Beit Shemesh, l’antichambre de Jérusalem devenue la poudrière des tensions entre ultra-orthodoxes et sionistes religieux, retourne aux urnes mardi matin après l’annulation spectaculaire des résultats des municipales de décembre.

Le rabbin Moshe Abutbul, le maire ultra-orthodoxe en exercice, a clamé victoire l’année dernière avant de voir son succès discrédité par une enquête de police, qui a révélé que plusieurs de ses partisans avaient voté plusieurs fois. Il affronte son opposant initial, le candidat laïc Eli Cohen.

Le nouveau vote, décrété par le tribunal de district de Jérusalem, suite à des soupçons de fraude massive – les votants ayant notamment fourni de faux numéros d’identité – a dirigé toutes les attentions vers la ville divisée.

Beit Shemesh, autrefois modèle de coexistence, où laïcs, religieux et ultra-orthodoxes vivaient côte à côte, s’est retrouvé, ces dernières années, au cœur des tensions entre la communauté haredi en pleine expansion et les habitants plus séculiers.

La ville est désormais nettement divisée, à la fois géographiquement et politiquement. Mais à l’occasion du vote de mardi, de nombreux résidents de Beit Shemesh se disent plus concernés par la justice et la démocratie que par la rigueur de la pratique religieuse.

Le maire de Beit Shemesh lors des dernières élections (Crédit : Yaakov Lederman/Flash 90)

Le maire de Beit Shemesh lors des dernières élections (Crédit : Yaakov Lederman/Flash 90)

« J’aime Beit Shemesh et j’aime sa diversité, mais le problème est qu’il y a une minorité bruyante au sein du camp haredi, qui souhaite prendre le contrôle de la ville. Nous devons tout faire pour que ça n’arrive pas », déclare Elie Klein, 33 ans et père de deux enfants, qui se définit comme orthodoxe moderne et envisage de voter pour Eli Cohen.

« S’il y avait une importante minorité de Juifs laïcs, j’aurais aussi le même problème », précise-t-il. « Nous plaçons notre confiance dans un homme politique plutôt que dans un autre, mais les antécédents d’Eli Cohen montrent qu’on peut lui accorder le maximum de crédit qu’il est possible d’accorder à un homme politique. »

Les habitants les plus laïcs de Beit Shemesh ne sont pas les seuls à voter pour Cohen. Jonathan Stefansky, qui se dit hardal (nationaliste haredi, qui défend l’existence de l’État d’Israël), écrit, sur la page Facebook, « Nous sommes tous Beit Shemesh », être fatigué par la guerre interreligieuse dans sa ville et dit croire que Cohen a de meilleurs remèdes pour guérir les blessures de la localité.

« Une bataille majeure se déroule entre religieux haredim et nationalistes religieux ou non-religieux d’Israël, et les gens voient Beith Shemesh comme une épreuve décisive pour l’avenir de ce pays », écrit Stefansky.

« Après avoir consulté mon rabbin… je suis ses conseils : votez pour quiconque sera à vos yeux le meilleur maire de Beit Shemesh. Je crois qu’Eli représente et s’aligne avec ma vision de la ville, une ville pour TOUS ses habitants… C’est quelqu’un qui fera tout pour que nous continuions à vivre à Beith Shemesh et pas à Bnei Brak. »

Cependant, Yisrael Silverstein, un professeur de 36 ans, estime qu’Abutbul est non seulement le meilleur candidat, mais que son niveau de pratique religieuse est la seule raison du nouveau vote.

Eli Cohen, le rival du maire de Beit Shemesh, vu à la Cour Suprême à Jérusalem le 23 janvier 2014 (Crédit : Flash 90)

Eli Cohen, le rival du maire de Beit Shemesh, vu à la Cour suprême à Jérusalem le 23 janvier 2014 (Crédit : Flash 90)

« Il est très difficile d’être haredi dans ce pays aujourd’hui », juge Silverstein. « Je suis sûr que si le maire Abutbul n’était pas haredi, il n’y aurait pas d’élection aujourd’hui. Rien que cela, le fait d’être haredi, c’est une bonne raison de voter pour Abutbul. Je pense que c’est une personne fantastique, il a fait du super boulot, et c’est antidémocratique d’annuler les résultats d’une élection juste en raison de la couleur de la kippa d’une personne. »

Comme de nombreux partisans d’Abutbul, Silverstein souligne que les preuves de la police ne se basent que sur 40 votes frauduleux alors qu’Abutbul a gagné avec près de 1 000 voix d’écart.

« Il n’y a pas de preuve », croit-il savoir. « Ce n’est qu’une seule décision, prise par une instance inférieure et validée par la Cour suprême. La raison c’est qu’Abutbul est haredi. »

Malgré la tendance des sphères ultrareligieuses à fuir l’action citoyenne, Abutbul a su galvaniser une grande partie de la communauté ultrareligieuse.

Plusieurs articles de la presse religieuse ont révélé que les rabbins, qui interdisaient autrefois à leurs partisans de se rendre aux urnes, ont désormais déclaré que le vote était une action requise par la Loi juive.

Les directeurs de campagne d’Abutbul n’ont pas souhaité répondre à nos questions.

Abutbul comme Cohen ont mené une campagne par téléphone et mis en place des moyens de transport pour que les résidents de Beith Shemesh qui vivent au-delà des limites de la ville – soldats, étudiants en yeshiva, jeunes adultes ayant grandi en ville mais ayant quitté le domicile familial –  puissent venir déposer leur bulletin.

« Nous avons travaillé dans les quartiers, nous avons fait du porte à porte pour être sûrs que tous les gens qui n’avaient pas voté la dernière fois aient leur chance de voter », déclare Eli Cohen au Times of Israel.

« Notre but à Beit Shemesh est de montrer que la démocratie peut fonctionner correctement… Il n’y pas de guerre religieuse à Beith Shemesh et nous n’en avons pas besoin. »