Pendant la confrontation de mercredi à l’implantation de Beit El, où des centaines de personnes ont affrontées les troupes qui avaient été envoyées par ordonnance du tribunal pour démolir deux immeubles d’habitation construites sur des terres appartenant à des Palestiniens, la Deuxième chaîne a montré des images d’un homme dans un polo rouge avec une kippa tricotée et des lunettes de soleil haranguer la foule pour les pousser à faire preuve d’une plus grande résistance.

L’orateur précédent était une femme angoissée, la tête couverte d’un foulard, qui a appelé à de la retenue. « Les flics ont besoin de se calmer. Nous avons également besoin de nous calmer. Tout le monde a besoin de se calmer maintenant. Nos émotions sont vives ».

L’homme aux lunettes de soleil et à la chemise rouge lui a pris le micro plutôt brusquement et a lancé un message tout à fait différent.

« Tous les flics, reculez. Tous les flics, reculez », a-t-il exigé. « Ne vous calmez pas », a-t-il exhorté la foule. « La destruction » – a-t-il ajouté, en choisissant le mot hébreu Hurban, souvent utilisé pour décrire la démolition des deux temples saints de Jérusalem. « La guerre », s’est-il écrié.

Un homme harangue la foule des manifestants à Beit El, le 29 juillet 2015 (Crédit : Capture d'écran Deuxième chaîne)

Un homme harangue la foule des manifestants à Beit El, le 29 juillet 2015 (Crédit : Capture d’écran Deuxième chaîne)

La confrontation Juif contre Juifs pour deux immeubles inachevés du projet Dreinoff à Beit El, en Cisjordanie au nord de Jérusalem, aurait pu être bien pire. Il n’y a pas eu de sang versé. Personne n’a été gravement blessé. La règle de droit a, au final, prévalu.

Mais la sonnette d’alarme devrait être tirée.

Nous devrions nous préoccuper d’une autre situation, de ce qui est devenu la dénonciation de routine des extrémistes pro-implantation de leurs compatriotes en uniforme.

L’été dernier, ces jeunes conscrits d’Israël ont risqué leur vie – et dans des dizaines de cas ont perdu la vie – pour protéger ce pays du dernier complot du Hamas pour nous exterminer.

Aujourd’hui, des mois plus tard, ils étaient là à Beit El – la Maison de Dieu – étaient bombardés avec des pierres, des bouteilles, des chaises lancées par des Juifs israéliens … et c’est sans parler des insultes.

Les forces de sécurité israéliennes affrontent des manifestants à Beit El, le 28 juillet 2015 (Crédit :  Nati Shohat / FLASH90)

Les forces de sécurité israéliennes affrontent des manifestants à Beit El, le 28 juillet 2015 (Crédit : Nati Shohat / FLASH90)

« C’est pour ça que vous avez rejoint l’armée », a fustigé un manifestant s’adressant à un agent de la police des frontières.

« Vous n’avez pas de conscience », a crié une jeune femme presque hystérique sur un autre agent. « Vous devriez avoir honte de vous-même », a ajouté un troisième manifestant.

« Oh, vous êtes durs avec les Juifs mais on ne vous a pas vu agir comme ça (contre les Arabes) sur le mont du Temple », a ricané un quatrième. « Cela va vous hanter pour le restant de votre vie », a ajouté un cinquième.

Les troupes – nos troupes, nos jeunes hommes et femmes en uniformes, dont nous avons tant besoin, pour nous protéger – sont restés impassibles. Mais ils ne sont pas sourds. Honte à ceux qui les ont insulté.

Les soldats israéliens reviennent du combats dans la bande de Gaza contrôlée par le Hamas, le 5 août 2014 (Crédit : Dave Buimovitch / Flash90)

Les soldats israéliens reviennent du combats dans la bande de Gaza contrôlée par le Hamas, le 5 août 2014 (Crédit : Dave Buimovitch / Flash90)

Nous devrions nous inquiéter, aussi, des législateurs qui défendent le mépris de la règle de la loi.

Le député de HaBayit HaYehudi, Moti Yogev, n’était pas le seul coupable, mais c’était le pire, déclarant avec la certitude arrogante, froide et précise du zélote que « nous devons emmener la lame d’un [bulldozer] D-9 à la Haute Cour de la justice. Nous, à l’Assemblée législative, assurerons que le règne du judiciaire de ce pays, la queue qui remue le chien, soit freiné ».

Moti Yogev (à gauche) et et le chef de son parti, HaBayit HaYehudi, Naftali Bennett (Crédit :  FLASH90)

Moti Yogev (à gauche) et et le chef de son parti, HaBayit HaYehudi, Naftali Bennett (Crédit : FLASH90)

Quand nos législateurs montrent du mépris envers la primauté du droit, et incitent à la violence contre ses partisans, la sonnette d’alarme devrait retentir haut et fort.

Et nous devrions nous inquiéter, aussi, d’un Premier ministre et d’un gouvernement qui récompense les manifestants et leurs champions à la Knesset. Le ministre de la Défense Moshe Yaalon – le plus sombre des pessimistes lorsqu’il s’agit d’évaluer les intentions palestiniennes envers Israël, et un champion engagé de l’expansion des implantations – a été catégorique mercredi : il ne devrait y avoir aucune complaisance envers ceux qui ont eu recours à la violence pour tenter de contrecarrer la démolition des bâtiments Dreinoff.

