Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a fait face mercredi à des critiques très dures de la part de parents endeuillés sur sa gestion de la guerre dans la bande de Gaza en 2014, au cours d’une audience émouvante qui a duré trois heures et demie.

Plus tôt, Netanyahu, qui était interrogé par des députés de l’opposition lors de l’audience de la commission de Contrôle de l’Etat de la Knesset, ponctuée par des interventions de députés du Likud soutenant le Premier ministre, a décrit le conflit comme une victoire israélienne, affirmant que le groupe terroriste du Hamas « a supplié » pour que la guerre finisse.

« L’opération Bordure protectrice n’est pas finie. Le Hamas voulait enlever des soldats et il en a encore deux », a déclaré Leah Goldin, visiblement très émue, dont la dépouille du fils, le lieutenant Hadar Goldin, est détenue par le Hamas, avec le corps de sergent Oron Shaul.

Elevant la voix, elle a accusé Netanyahu d’avoir transformé leurs familles en « ennemi du peuple », en opposant leur désir de retrouver les dépouilles de leurs fils aux besoins sécuritaires du pays.

Alors que le député du Likud Miki Zohar tentait de l’interrompre, elle lui a demandé de se taire, et a jeté un verre d’eau dans sa direction en pleine dispute.

Ilan Sagi, dont le fils a été tué dans une attaque transfrontalière lancée par l’un de tunnels du Hamas, a déclaré que lorsque le rapport du contrôleur de l’Etat sur le conflit est sorti, accusant le gouvernement de multiples erreurs, c’était « comme si quelqu’un avait pris un couteau et m’avait poignardé dans le cœur » et que l’audience de mercredi, c’était un peu comme si Netanyahu « tournait et retournait le couteau ».

Lorsque Sagi a terminé de parler, d’autres parents pleuraient et un silence respectueux est tombé dans la salle, où quelques minutes auparavant, des députés se hurlaient dessus.

Netanyahu a reconnu qu’il « ne peut pas savoir ce que c’est d’être un père endeuillé ». Il a ajouté qu’il n’était pas prêt à donner une réponse complète aux interrogations concernant les actions prises pour faire revenir les dépouilles de Goldin et de Shaul, mais qu’Israël y travaillait.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'une réunion de la commission du Contrôle de l'Etat sur le rapport établi sur l'opération Bordure protectrice, à la Knesset, le 19 avril 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une réunion de la commission du Contrôle de l’Etat sur le rapport établi sur l’opération Bordure protectrice, à la Knesset, le 19 avril 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

L’audience traitait d’un rapport accablant du contrôleur de l’Etat, publié en février, qui a trouvé des fautes sérieuses de la part de l’armée et du gouvernement avant et pendant le conflit de 50 jours, appelé opération Bordure Protectrice en Israël.

Le général Yosef Beinhorn, qui faisait partie de l’équipe qui a rédigé le rapport, a affirmé que de meilleures pratiques dans la prise de décision auraient pu entièrement éviter le besoin d’une opération militaire.

Répondant à la critique, Netanyahu a déclaré que « nous ne voulions pas une guerre lors de l’été 2014 et nous avons essayé de l’éviter ».

« Je souhaitais éviter une campagne au sol. Je le voulais vraiment », a-t-il déclaré, mentionnant le coût humain. Il a également affirmé que son gouvernement avait déjà corrigé de nombreux éléments pointés dans le rapport.

68 soldats israéliens ont été tués au combat, et six civils sont morts en Israël. Plus de 2 000 Palestiniens ont été tués dans le conflit, la plupart étant des combattants, selon Israël.

