Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le chef de file de HaBayit HaYehudi, Naftali Bennett, se sont engagés dans un bras de fer, mardi soir. Bennett exige un rôle plus important pour son parti dans la prochaine coalition et Netanyahu a l’obligation d’annoncer au président, au plus tard à 23h59 mercredi, qu’il a formé une coalition majoritaire.

Bennett aurait exigé le portefeuille des Affaires étrangères ou celui de la Défense, et le poste de ministre de la Justice pour sa collègue Ayelet Shaked ainsi qu’un autre poste ministériel important pour Uri Ariel.

Les informations qui filtrent à travers les médias révèlent que Bennett aurait « mis son téléphone portable en mode avion » et refuse de revoir ses demandes, tandis que les sources du Likud ont indiqué que Netanyahu était réticent à accéder à ses demandes.

Les sources du Likud ont révélé à la Deuxième chaîne que « la droite ne pardonnera jamais » à Bennett s’il empêche la formation de la coalition de Netanyahu. La demande du ministère de la Justice pour Shaked a été refusée.

Mais avec peu de temps et pas d’autres options, il semblerait que le Premier ministre n’a d’autres choix que de trouver un terrain d’entente avec le parti orthodoxe-nationaliste de Bennett.

Selon la loi électorale, Netanyahu doit dire au président Reuven Rivlin avant minuit, mercredi, qu’il a réussi à former une coalition, mais il a jusqu’à mercredi prochain pour le faire assermenter par la Knesset, ce qui lui laisse une certaine marge de manœuvre au-delà du délai ostensible de mercredi minuit.

Le Likud de Netanyahu a remporté 30 sièges aux élections du 17 mars.

Il a signé avec Yahadout HaTorah (6 sièges), Koulanou (10 sièges) et Shas (7 sièges), ce qui fait un total de 53 sièges. Les 8 sièges de HaBayit HaYehudi lui donnerait la plus étroite des majorités : 61 sièges sur les 120 membres de la Knesset.

Benjamin Netanyahu et Naftali Bennett à la Knesset - 29 juillet 2013. (Crédit : Flash90)

Benjamin Netanyahu et Naftali Bennett à la Knesset , le 29 juillet 2013. (Crédit : Flash90)

Aryeh Deri, le chef du Shas, a appelé mardi Isaac Herzog, chef de l’Union sioniste dominé par les travaillistes, à se joindre à la coalition, afin de permettre la formation d’ « un gouvernement socio-économique », mais Herzog veut retser dans l’opposition.

Le président de la Knesset, Yuli Edelstein du Likud, a concédé mardi qu’une coalition composée d’une majorité de 61 sièges apporterait « une chaîne de problèmes », mais a reconnu qu’il n’ y aurait peut-être pas d’autre choix et a affirmé que Netanyahu pourrait faire « tous les efforts » plus tard pour ajouter d’autres partenaires à la coalition.

Netanyahu lui-même a déclaré : « 61 est un bon chiffre ; 61 et plus est un meilleur chiffre. »

Les calculs de Netanyahu ont été considérablement modifiés lorsque le ministre des Affaires étrangères, Avigdor Liberman, a annoncé lundi qu’il démissionnait et que son parti Yisrael Beitenu, fort de six sièges, siégera dans l’opposition.

Netanyahu a ensuite fait à HaBayit HaYehudi une offre qu’il croyait qu’il serait difficile de refuser : les ministères de l’Education et des Affaires de la Diaspora pour Bennett, l’Agriculture pour Ariel, la Culture et les sports pour Shaked – ainsi que les postes de ministre adjoint de la défense et la présidence de la commission de la Constitution, de la Loi et de la Justice de la Knesset.

Mais Bennett semble être prêt à jouer dur.

L’offre de la nuit de lundi faite par Netanyahu visait également à satisfaire les électeurs du parti nationaliste dans les implantations de Cisjordanie et dans le système d’éducation national-religieux.

Selon les termes de l’offre, Bennett lui-même serait un membre du cabinet de sécurité intérieure. Ariel contrôlerait la division des Implantations, une agence actuellement entre les mains du bureau du Premier ministre qui est responsable de la planification et de la construction des implantations en Cisjordanie ; et le ministre adjoint de la défense contrôlerait administration civile d’Israël et les forces de la défense qui administre la vie civile en Cisjordanie.

