La British Broadcasting Corporation (BBC) a nié avoir interdit à leurs chercheurs travaillant sur un documentaire sur Auschwitz de donner les noms de « centaines » de travailleurs nazis du camp de concentration aux procureurs.

Ces allégations selon lesquelles la BBC aurait empêché ses employés de révéler leurs sources ont été émises lundi par la Fox News qui se fonde sur un courriel de 2006 d’un chercheur travaillant sur ce documentaire. Le chercheur s’était plus tard rétracté.

La chaîne anglaise et les chercheurs qui ont travaillé sur le documentaire de 2005, « Auschwitz : les nazis et ‘la Solution finale’ » maintiennent que les noms des employés d’Auschwitz ont été supprimés des registres allemands et qu’ils sont connus des autorités allemandes, poursuit le reportage de la chaîne américaine.

Cependant, les traqueurs de nazis du Centre Simon Wiesenthal ont critiqué les chercheurs qui n’ont pas communiqué les noms pour qu’ils puissent poursuivre l’enquête.

« Malheureusement, je ne peux vous communiquer les données de mes recherches, avait écrit Frank Stucke en 2006. Donner les noms de nos témoins irait à l’encontre de la politique de la BBC, car personne n’accepterait de nous accorder des interviews. »

Stucke a, plus tard, nié que la BBC l’ait empêché de communiquer l’information. D’autres personnes ont souligné que les sources nazies avaient été retrouvées grâce à des dossiers allemands, ce qui prouve que les institutions allemandes ont vraiment échoué lors de leur traque des employés d’Auschwitz.

Dans une interview accordée à Fox news, Stucke a expliqué : « J’ai trouvé des centaines de personnes dans toute l’Allemagne qui ont travaillé là-bas comme gardien ou qui étaient impliqué d’une façon ou d’une autre à Auschwitz .»

« C’était en 2003… Les gens étaient très âgés à l’époque, je ne sais pas combien d’entre eux sont encore vivant ».

Dans un courriel ultérieur, envoyé par le biais de la BBC, il a écrit : « Je n’ai pas la liste des ‘centaines’ de noms des SS qui étaient à Auschwitz qui ne sont pas connus des procureurs allemands. »

Au sujet de cette affirmation – que la BBC l’aurait empêché de communiquer les noms de criminels de guerre -, il déclare : « Ce n’est juste pas vrai. »

La BBC a pour sa part commenté les allégations de Fox News en commençant par un simple « c’est tout simplement faux ».

Elle poursuit en expliquant que « virtuellement tous les noms des anciens membres des SS à Auschwitz que la BBC a découvert, au cours de la production des documentaires de 2005, ont été trouvés en étudiant les dossiers des autorités allemandes. Donc les autorités allemandes les connaissaient bien avant que la BBC ne les découvre ».

Cette déclaration a été reprise par le producteur du documentaire, Laurence Rees, l’ancien directeur des programmes historiques de la BBC.

« J’ai toujours coopéré avec les autorités allemandes, lorsque l’on me l’a demandé, pour poursuivre des criminels de guerre présumés, et je continuerai à le faire », a-t-il affirmé au micro de Fox News.

Rees a décrit le processus de localisation des anciens employés d’Auschwitz comme étant « un travail incroyablement lourd et
coûteux ».

Il a indiqué que les chercheurs ont cherché au-delà des fichiers originaux des SS pour traquer les criminels de guerre potentiels, en comparant les noms présents dans les dossiers des procès et dans la documentation de Russie. Ils ont ensuite recherché des membres de ces familles dans l’annuaire.

Efraim Zuroff, du Centre Simon Wiesenthal, avait indiqué en 2011, lors de la mise en accusation d’un ancien garde de Sobibor « qu’il y a une révolution dans la politique de poursuite allemande ».

« Avant, il fallait prouver que quelqu’un avait commis un meurtre ou un crime, précise-t-il. Maintenant, il suffit simplement de prouver que [le suspect] a servi dans un camp de la mort – et Auschwitz est certainement un camp de la mort. »

Sur les 7 000 employés SS d’Auschwitz, quelque 800 ont été mis en accusation.

Zuroff a sévèrement critiqué les chercheurs de la BBC qui n’ont pas communiqué la liste.

« Les gens qui produisent des films ne pensent pas qu’ils ont l’obligation d’aider à amener [les criminels] devant la justice, s’insurge-t-il. Ils s’intéressent uniquement à l’art, pas à la justice. »