Le gouvernement allemand serait agacé contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour avoir affirmé que la chancelière Angela Merkel avait changé sa position quant à la solution à deux Etats pour les Israéliens et les Palestiniens, et a envoyé des émissaires à Jérusalem pour clarifier la position de Berlin.

Le 16 février, Merkel avait déclaré lors d’une conférence de presse avec Netanyahu à Berlin que la situation actuelle « n’est certainement pas le moment pour faire un progrès global ». Netanyahu avait salué la déclaration de Merkel, affirmant que le monde en vient progressivement à réaliser ce qu’il avait dit il y a bien longtemps.

Des sources à la chancellerie étaient « surprises » par la déclaration de Netanyahu, a annoncé dimanche le quotidien allemand Die Welt. Berlin n’a pas changé sa position pour le besoin d’un État palestinien et c’est ce que l’on a dit à Netanyahu lors de rencontres gouvernementales israélo-allemandes il y a deux semaines à Berlin, a déclaré la source au journal.

Selon le journal Die Welt, Roderich Kiesewetter, un membre du Parlement (CDU), parti de centre droit de Merkel, évoquera la question avec Netanyahu lors d’une rencontre lundi à Jérusalem.

« Netanyahu est généralement très clair. Il doit donc déclarer clairement qu’il soutient la solution à deux états. En outre, il ne profitera pas de visites au plus proche allié d’Israël en Europe, l’Allemagne, pour mal interpréter la position de l’Allemagne », a déclaré Kiesewetter, un expert de la défense avec une longue histoire de fort soutien à l’égard d’Israël.

Kiesewetter, qui va visiter Israël cette semaine dans le cadre d’une délégation du Comité des Affaires étrangères du Bundestag, n’est pas le seul membre du parti de Merkel à protester contre Netanyahu. Jürgen Hardt, le porte-parole de la politique internationale de la faction parlementaire du CDU, a averti qu’une « mauvaise interprétation de la position de la chancelière en vue de gains politiques en Israël pourrait entâcher les relations bilatérales des pays ».

Le porte-parole en matière de politique internationale du parti de centre SPD, qui forme une partie de la coalition de Merkel, a déclaré que l’Allemagne continue à appeler à une solution à deux états qui garantisse un Israël en sécurité aux côtés d’un État palestinien viable. « Cette position ne va pas changer à travers une interprétation très créative de la chancelière », a déclaré Niels Annen.

Même des membres de l’opposition ont critiqué Netanyahu. « La chancelière a mentionné a juste titre la question de la stagnation en terre sainte, accompagnée de frustration pour nous tous », a déclaré le porte-parole des Verts, Omid Nouripour. Transformer cela en un désaveu de la solution à deux États montre ce qui manque pour une solution du conflit : de la volonté politique ».

Le député du parti de gauche Stefan Liebich, qui rencontrera également Netanyahu lundi à Jérusalem, a déclaré à Die Welt qu’il souhaite parler de la question avec ses collègues du parti de centre droit le CDU : « Dans notre conversation avec Netanyahu, nous expliquerons clairement qu’il n’y a pas eu de changement dans la position de la République fédérale d’Allemagne. Et que nous sommes très surpris par les informations affirmant le contraire ».

Lors de la conférence de presse après la rencontre du 16 février à Berlin, Merkel a déclaré que l’Allemagne veut être réaliste sur les perspectives de paix au Moyen Orient.

« Nous connaissons la menace de terrorisme qu’Israël doit supporter. Nous croyons, d’un autre côté, que nous devons faire avancer le processus de coexistence pacifique, et que cela, en accord avec notre opinion, est au final la construction d’une solution à deux États ». Elle a ajouté : « La situation actuelle n’est certainement pas le moment de faire un progrès global, mais nous pouvons obtenir des améliorations dans certains endroits ».

Netanyahu, lors d’une rencontre avec la presse qui a suivi, a salué la déclaration de Merkel, affirmant que le monde venait progressivement au même constat qu’il avait fait il y a bien longtemps. « Quand je l’ai dit il y a un an, tout le monde s’est précipité pour m’attaquer », a-t-il déclaré.

« Aujourd’hui, nous entendons les mêmes choses des dirigeants du monde, non seulement du [président américain Barack] Obama [qui a déclaré que’il ne croit plus qu’une paix israélo-palestinienne puisse être obtenue dans les mois à venir] et Merkel. Même le chef de l’oppostion [en Israël, Isaac Herzog] comprend cela maintenant ».