Le Premier ministre Benjamin Netanyahu n’aura pas à démissionner même s’il est inculpé dans une affaire de corruption, a déclaré dimanche un de ses puissants alliés parlementaires, alors que des articles font état de l’existence d’enregistrements dans lesquels Netanyahu propose une contrepartie à un homme d’affaires israélien.

Netanyahu a été interrogé deux fois par la police la semaine dernière, pour une affaire non détaillée, qui porterait sur des cadeaux reçus d’au moins deux hommes d’affaires.

David Bitan, président de la coalition perçu comme un proche confident de Netanyahu, a déclaré être certain que Netanyahu ne serait pas inculpé dans cette affaire, mais qu’il pourrait rester au pouvoir même dans cette éventualité.

« Il n’y aura pas d’inculpation. Mais même s’il y a une situation comme celle-ci, ce que je ne pense pas, le Premier ministre, contrairement à un ministre, peut rester au pouvoir », a déclaré Bitan à la radio militaire dimanche matin.

Dimanche matin, le quotidien Haaretz a annoncé que la police possédait une « série » d’enregistrements audio de Netanyahu qui semblerait corroborer les soupçons de corruption.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la réunion hebdomadaire du cabinet dans ses bureaux, à Jérusalem, le 1er janvier 2017. (Crédit : Alex Kolomoisky/Pool)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la réunion hebdomadaire du cabinet dans ses bureaux, à Jérusalem, le 1er janvier 2017. (Crédit : Alex Kolomoisky/Pool)

Les preuves, selon l’article, n’indiquent pas nécessairement des services financiers, mais plutôt une tentative d’établir un « pacte de contrepartie », dans lequel l’homme d’affaires, dont le nom n’est pas cité, aiderait Netanyahu à renforcer son leadership, et recevrait en retour des « accomplissements qui vaudraient une fortune ».

Bien que l’article sous-entende que le « pacte » a pu ne jamais être mis en place, il précise que ces informations pourraient « éclairer la manière dont les décisions sont prises au sommet » du gouvernement israélien.

Bitan a déclaré à la radio militaire qu’il n’avait pas entendu les enregistrements, et qu’il ne savait pas s’ils existaient vraiment.

« Si c’est le cas, c’est très grave que quelqu’un ait enregistré le Premier ministre », a-t-il déclaré.

Un porte-parole du bureau du Premier ministre a refusé de réagir à l’article d’Haaretz suite aux demandes du Times of Israël.

Bien que des experts affirment que le Premier ministre n’ait pas d’obligation légale de démissionner s’il est inculpé, les chefs du gouvernement ont agi ainsi dans le passé. L’ancien Premier ministre Ehud Olmert, dont la démission avait ouvert la voie à la prise du pouvoir de Netanyahu, a finalement été emprisonné pour une affaire de corruption.

Netanyahu a été interrogé par la police en tant que suspect pendant cinq heures jeudi soir, la deuxième session de ce type en quatre jours.

Les médias ont principalement parlé d’une autre affaire, qui impliquerait des cadeaux possiblement illégaux, dont des cigares et du champagne, reçus par Netanyahu et son épouse Sara de plusieurs hommes d’affaires.

La police arrive à l'entrée de la résidence du Premier ministre pour interroger Benjamin Netanyahu sur des soupçons de corruption, à Jérusalem, le 2 janvier 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

La police arrive à l’entrée de la résidence du Premier ministre pour interroger Benjamin Netanyahu sur des soupçons de corruption, à Jérusalem, le 2 janvier 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Tzipi Livni, ancienne ministre de la Justice à présent députée de l’Union sioniste, a déclaré que bien qu’avoir reçu des cigares et du champagne pourrait ne pas être suffisant pour faire tomber Netanyahu, s’il était découvert qu’il avait agi de manière à accepter systématiquement des cadeaux en échange de services politiques, il devrait démissionner.

Tzipi Livni and Ehud Olmert at a cabinet meeting in 2007 (photo credit: Flash90)

Tzipi Livni et Ehud Olmert pendant une réunion du gouvernement, en mai 2007. (Crédit : Flash90)

« Un Premier ministre qui se lève le matin et se demande ce qu’il va recevoir aujourd’hui […] ne doit pas être Premier ministre », a-t-elle déclaré à la radio 103 FM.

