Des dirigeants religieux musulmans, juifs, druzes et chrétiens se sont réunis lundi à la Knesset pour appeler le gouvernement à abandonner un projet de loi qui interdirait aux mosquées d’Israël d’utiliser des haut-parleurs pour appeler les fidèles à la prière à l’aube.

La rencontre interconfessionnelle, organisée par le député du Likud Yehuda Glick et le député de l’Union sioniste Zouheir Bahloul, s’est terminée par une proclamation commune appelant la coalition à abandonner le projet de loi dit des muezzins, qui devrait être présenté mercredi en lecture préliminaire, et à créer une commission commune judéo-musulmane qui traiterait des plaintes sur le bruit des habitants, principalement de ceux qui vivent dans les villes israéliennes mixtes.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait soutenu le projet de loi qui, s’il est approuvé, s’appliquera en Israël et à Jérusalem Est, où vivent plus de 300 000 Palestiniens.

Netanyahu a déclaré que le bruit de l’appel à la prière dérange les Israéliens de toutes religions et que des lois similaires existent dans beaucoup de pays européens et dans certains pays musulmans.

Le président Reuven Rivlin a lui critiqué le projet de loi, qui a également été condamné par les Arabes israéliens et le monde arabe et musulman en général.

Bien que le projet de loi s’applique à toutes les institutions religieuses, il a été perçu comme visant principalement les mosquées, qui appellent cinq fois par jour à la prière.

« Nous sommes vraiment en colère »
Cheikh Muhammad Kiwan

La réunion a été l’occasion d’appels répétés à la négociation et au dialogue, de condamnations furieuses du projet de loi, d’un quasi consensus que le projet de loi éroderait les relations fragiles entre les communautés juives et arabes d’Israël, et des gestes de bonne volonté entre les différentes communautés religieuses d’Israël. Il n’y a cependant eu que peu de propositions de pratiques alternatives, même si la réunion avait pour objectif de rédiger une autre version du projet de loi.

« Nous sommes vraiment en colère », a déclaré le Cheikh Muhammad Kiwan, qui préside le Conseil des dirigeants musulmans. Kiwan, qui a perdu trois enfants pendant la deuxième guerre du Liban et a affirmé que « notre destin est commun », a déclaré que les 400 imams qu’il représente sont « sur ma gorge » en raison du projet de loi.

« En aucun cas, je n’accepterai que ce projet de loi soit voté », a-t-il ajouté.

Kiwan a également affirmé que le projet de loi devrait être abandonné avant l’organisation d’une tentative quelconque pour trouver une solution par le dialogue.

Un drapeau israélien devant un minaret d'une mosquée du quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem, le 14 novembre 2016. (Crédit : Thomas Coex/AFP)

Un drapeau israélien devant un minaret d’une mosquée du quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem, le 14 novembre 2016. (Crédit : Thomas Coex/AFP)

S’exprimant au nom du dirigeant spirituel druze, le Cheikh Muafak Tarif, qui ne pouvait pas être présent à la réunion, un représentant de la communauté druze a appelé au dialogue. « Nous prions tous un seul Dieu, et nous sommes tous frères », a-t-il déclaré. Dans le même temps, il a souligné que en « Israël aujourd’hui, nous ne sommes pas à court de problèmes », et il affirmé que la législation entraînait une autre division de la société.

« Dieu est le législateur de toutes les religions »

Le rabbin Haim Amsalem, ancien député, a déclaré aux participants que l’appel à la prière à l’aube « dérange réellement » les habitants. « Il n’y a pas d’intention ici pour mettre en colère, provoquer ou faire souffrir les musulmans par le muezzin », a-t-il déclaré. Il existe des alternatives technologiques, a déclaré Amsalem, qui a brièvement suggérer d’utiliser par exemple des messages WhatsApp.

Oded Wiener, conseiller du grand rabbinat, a déclaré qu’il y avait une « vraie douleur » dans la communauté musulmane parmi ceux qui avaient le sentiment que leur liberté de culte était restreinte.

« Nous avons un tissu [social] délicat, et il est très, très sensible », et doit être défendu, a-t-il déclaré.