Netanyahu a dit qu’il avait parlé avec le président américain de l’époque, Barack Obama, ce dernier avait fait part de son opposition à une intervention israélienne au sol. « Je lui ai dit que si la menace des tunnels continuait, nous devrions y aller. »

Ilan Sagi, le père d'un soldat mort au combat, lors d'une réunion de la commission du Contrôle de l'Etat sur le rapport établi sur l'opération Bordure protectrice, à la Knesset, le 19 avril 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Ilan Sagi, le père d’un soldat mort au combat, lors d’une réunion de la commission du Contrôle de l’Etat sur le rapport établi sur l’opération Bordure protectrice, à la Knesset, le 19 avril 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le Premier ministre a présenté la guerre comme étant inévitable, citant le meurtre des trois adolescents juifs en Cisjordanie comme le catalyseur principal du conflit. Quand Israël a arrêté de nombreux membres du Hamas lors de la recherche des adolescents, le groupe a mis au point un plan pour attaquer Israël par les airs, avec l’utilisation de roquettes et de deltaplanes ; par la mer, avec des hommes-grenouilles ; et par la terre, avec ses réseaux de tunnels souterrains, a déclaré Netanyahu, ajoutant que la plupart des plans d’attaque ont été contrecarrés par l’armée israélienne.

« L’escalade est quelque chose de difficile. En sortir est ce qu’il y a de plus difficile », a-t-il déclaré.

Netanyahu a également affirmé que la campagne, qu’il a présentée comme un plan militaire en plusieurs parties par le Hamas pour lever le blocus naval de l’enclave côtière, ne s’est pas arrêtée grâce aux négociations de cessez-le-feu organisées par l’Egypte.

Interrogé pour savoir comment Israël avait pu obtenir un cessez-le-feu avec le Hamas, s’il n’y avait pas de négociations avec le groupe terroriste, Netanyahu a déclaré que « l’aile militaire [du Hamas] a supplié, il n’y a pas d’autre mot pour cela, supplié l’aile politique, qui vit à l’étranger : s’il vous plaît, on n’en peut plus. »

« Il n’y a pas eu d’accord. Ils ont levé les mains en l’air, purement et simplement », a-t-il ajouté.

Le Premier ministre a également à de multiples reprises rejeté la suggestion qu’Israël aurait conclu un accord diplomatique avec le Hamas.

« La pensée d’une alternative politique avec le Hamas me paraît absurde », a expliqué Netanyahu, comparant cette éventualité à plusieurs occasions à celle d’un accord passé avec le groupe Etat islamique à Raqqa et à Mossoul.

Le cabinet de sécurité

Le rapport établi par le contrôleur de l’état et discuté par la commission mercredi était consacré à la gestion du cabinet de sécurité par Netanyahu et le ministre de la Défense de l’époque, Moshe Yaalon, évoquant spécifiquement l’incapacité présumée du cabinet à établir des objectifs stratégiques et concrets pour les militaires durant la campagne.

Le document notait également les failles des services de renseignements et les erreurs tactiques commises par l’armée israélienne, qui était alors dirigée par Benny Gantz, indiquant en particulier sa non-préparation aux menaces représentées par les tunnels.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) avec le chef d'Etat-major d'alors, Benny Gantz (au centre) et le ministre de la Défense de l'époque Moshe Yaalon (à droite) dans le sud d'Israël, pendant la guerre contre le Hamas, le 21 juillet 2014. (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) avec le chef d’Etat-major d’alors, Benny Gantz (au centre) et le ministre de la Défense de l’époque Moshe Yaalon (à droite) dans le sud d’Israël, pendant la guerre contre le Hamas, le 21 juillet 2014. (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)

Le Premier ministre a répondu aux recommandations émises dans le rapport appelant à changer la structure du cabinet de sécurité en disant qu’ « il n’existe pas de façon mécanique, systématique, cartésienne de modifier la manière dont sont prises les décisions ». Tout en reconnaissant le fait que les ministres doivent recevoir toutes les informations mises à jour, le Premier ministre a exprimé son opposition à inscrire dans la loi les modifications de procédure, qui, a-t-il estimé, rendraient les prises de décision impossibles.