Erel Margalit, autre député de l’Union sioniste qui mène une campagne pour que Netanyahu affronte une enquête pénale, a déclaré que le Premier ministre devrait démissionner suite à ces enregistrements.

« Depuis six mois, ils nous parlent de cigares, de femmes de ménage et de n’importe quoi d’autre, alors que pendant ce temps, se trouve juste à côté le plus grand scandale de corruption que nous ayons connu », a-t-il déclaré.

L’enquête impliquant les enregistrements présumés du Premier ministre, qui aurait été surnommée « Affaire 2000 », sera nuisible politiquement mais est juridiquement ambigüe, ont déclaré vendredi des sources proches de l’enquête aux grandes chaînes du pays.

Une source a déclaré à la Deuxième chaîne qu’elle entraînerait une « tempête publique » et une « colère de la population », mais ne mènerait pas nécessairement à une inculpation. Elle impliquerait un homme d’affaires israélien, a déclaré la source, qui aurait cherché à fournir des bénéfices au dirigeant israélien en échange de certains services.

La Dixième chaîne a cité une évaluation similaire de responsables de l’enquête, les journalistes de la chaîne ayant appris que l’affaire était « juteuse » et nuisible politiquement, mais complexe et peu évidente sur le plan juridique.

La chaîne a annoncé que l’homme d’affaires serait un personnage israélien « central » qui voulait que Netanyahu « prenne une certaine décision », et l’aurait remercié en échange. Il n’a pas été précisé si le Premier ministre avait finalement pris cette décision.

Yaakov Weinroth, l’avocat de Netanyahu, a rejeté vendredi la possibilité de malversation criminelle dans les actes du Premier ministre, et a affirmé qu’il n’avait rien à craindre de l’Affaire 2000.

Il a déclaré qu’il avait entendu les réponses de Netanyahu aux questions des enquêteurs, et que « j’étais et je reste calme… Nous ne parlons pas d’argent, nous ne parlons pas de prêt, nous ne parlons de rien qui constitue un crime. » Il deviendra évident pour tous, a-t-il ajouté, qu’il n’y avait « pas un soupçon, pas une trace d’un délit criminel dans tout cela. »

Au cœur de l’enquête la plus médiatisée se trouve la question de savoir si accepter des cadeaux d’hommes d’affaires et prendre des mesures à leur avantage constitue un conflit d’intérêts pour Netanyahu.

Benjamin Netanyahu et le producteur Arnon Milchan lors d'une conférence de presse, le 28 mars 2005. (Crédit : Flash90)

Benjamin Netanyahu et le producteur Arnon Milchan lors d’une conférence de presse, le 28 mars 2005. (Crédit : Flash90)

Les détails de l’enquête ont été plus médiatisés que ceux de l’Affaire 2000. Dans ce cas, Netanyahu aurait accepté pendant des années des cigares et du champagne, d’une valeur de plusieurs centaines de milliers de shekels, de la part du producteur de cinéma israélien Arnon Milchan.

La Deuxième chaîne a annoncé samedi soir que Netanyahu avait demandé trois fois en 2014 au secrétaire d’Etat américain John Kerry de faire en sorte que Milchan obtienne un visa longue durée pour vivre aux Etats-Unis. Le visa du producteur hollywoodien avait effectivement été obtenu.

La chaîne a annoncé que les cadeaux de Milchan au couple Netanyahu ont commencé quand il était chef de l’opposition, et ne se sont pas limités à des cigares. Il y avait également des costumes, des repas cuisinés par des chefs privés, et des bijoux pour Sara Netanyahu.

Weinroth, qui a consulté son client après l’interrogatoire de jeudi, a déclaré qu’il n’y avait « rien dans les accusations » concernant les cadeaux de Milchan. « Toute personne raisonnable sait qu’il n’y a rien de criminel quand un ami proche donne des cigares en cadeau à son ami », a-t-il déclaré.