une syro-britannique de confession sunnite qui travaille à la City pour JP Morgan.

Il suit un cursus militaire avant d’être initié aux dossiers politiques par son père. Hafez al-Assad, au pouvoir depuis 1970, est alors un personnage incontournable dans la région et notamment dans le conflit israélo-arabe.

Il apprend attentivement les leçons que lui inculque son père, dont il partage le caractère froid et énigmatique. A la mort de Hafez en 2000, il lui succède à l’issue d’un référendum et sera reconduit en 2007. Ils sont issus de la minorité alaouite, une branche du chiisme, dans un pays majoritairement sunnite.

A son arrivée au pouvoir, il commence par injecter timidement une dose de liberté, mais quelques mois plus tard le mouvement de réformes est étouffé et les meneurs du « printemps de Damas » sont arrêtés.

En fait, il n’a pas l’intention de lâcher la moindre once de son pouvoir. Quand, dans le sillage des Printemps arabes, la révolte gronde dans son pays en mars 2011, il la réprime sans pitié puis mène la guerre contre une rébellion armée.

Sûr de gagner

Au cours de la guerre civile qui a fait plus 162 000 morts, déplacé près de la moitié de la population et transformé une partie du pays en champ de ruines, son caractère intraitable s’est affirmé.

Homme élancé, aux yeux bleus et à la fine moustache, il affiche derrière son sourire une détermination inébranlable et une volonté implacable d’écraser la rébellion qu’il assimile à des « groupes terroristes manipulés » par l’étranger.

Chef du Baas, au pouvoir depuis un demi-siècle, il veut présenter la révolte contre son régime comme un complot ourdi par l’Occident et les pays du Golfe pour briser la « chaîne de la résistance » contre Israël, dont il affirme être un maillon.

« Après trois ans de guerre, il n’a pas pris une seule ride et pas un cheveu blanc car il est sûr d’être dans son bon droit et qu’il gagnera », insiste un homme d’affaires syrien très proche du pouvoir.

Apparence décontractée

Père de deux garçons et d’une fille, il confie n’avoir rien changé à ses habitudes : il habite toujours dans sa maison à Damas, conduit lui-même ses enfants à l’école et travaille dans son bureau au centre-ville.

Sauf pour les grandes réceptions, il dédaigne le palais du Peuple, construit par son père. « Il préfère l’intimité de son bureau. Le palais a été construit par les Saoudiens avec neuf chambres à coucher, mais il (…) n’a qu’une seule femme », plaisante un collaborateur.

Il s’épanche seulement en parlant de ses enfants. « Oui c’est difficile de leur expliquer la guerre », dit-il à l’AFP dans un entretien exclusif en janvier.

Les photos diffusées pour sa campagne montrent le président faire du vélo en jeans et T-shirt comme n’importe quel bobo occidental et son fils aîné le prendre en photo au restaurant.

Il a affirmé n’avoir jamais pensé à quitter le pays. « Je dois être aux premiers rangs des défenseurs de la patrie », avait-il dit à l’AFP.

Il rejette d’un revers de main les accusations de l’ONU sur sa responsabilité dans des « crimes contre l’humanité et de crime de guerre », alors que les ONG évoquent massacres, torture et des dizaines de milliers de prisonniers.