Le Cheikh Muhammad Sharif Ouda, qui dirige la communauté Ahmadi de Haïfa, a déclaré que sa mosquée locale n’utilisait pas de haut-parleurs pour les appels du matin, par égard pour les habitants. Il a affirmé qu’il n’existait aucun impératif religieux d’utiliser les haut-parleurs per se, mais uniquement de chanter l’appel.

Les dirigeants religieux rassemblés à la Knesset pour tenter de convaincre le gouvernement d'abandonner le projet de loi dit des muezzins, le 5 décembre 2016. (Crédit : autorisation)

Les dirigeants religieux rassemblés à la Knesset pour tenter de convaincre le gouvernement d’abandonner le projet de loi dit des muezzins, le 5 décembre 2016. (Crédit : autorisation)

Ouda a également servi de traducteur pour le représentant chrétien de la réunion, qui a affirmé qu’il n’était pas « surpris » que le gouvernement veuille introduire le projet de loi, en citant son « renoncement à l’accord » signé en 1980 pour les écoles chrétiennes.

« Dieu est le législateur de toutes les religions », a-t-il déclaré dans sa critique du projet de loi, selon la traduction d’Ouda.

Considération ou diabolisation ?

La rencontre a commencé dans la bonne humeur, avec l’échange bon enfant entre le député juif et le député musulman.

« Si tu parles aux Cheikhs en arabe, je parlerai aux rabbins en yiddish », a prévenu Glick. « Tu supposes que je ne parle pas yiddish ? », a répondu Bahloul.

Yehuda Glick, rabbin et député du Likud, et Zouheir Bahloul, député de l'Union sioniste, pendant une réunion sur le projet de loi des muezzins qu'ils ont organisée à la Knesset, le 5 décembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Yehuda Glick, rabbin et député du Likud, et Zouheir Bahloul, député de l’Union sioniste, pendant une réunion sur le projet de loi des muezzins qu’ils ont organisée à la Knesset, le 5 décembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Pourquoi ne pouvons-nous pas dire que d’une part, nous voulons entendre le muezzin, et que d’autre part, il y a la considération pour les autres, qui est une obligation religieuse, a déclaré Glick au début de la réunion. Il n’y a pas de réalité dans laquelle mon Dieu m’ordonne de vous perturber. Il nous ordonne de vivre ensemble. »

Bahloul a déclaré que la législation était « hostile ». Il a également contesté que l’appel à la prière y soit décrit comme un « bruit », ce qui est selon lui une « diabolisation » de la pratique religieuse musulmane.

Mais tout en soulignant que la rencontre devait être centrée sur une proposition d’une alternative concrète au projet de loi faite au gouvernement, les idées n’ont pas été suffisantes, et noyées sous les appels au dialogue et à la condamnation. Bahloul a cependant lu une déclaration à la fin de la réunion, appelant le gouvernement à abandonner le projet de loi, tandis que Glick a demandé la formation d’une commission mixte pour traiter des plaintes sur le bruit des habitants israéliens.

Le rabbin Israël Samet, de la ville judéo-arabe de Lod, a jeté le doute sur l’efficacité du dialogue seul.

« Les tentatives de dialogue n’ont pas réussi », a-t-il déclaré en parlant de sa propre expérience pour diminuer le volume des appels à la prière dans la ville du centre d’Israël. « Nous sommes face à un mur sur ce sujet. »

« Tout le monde, tout le monde en souffre », a-t-il déclaré en parlant des appels à la prière dans sa ville.

Tout en saluant l’initiative et les efforts faits pour les accords interconfessionnels, Samet a déclaré que la législation avait été conçue pour ceux qui refusent le compromis. Comment les accords conclus ici s’appliqueront à eux ?, a-t-il demandé.

Une femme, Tova, qui représentait aussi les habitants de Lod, a déploré l’importante pollution sonore, s’attirant un reproche de Bahloul.

« Ce n’est pas les décibels élevés qui sont les plus convaincants », a déclaré le député à la voix douce. « Une voix calme est ce qui convainc les autres. »

« Alors dites ça au muezzin », a-t-elle répondu.