Le ministre de l’Education Naftali Bennett a salué mardi la prochaine publication du rapport du contrôleur de l’Etat sur la guerre de 2014 dans la bande de Gaza. Il a affirmé que la « rigidité » de la pensée créatrice des dirigeants israéliens étaient responsables de sa conclusion incertaine.

Le rapport serait « un tremblement de terre » pour l’establishment militaire, mais fournirait aussi une « opportunité », a-t-il déclaré pendant la conférence de l’Institut israélien pour la recherche en sécurité nationale (INSS, Institute for National Security Studies) à Tel Aviv. « Le rapport décrit une image claire : la pensée rigide des dirigeants du pays est la cause première des échecs. »

La Knesset a repoussé mardi à dimanche la décision de publier l’enquête du contrôleur de l’Etat, Yossef Shapira, sur la gestion du cabinet de sécurité pendant l’opération Bordure protectrice. La présidente de la commission de Contrôle de l’Etat, la députée de Yesh Atid Karin Elharar, a annoncé que la décision de report était unanime et avait été prise en raison de considérations sécuritaires survenues pendant l’examen des extraits du rapport devant être publiés.

« La commission est favorable sur le principe à la publication du rapport, a déclaré Elharar. Cependant, quelques petites choses concernant la sécurité de l’Etat sont apparues, et nous devons les étudier. »

Le rapport démontrerait des sérieux conflits internes entre les membres du cabinet, particulièrement entre Bennett, qui était alors ministre de l’Economie, et Moshe Yaalon, qui était ministre de la Défense.

Le rapport critiquerait particulièrement le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Yaalon, et pointerait du doigt Bennett pour sa visite non autorisée aux soldats combattants sur la ligne de front pendant la guerre.

Yossef Shapira, contrôleur de l'Etat, pendant la présentation d'un rapport de son bureau à la Knesset, le 1er novembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Yossef Shapira, contrôleur de l’Etat, pendant la présentation d’un rapport de son bureau à la Knesset, le 1er novembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les responsables de la coalition, en particulier les proches de Netanyahu, avaient initialement tenté d’empêcher un vote de la sous-commission sur les documents classifiés de la commission de Contrôle de l’Etat de la Knesset pour permettre la publication de cette section du rapport. Lundi, semblant se résigner à l’inévitable, des sources proches de Netanyahu, dont David Bitan, le président de la coalition, ont déclaré que le Premier ministre n’était pas opposé à la publication des parties non classifiées du document.

Bennett affirme qu’il n’a eu connaissance de l’urgence posée par les tunnels transfrontaliers du Hamas, sujet devenu l’objectif principal de la guerre pendant ses dernières semaines, qu’en dehors du cadre des discussions du cabinet de sécurité, notamment en conversant avec des officiers de l’armée israélienne. Il soutient que la menace posée par les tunnels n’a pas été discutée ou comprise de manière adéquate pendant les réunions du cabinet de sécurité.

« Le rapport du contrôleur de l’Etat détermine que le concept de rigidité en matière sécuritaire a échoué, et que nous devons nous adapter à un nouveau paradigme sécuritaire : pas de rigidité et d’atermoiements, mais la victoire, la victoire claire et décisive », a déclaré Bennett mardi.

L’armée d’Israël devrait avoir le droit d’arriver à des victoires militaires qui ne nécessitent pas d’excuses, d’explications ou de campagnes de relations publiques pour les améliorer, a-t-il déclaré. « [Nous ne devrions] plus avoir 50 jours de guerre qui se terminent dans un cul-de-sac. Nous devons sortir de l’impasse qui cadenasse notre pensée pour aller vers l’innovation et l’initiative. »

Si les dirigeants israéliens ordonnent à l’armée d’aller vers la victoire, la victoire doit être accomplie, a déclaré le président du parti HaBayit HaYehudi. « Victoire n’est pas un gros mot. La victoire est le seul objectif d’une armée menant une guerre. La sécurité des citoyens d’Israël dépend des nouvelles victoires d’Israël. »

Bennett a appelé Netanyahu à convoquer le cabinet de sécurité pour tirer les leçons du rapport du contrôleur sur la guerre, appelée opération Bordure protectrice en Israël.

Yaalon, qui a pris la parole pendant la dixième conférence annuelle de l’INSS juste après Bennett, a défendu ses actes en temps de guerre et a accusé Netanyahu et Bennett de n’avoir pas montré de leadership pendant l’opération.

Moshe Yaalon pendant la conférence de l'INSS à Tel Aviv, le 24 janvier 2017. (Crédit : Hen Galili)

Moshe Yaalon pendant la conférence de l’INSS à Tel Aviv, le 24 janvier 2017. (Crédit : Hen Galili)

« Nous avons défini nos objectifs avec exactitude et nous les avons remplis », a-t-il déclaré au sujet de la conduite de l’armée pendant la guerre. « Le cessez-le-feu a été conclu selon nos conditions, sans [nous] soumettre à aucune des demandes du Hamas. Le sud est calme depuis deux ans. C’est un exemple de leadership prudent. »

L’ancien ministre de la Défense, qui a déjà annoncé qu’il serait candidat au poste de Premier ministre aux prochaines élections sans préciser au sein de quel parti, a déclaré qu’il saluait la décision de publier le rapport. Il a cependant attaqué sans les nommer les politiciens qui ont divulgué les conversations du cabinet de sécurité « pour obtenir quelques ‘likes’ sur Facebook. »

Yaalon a déclaré qu’il était « évident » de savoir qui était responsable des fuites, indiquant clairement Bennett, sans toutefois le nommer, qui apparaît plutôt positivement dans le rapport du contrôleur, puisqu’il a poussé une action décisive contre les tunnels dès le départ, tandis que d’autres dirigeants politiques et militaires pensaient qu’une action immédiate n’était pas nécessaire.

Après avoir discuté du rapport en hébreu, Bennett a exposé en anglais sa vision du conflit israélo-palestinien. Il a fait la promotion de son plan d’annexion de parties de la Cisjordanie, qui propose aux Palestiniens une « autonomie sous stéroïdes ».

Le président américain Donald Trump à la Maison Blanche, le 22 janvier 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Le président américain Donald Trump à la Maison Blanche, le 22 janvier 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Le soulèvement du monde arabe, la décision du Royaume-Uni de quitter l’Union européenne et l’élection de Donald Trump à la présidence américaine sont des évènements historiques récents qui « ont coïncidé pour créer l’opportunité parfaite », a-t-il déclaré.

« Pour la première fois en 50 ans, Israël doit déterminer son propre destin. Pas d’alibi. C’est à nous de décider. Nous devons nous demander : que voulons-nous ? Nous sommes à un Carrefour, nous devons choisir. Qu’est-ce qui est bon pour Israël ? »

Il a fait l’hypothèse qu’il existait deux options : soit les Palestiniens créent leur propre état en Cisjordanie, soit Israël applique sa souveraineté sur la Zone C et crée de meilleures conditions, pour les Israéliens comme pour les Palestiniens. « Il est évident qu’un second état palestinien, en plus de celui de Gaza, ne va pas simplement arriver. C’est une idée d’hier qui a échoué, pas le futur. »

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.