David Bitan, député du Likud qui préside la coalition, a répondu samedi soir aux critiques. Il avait déclaré qu’il préférait que les Arabes israéliens ne votent pas aux élections, et a refusé de revenir sur ces propos.

« Je ne comprends pas toute cette histoire, a déclaré le proche du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Aucun parti politique ne veut voir ses opposants aller voter. »

Samedi, Bitan avait déclenché un tollé en réagissant à une question sur les déclarations controversées de Netanyahu qui avait brandi lors des dernières élections législatives, le 17 mars 2015, le spectre d’électeurs arabes acheminés « en masse » jusqu’aux bureaux de vote dans des autocars affrétés par ses adversaires pour faire tomber le gouvernement de droite. Netanyahu s’était excusé plusieurs mois après les élections auprès des citoyens arabes israéliens pour ces déclarations.

« Je préfère que les Arabes ne votent pas du tout », a dit Bitan lors d’une conférence Mevasseret Zion, dont les images ont été diffusées à la télévision israélienne.

« 95 % d’entre eux [des électeurs arabes] votent pour la Liste arabe unie qui ne représente pas les Arabes israéliens mais les intérêts palestiniens », a ajouté le député.

Une Arabe israélienne vote à Haïfa, le 17 mars 2015. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Une Arabe israélienne vote à Haïfa, le 17 mars 2015. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

La Liste arabe unie regroupe les principaux partis arabes de la Knesset, et a remporté 13 sièges aux élections de 2015, devenant ainsi la troisième formation parlementaire.

« Quelle surprise de découvrir que le grand démocrate Bitan préfère que les Arabes ne votent pas », a ironisé le député arabe Ayman Odeh, chef de file de la Liste arabe unie, sur son compte Twitter.

« Mais son racisme et celui du gouvernement ne sont pour nous qu’une raison de plus pour continuer à renforcer nos forces politiques », a-t-il ajouté.

Youssef Jabareen, député de la Liste arabe unie, a demandé que Bitan ne soit plus le président de la coalition, déclarant que « dans un pays normal, des propos si racistes entraîneraient le renvoi immédiat du président de la coalition. »

Le chef de l’opposition, le travailliste Isaac Herzog, a de son côté, dans un message sur Facebook, dénoncé la volonté de Bitan de « priver les minorités de leur droit de vote, comme les dirigeants antisémites en Europe l’ont fait dans le passé contre le peuple juif. »

« La maladie du racisme s’est disséminée dans le cœur de la société israélienne et cela fait honte aux électeurs de gauche et de droite réunis », a-t-il dit.

Tzipi Livni le 2 novembre 2014. (Crédit : Alex Kolomoisky/Flash90/pool)

Tzipi Livni le 2 novembre 2014. (Crédit : Alex Kolomoisky/Flash90/pool)

Tzipi Livni, députée de l’Union sioniste, a elle aussi critiqué Bitan, citant ses propres racines politiques, à droite.

« Le Likud en 2016 est à des années lumières de ses racines et de ce que le Likud défendait autrefois. Netanyahu a perdu tout sentiment de honte pendant les élections [de 2015] et a autorisé les autres à concourir pour savoir qui pourrait nuire le plus à la société israélienne », a-t-elle déclaré.

« Alors que le Likud de Netanyahu s’inquiète des Arabes israéliens, les lois qu’il promeut pour annexer la Cisjordanie feront venir des millions d’Arabes de plus, qui demanderont le droit de vote, au lieu de leur propre état », a-t-elle ajouté.

L’ancien Premier ministre Ehud Barak a accusé Bitan de mener Israël vers « les abysses ».

Le député « révèle la vérité sur la direction vers laquelle nous sommes menés. Pour l’instant, c’est populaire, mais en y regardant de plus près, on peut voir l’abysse. »

Bitan a répondu à Barak, qui a été ministre de la Défense de Netanyahu dans un précédent gouvernement, qu’ « il est mieux de ne pas nous prêcher la moralité depuis votre belle maison des Etats-Unis. »

Le député Yehuda Glick pendant son investiture à la Knesset, le 25 mai 2016. (Crédit : porte-parole de la Knesset)

Le député Yehuda Glick pendant son investiture à la Knesset, le 25 mai 2016. (Crédit : porte-parole de la Knesset)

Yehuda Glick, député du Likud, a critiqué Bitan plus délicatement, déclarant que « j’espère beaucoup que les arabes votent. J’espère que nous sommes assez séduisants pour que les arabes veuillent aussi voter pour le Likud. »

Bitan s’est déjà illustré par ses déclarations fracassantes, indiquant notamment le mois dernier que l’assassinat de Yitzhak Rabin, ancien Premier ministre, n’était « pas politique ».