Au début du mois d’août, une organisation dédiée à la réforme économique et sociale s’est tournée vers la Haute Cour de Justice avec la requête de forcer l’Etat à qualifier les hostilités à Gaza par un nom différent : la guerre.

L’objectif de la demande était d’augmenter la compensation financière à verser aux employés et aux patrons d’entreprises du Sud affectés par les missiles.

L’Etat a fait valoir, dans sa réponse du 12 août, que « la supposition » qu’une déclaration de guerre est un impératif social et économique de premier plan, comme c’était avancé, « est une erreur fondamentale ».

Au contraire, l’assistant du procureur de l’Etat Udi Eitan a écrit qu’il n’y a pas de compensation directe ou d’utilité économique pour les citoyens de l’Etat dans une telle situation.

La cour n’a pourtant toujours pas rendu de jugement. Tandis qu’Israël a de nombreuses raisons d’éviter de déclarer la guerre, aucun Etat ne souhaite voir gravé dans les annales de son histoire une série de guerres sans fin, la distinction, d’un point de vue militaire, va bien au-delà d’une simple question de sémantique. Après trois séries d’affrontements avec le Hamas, dont deux plus longs que la guerre de Yom Kippour, cela peut faire partie d’une recherche pour une nouvelle doctrine de combat efficace contre les organisations terroristes.

Alors que les Israéliens attendent l’issue des négociations du Caire entre le Hamas, l’Egpyte, l’Autorité palestinienne et Israël, on peut distinguer deux approches différentes détaillées ci-dessous. Une maximale et l’autre minimale. Les deux s’efforcent néanmoins de se distinguer de la stratégie qui a dominé les campagnes longues et équivoques menées lors de la décennie passée au Liban et à Gaza.

Opération contre guerre

L’absence de surprises tactiques et de duperie sur le champ de bataille ; le manque de décisions tranchées ; le nombre de morts relativement haut, malgré une puissance militaire très supérieure ; et la longueur de la campagne actuelle sont autant d’éléments inextricablement liés à la décision de lancer une opération plutôt qu’une guerre, a déclaré le Général de Brigade Ami Morag, un ancien commandant décoré des Forces blindées.

La menace des tunnels, explique Morag, a amené une force faite pour la guerre devant un front limité en créant des frictions plus concentrées et conduisant à un nombre de pertes relativement élevé. De plus, a-t-il ajouté, cela impliquait que l’armée ne pouvait pas engager une de ses deux plus grandes forces à l’avant : la mobilité. « Prenez le tank », dit-il. « Lorsqu’il est immobile, il est vulnérable. En manœuvre, c’est une force énorme ».

Le déploiement de l’armée, le long du flanc Est de la bande de Gaza, a créé une situation dans laquelle une machine de combat très développée et très mobile était contrainte de combattre « comme dans une guerre de tranchée », a-t-il déclaré en ajoutant que la décision de cibler les tunnels, « un moyen », plutôt que de combattre la menace du Hamas elle-même « a rendu inutile la besoin de duperie ».

L’immobilisme, a ajouté Morag, a été « très bien » exploité par les combattants du Hamas qui suivent la doctrine de guerre « classique » consistant à attaquer un ennemi statique avec des petits groupes de soldats mobiles.

Au lieu de cela, Morag, dont le fils a combattu dans Gaza lors de la phase terrestre de l’opération Bordure protectrice, a déclaré que la préparation de la campagne comme une guerre aurait certainement conduit les dirigeants israéliens vers des actions plus décisives.

« Au fond de moi, je suis un homme de paix », déclare-t-il. « Je crois que des accords devraient être obtenus de manière non violente. Si j’ai décidé que toutes les autres options ont été épuisées, et qu’aucun accord ne peut être atteint, alors je choisis la guerre », une campagne brève, décisive qui semblerait, à première vue, inhumaine, mais qui, en fin de compte, dit-il, sauverait des vies.

« Les guerres humaines prennent du temps », dit-il.

Les côtés sombres de la guerre

Pourtant, si Morag préconise, en substance, un retour à la nature traditionnelle de la guerre malgré la nature changée de l’ennemi, l’assistant du commandant du Corps des opérations extérieures des Forces de Défense d’Israël, cherchant à contrebalancer la champ de bataille à l’ère de la guerre non conventionnelle, a appelé plus tôt cette année à une différente sorte de révolution dans le domaine militaire, avec une division d’officiers du renseignement et des soldats de forces spéciales opérant au-delà des attentes ordinaires.