Le mouvement des résidents nationalistes-religieux des implantations aurait donc effectivement le contrôle de toutes les institutions qui influent sur sa vie publique. Toutes à l’exception des institutions rabbiniques de l’Etat qui sont sous la compétence du ministère des Affaires religieuses, confié au Shas.

Mais Bennett continue à réclamer le ministère de la Justice pour Shaked. Le parti a fixé comme l’un de ses principaux objectifs pour la nouvelle Knesset de faire passer des projets de loi qui permettraient à la Knesset de renverser les décisions de la Haute Cour de justice. Ce programme rend le ministère de la Justice et la commission des Lois de la Knesset particulièrement désirables aux yeux de Bennett.

Netanyahu résiste depuis longtemps aux tentatives de la droite pour affaiblir la cour, et est susceptible de se battre pour garder le ministère de la Justice dans les mains du Likud.

Si Bennett et Netanyahu ne parviennent pas à un accord avant mercredi minuit, trois scénarios sont possibles :

– Rivlin pourrait donner au dirigeant de l’Union sioniste, Isaac Herzog, une chance de former une coalition de gauche.

– Netanyahu et Herzog pourraient essayer de mettre sur pied une coalition d’union, une perspective facile mathématiquement étant donné les tailles des partis, mais une perspective politiquement difficile.

– Rivlin pourrait convoquer de nouvelles élections, quelques semaines seulement après le scrutin du 17 mars dernier.

Le Likud a signé un accord avec Shas lundi soir. Le parti va contrôler le ministère du développement de la Galilée et du Néguev, et des députés du Shas seront nommés ministre adjoint des Finances, président de la Commission de l’Éducation, et vice-président de la Knesset.

Le Likud a signé un accord avec Koulanou et Yahadout HaTorah la semaine dernière.

Tôt dans la journée de lundi, Liberman a déclaré qu’il avait choisi d’être dans l’opposition plutôt que dans un gouvernement qu’il a qualifié d’opportuniste, conformiste et pas « nationaliste ».

« Nous sommes arrivés à la décision unanime qu’il ne serait pas juste pour nous de rejoindre la coalition », a déclaré Liberman lors d’une conférence de presse à la Knesset au cours de laquelle il a annoncé sa décision.

« Nous avons choisi entre nos principes et les sièges du cabinet. »

Liberman a déclaré que le Likud, le parti du Premier ministre, avait fait des concessions dans les accords de coalition avec d’autres partis qu’Yisrael Beitenu ne pouvait pas accepter.

« Le projet de loi sur l’Etat juif qui était si important lors de la dernière Knesset – soudainement, personne n’en parle », a-t-il déploré, en se référant à la législation controversée proposée l’an dernier qui visait à consacrer Israël comme un Etat juif.

Liberman a en outre critiqué Netanyahu sur son positionnement qu’il juge faible contre le terrorisme. Il a accusé le futur gouvernement de n’avoir « aucune intention de renverser le règne du Hamas à Gaza ».

Les commentaires font écho aux déclarations faites par Liberman au cours de l’été, qui ont mis en lumière un fossé existant entre lui et Netanyahu. Les deux se sont présentés ensemble, sur une liste commune, aux élections de 2013.

Liberman a également déploré le fait que le futur gouvernement n’ait probablement pas l’intention de permettre la construction de nouveaux logements dans les grands blocs d’implantations.

Au cours des dernières semaines, Liberman a critiqué les concessions de Netanyahu aux partis ultra-orthodoxes – sur les questions de la conversion et de l’enrôlement dans l’armée israélienne.

Selon l’accord avec Yahadout HaTorah, plusieurs grandes réformes élaborées par le gouvernement précédent visant à intégrer la communauté ultra-orthodoxe dans la société israélienne seront gelées, y compris une législation destinée à obliger les Haredim (ultra-orthodoxes) à se soumettre au service militaire obligatoire . Les réformes assouplissant le processus de conversion seront également annulées.

Ces deux questions sont importantes pour l’électorat de Yisrael Beitenu, composé en majoritairement d’immigrants de l’ex-Union soviétique.