Les objections de Yaalon ont été balayées par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a ordonné la construction immédiate de 300 logements de plus à Beit El.

Pour Netanyahu, évidemment, composer avec les extrémistes est un petit prix à payer lorsque votre coalition pourrait autrement s’effondrer. C’est le même Netanyahu qui a scandaleusement jugé préférable de libérer des dizaines des orchestrateurs les plus dangereux du terrorisme palestinien des prisons d’Israël dans le cadre des efforts de paix – voués à l’échec – du secrétaire d’État John Kerry en 2013-14 plutôt que de geler temporairement la construction des implantations.

Les affrontements à Beit El et leurs retombées immédiates auraient pu être bien pires, mais elles ont souligné la nécessité, longtemps, longtemps, longtemps ignorée, par Israël, pendant près de 50 ans : quand nous nous sommes retrouvés avec le contrôle de la Judée et la Samarie biblique après la guerre des Six Jours de 1967, de décider où nos lignes rouges territoriales doivent être tracées.

Les forces de sécurité israéliennes emmène une résidente d'implantation venue pour manifester contre la démolition de deux immeubles d'habitation dans l'implantation juive de Beit El, le 28 juillet 2015 (Crédit : Nati Shohat / FLASH90)

Les forces de sécurité israéliennes emmène une résidente d’implantation venue pour manifester contre la démolition de deux immeubles d’habitation dans l’implantation juive de Beit El, le 28 juillet 2015 (Crédit : Nati Shohat / FLASH90)

La racine de notre conflit avec les Palestiniens réside dans leur refus d’internaliser et de reconnaître des milliers d’années d’histoire juive dans cette partie du monde, et donc de prendre des positions, à contrecœur, en faveur d’un compromis viable pour permettre à nos deux peuples à vivre dans la tranquillité ou quelque chose qui s’y approche.

Mais la racine de notre isolement international croissant – qui s’accélère alors même que nous nous tenons sur la ligne de front de l’Occident contre l’extrémisme islamique sous toutes ses formes brutales – est apparemment dû à l’expansion des implantations.

En permettant aux rangs croissants de nos détracteurs de dépeindre Israël comme voulant absolument accaparé des terres en Cisjordanie, nous donnons du pouvoir à ceux qui nous veulent du mal, et déroutons ceux qui veulent nous soutenir.

Maintenant, il est facile pour les extrémistes palestiniens de recruter, et la situation est difficile pour les modérés, dont le nombre diminue.

Et nous ne rendons pas service à notre propre peuple.

En omettant de faire la distinction entre ces régions, que nous chercherions à garder en vertu de tout accord permanent et ceux que nous abandonnerions, et qui par conséquent ne suivent pas une politique cohérente, nous induisons en erreur les Israéliens qui vivent et se déplacent vers les implantations, et dont l’attachement biblique et historique à ses terres a une résonance qui s’approfondit naturellement d’année en année.

Nous gaspillons des ressources. Nous exacerbons les clivages internes. Et nous consacrons notre présence dans des zones qui ne peuvent que compliquer la future séparation – une séparation des millions de Palestiniens qui est vitale si nous voulons veiller à ce qu’Israël reste à la fois un État à majorité juive et démocratique.

Un bulldozer démolit deux bâtiments de l'implantation de Beit El, le 29 juillet 2015 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Un bulldozer démolit deux bâtiments de l’implantation de Beit El, le 29 juillet 2015 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

La confrontation à Beit El aurait pu être bien pire, mais la sonnette d’alarme devrait être tirée. Trois jours après que les Juifs ont pleuré la destruction, l’Hurban des deux temples pendant Ticha Be Av – notre point focal divin s’est brisé en raison de la haine entre Juifs sans fondement – un homme orthodoxe avec un microphone a exhorté à une Hurban intra-juive pour l’amour de deux immeubles d’habitation que les juges d’Israël avaient déterminés comme étant construites sur les terres d’un Palestinien.

Et des personnes ayant des points de vues similaires ont craché du venin sur les troupes israéliennes qui ont cherché à faire en sorte que la parole de la cour soit respectée. Et le gouvernement israélien les a récompensés.

C’est la voie à la destruction renouvelée. Cela aurait pu être bien pire, mais si nous continuons, les Iraniens n’auront pas besoin de faire quoi que ce soit.

Des résidents d'implantations israéliens aux prises avec les forces de sécurité pour protester contre la démolition des bâtiments Dreinoff dans l'implantation de Beit El, en Cisjordanie, le 29 juillet, 2015. (Crédit : AFP PHOTO / MENAHEM KAHANA)

Des résidents d’implantations israéliens aux prises avec les forces de sécurité pour protester contre la démolition des bâtiments Dreinoff dans l’implantation de Beit El, en Cisjordanie, le 29 juillet, 2015. (Crédit : AFP PHOTO / MENAHEM KAHANA)