Une animosité supplémentaire entre les responsables israéliens pendant la guerre de 2014 dans la bande de Gaza pendant les discussions du cabinet de sécurité a été révélée jeudi, avec la publication de transcriptions de discussions encore plus explosives.

Avant la publication imminente d’un rapport du contrôleur de l’Etat qui serait très critique à l’égard du commandement politique et militaire d’Israël pendant la guerre, Yedioth Ahronoth a publié une deuxième série de transcriptions décrivant un leadership encore plus divisé pendant toute la campagne militaire.

Les derniers extraits révèlent un réseau de mécontentement et de méfiance entre les ministres d’alors de la Défense, des Affaires étrangères, des Finances et de l’Education, et un scepticisme général face aux informations fournies par le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Dans une transcription d’une discussion du 1er juillet 2014, au lendemain de la découverte des trois adolescents israéliens enlevés et assassinés par une cellule du Hamas, Naftali Bennett, alors ministre de l’Economie, assaille de critiques Moshe Yaalon, alors ministre de la Défense, pour ce qu’il appelle une réponse « faible et honteuse ».

Les soldats blessés au combat à Gaza sont conduits aux urgences de l'hôpital Soroka à Beer Sheva, après avoir été évacués du champ de bataille par hélicoptère, le 25 juillet 2014 (Crédit : Dudu Greenspan / Flash90)

Les soldats blessés au combat à Gaza sont conduits aux urgences de l’hôpital Soroka à Beer Sheva, après avoir été évacués du champ de bataille par hélicoptère, le 25 juillet 2014 (Crédit : Dudu Greenspan / Flash90)

Le lendemain, Yair Lapid, qui était alors ministre des Finances, fustige Bennett qui « joue avec les généraux » en suggérant qu’ils minimisent la menace des tunnels terroristes provenant de la bande de Gaza.

Dans les mois précédant l’enlèvement, l’armée israélienne avait découvert plusieurs tunnels partant de la bande de Gaza et entrant en Israël, suggérant que les terroristes du Hamas prévoyaient une attaque à grande échelle. Bennett a soutenu que le cabinet de sécurité ne recevait pas assez d’informations sur cette menace.

« Je demande un plan pour les tunnels », dit Bennett au cabinet de sécurité le 2 juin, selon les transcriptions obtenues par Yedioth.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Moshe Yaalon pendant une conférence de presse au Gush Etzion en Cisjordanie, le 23 novembre 2015. (Crédit : Emil Salman / Pool)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Moshe Yaalon pendant une conférence de presse au Gush Etzion en Cisjordanie, le 23 novembre 2015. (Crédit : Emil Salman / Pool)

« Le problème des tunnels est nouveau et nous n’avons pas de réponse », répond Netanyahu avant que Yaalon ne l’interrompe pour le contredire. « Nous sommes prêts, nous avons des plans », dit Yaalon.

Frustré, Lapid dit à Bennett que « le débat sur la neutralisation de la menace des tunnels n’est pas pour le cabinet de sécurité. Ce n’est pas une assemblée de commandants de bataillons. »

« Ce n’est vraiment pas pour les commandants de bataillons, c’est pour le cabinet de sécurité », répond Bennett.

« Cessez de jouer avec les généraux », réplique Lapid.

Le rapport du contrôleur de l’Etat montrerait les graves dissensions internes entre les membres du cabinet de sécurité, particulièrement entre Yaalon et Bennett, sur la conduite à mener pendant l’opération Bordure protectrice.

Yedioth avait déjà publié cette semaine des transcriptions montrant le fossé entre Yaalon et Bennett, les deux hommes s’affrontant sur l’approche d’Israël pendant la guerre et le degré d’agressivité de la réponse pour s’en prendre à le menace des tunnels terroristes construits par le Hamas.

Naftali Bennett (gauche) et Moshe Yaalon à la Knesset (Crédit : Flash90)

Naftali Bennett (gauche) et Moshe Yaalon à la Knesset (Crédit : Flash90)

Le conflit entre les deux hommes a atteint de nouveaux sommets cette semaine, quand Yaalon et Bennett ont échangé des piques pendant la conférence de l’INSS à Tel Aviv mardi, Yaalon sous-entendant que Bennett avait divulgué les conversations du cabinet de sécurité « pour obtenir quelques ‘likes’ supplémentaires sur Facebook » et Bennett affirmant que l’approche militaire de Yaalon était « rigide » et pleine d’ « atermoiements ».

Suite au dernier article de Yedioth, Yaalon a accusé Bennett de nuire au cabinet et à ses procédures, a annoncé le site d’information Walla.

Les nouvelles transcriptions éclairent aussi les différences dans l’approche des ministres pour accepter un cessez-le-feu avec le Hamas.

Dans une conversation qui aurait eu lieu le 15 juillet, une semaine après le début de l’opération et deux jours avant le lancement d’une opération au sol, Yaalon et Netanyahu tentent de persuader le cabinet d’accepter une offre de cessez-le-feu du Hamas.

« Les accomplissements de Tsahal sont excellents. Maintenant, nous devons décider si nous acceptons le cessez-le-feu », dit Benny Gantz, alors chef d’Etat-major de l’armée israélienne, au cabinet de sécurité.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) avec le chef d'Etat-major d'alors, Benny Gantz (au centre) et le ministre de la Défense de l'époque Moshe Yaalon (à droite) dans le sud d'Israël, pendant la guerre contre le Hamas, le 21 juillet 2014. (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) avec le chef d’Etat-major d’alors, Benny Gantz (au centre) et le ministre de la Défense de l’époque Moshe Yaalon (à droite) dans le sud d’Israël, pendant la guerre contre le Hamas, le 21 juillet 2014. (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)

« Le Hamas est prêt à mettre fin à l’escalade. C’est très clair », dit alors Aviv Kochavi, qui dirigeait alors les Renseignements militaires.

Yaalon et Netanyahu semblent favorables au cessez-le-feu.

« Nous avons gagné, dit Netanyahu. Nous leurs avons infligé 180 pertes [de vie]. Nous devons demander la démilitarisation des tunnels et l’élimination des roquettes. »

Mais Bennett s’oppose au cessez-le-feu, affirmant que « les tunnels n’ont pas été détruits, nous devons d’abord les détruire. »