Faisant référence à la théorie du cygne noir de Nassim Taleb qui décrit les effets drastiques d’événements inattendus, le Général de Brigade Gal Hirsch, servant dans la réserve active, a écrit un essai dans Israël Defense. Il explique que, faisant face à un ennemi opérant au sein de populations civiles et ignorant la loi, Israël devrait déployer « un cygne noir mortel » qui opérerait « bien loin du schéma conceptuel accepté et attendu ».

Les armées au service des nations démocratiques, a écrit Hirsch, sont entravées par des modes d’action prédéterminés, un armement standardisé et un code rigide. La nouvelle force de combat, continue-t-il, « opérera entre les lignes. Ils opèrent loin de grandes routes, pas dans la ligne de ce que l’on peut attendre d’une force militaire et pas même dans les grandes lignes ».

La notion traditionnelle d’une armée basée sur des machines de combat lourdes manoeuvrant sur la terre, la mer ou le ciel, a-t-il écrit, perçoit les opérations commando comme des « épices » ajoutées au plat principal, ou une « capacité de la boutique » n’ayant pas grand-chose à voir avec les rôle fondamental de défense de l’armée. Aujourd’hui, a-t-il déclaré lors d’une intervention à l’université Bar Ilan, Israël affronte des ennemis rapides, sophistiqués et divers qui laissent très peu de traces.

Confrontées à ce rival unique, a-t-il dit, signifie que les forces de défense d’Israël doivent « naître à nouveau », avec des petites forces, avant perçues comme périphériques, et « soutenant maintenant l’armée entière sur son dos ».

Ancien commandant de l’unité d’élite Sayeret Matkal, le colonel de réserve Doron Avital qualifie les opérations spéciales « d’outil-clé » dans un combat contre une force comme le Hamas. Il a déclaré qu’il savait que l’armée avait employé ces unités au cours de la campagne, mais n’était pas sûr « à quel niveau de force ».

Une opération, qui a semblé atteindre au mieux un succès partiel, était le raid des Commandos de marine le 12 juillet dans le nord de la bande de Gaza.

La cible, une base de lancement de missiles à longue portée près de la plage de Sudaniya, a été détruite dans le raid, mais la force a été découverte, quatre opérateurs ont été tués et des coups décisifs ont peut-être été portés par des frappes aériennes.

L’opération (à un degré moindre, mais tout de même) rappelait un des deux raids du Sayeret Matkal au cœur du territoire du Hezbollah lors de la guerre du Liban. Aucune de ces opérations à haut risque ne semble avoir eu d’effet sur le Hezbollah ou sa capacité à mener une guerre. Evoquant la deuxième opération, au cours de laquelle le Lieutenant Colonel Emmanuel Moreno, un homme largement reconnu comme ayant été le meilleur agent sous couverture de l’armée, a été tué, Ely Karmon explique que des telles opérations exigent deux éléments : des renseignements solides et la volonté de sacrifier des soldats d’élite pour la cause.

A Gaza, explique Karmon, un chercheur confirmé à l’Institut international de contre- terrorisme de Herzliya, l’armée s’est cogné la tête contre la ligne de front de défense du Hamas à Shejaiya qu’il compare à une « Ligne Maginot du Hamas ».

Envoyer des troupes sous couverture dans la ville de Gaza et en y bloquer les dirigeants du Hamas dans les réseaux souterrains en dessous de l’hôpital Shifa, explique-t-il, fonctionne uniquement si les forces ont le type de renseignement qui leur permet de mettre en place des embuscades à tous les points de sortie des tunnels et si les dirigeants israéliens sont prêts à accepter une situation où certains soldats sont tués ou capturés.

Pourtant, le commandant légendaire du Mossad Mike Harari, parlant de ce type de scénario et de l’attrait constant pour les opérations spéciales, a récemment confié à son biographe, Aaron J. Klein, que de telles missions sont uniquement tentées lorsqu’il est clair que les forces pourront être extraites du territoire ennemi en toute sécurité. « On ne poursuit une mission que si le plan de sortie est aussi bon que le plan d’opération. Point barre », dit-il.