C’était la troisième et dernière rencontre de la commission consacrée au rapport écrit par le contrôleur de l’Etat et les représentants de presque tous les partis politiques étaient présents. L’absence de Naftali Bennett, président du parti HaBayit HaYehudi et ministre de l’Education Naftali Bennett, a été remarquée. Il a été un fervent critique des conduites adoptées par Netanyahu et Yaalon pendant le conflit.

« La discussion, ce n’est pas de savoir si le Premier ministre est formidable ou non, mais si les échecs de l’opération Bordure Protectrice ont été corrigés », a dit la législatrice Karin Elharar, présidente de la commission, dans son discours d’ouverture.

Le contrôleur de l’Etat, Yossef Shapira, a souligné la nécessité de comprendre les critiques émises dans le rapport et de rectifier les problèmes.

Netanyahu a indiqué qu’il convenait de la nécessité d’une discussion productive sur le conflit, mais qu’une commission ouverte n’était pas le meilleur forum.

« Invitez-moi à une réunion d’opération, pas en face des caméras », a dit Netanyahu, désignant d’un geste les journalistes assis au fond de la salle. « Nous pourrons parler de ce qui est arrivé pendant l’opération Bordure Protectrice et après ».

L'entrée d'un tunnel du Hamas circulant sous la frontière entre la bande de Gaza et Israël, le 5 mai 2016. (Crédit : unité des porte-paroles de l'armée israélienne)

L’entrée d’un tunnel du Hamas circulant sous la frontière entre la bande de Gaza et Israël, le 5 mai 2016. (Crédit : unité des porte-paroles de l’armée israélienne)

‘La période la plus calme depuis la guerre des Six Jours’

L’héritage de la guerre de 2014 est celui d’un conflit, certains considérant l’opération Bordure Protectrice comme une victoire retentissante qui aura offert par la suite certaines des années les plus calmes en Israël vis-à-vis de la bande de Gaza, tandis que d’autres la considèrent comme un échec cuisant, qui n’a pas réussi à accomplir les objectifs qu’elle s’était fixée.

« Presque trois ans se sont écoulés depuis l’opération Bordure protectrice. Nous sommes au cœur d’une des périodes les plus calmes, comme l’a récemment déclaré le chef d’Etat-major de l’armée israélienne, Gadi Eizenkot, depuis la guerre des Six Jours », a dit Netanyahu.

En plus des tunnels, l’armée israélienne a détruit des infrastructures militaires et tué approximativement 1 000 combattants du Hamas, dont « environ un tiers de son personnel de commandement », a ajouté Netanyahu.

Les soldats de la division de Gaza prennent part à un exercice, le 22 mars 2015, dont le but est de rejouer des scénarios suivants les leçons tirées de l'opération Bordure protectrice de l'été 2014. (Crédit : unité des porte-paroles de l'armée israélienne)

Les soldats de la division de Gaza prennent part à un exercice, le 22 mars 2015, dont le but est de rejouer des scénarios suivants les leçons tirées de l’opération Bordure protectrice de l’été 2014. (Crédit : unité des porte-paroles de l’armée israélienne)

Il a souligné que les roquettes tirées depuis Gaza en Israël, ces derniers mois, n’étaient pas lancées par le Hamas mais par des franges salafistes. Le Hamas « a été dissuadé », a précisé le Premier ministre.

Selon Netanyahu, dans la période qui a précédé le conflit, les services du Renseignement militaire pensaient que le Hamas était en train de prévoir une attaque en plusieurs volets contre Israël afin de « supprimer le blocus maritime ».

Ce qui, bien sûr, a échoué, le Hamas se trouvant dorénavant dans un état continu de « détresse stratégique », a poursuivi Netanyahu.

Les législateurs croisent le fer avec le père d’un soldat décédé

Au cours de la discussion, les membres de la coalition se sont heurtés à de multiples reprises à l’opposition et, par moments, avec Ilan Sagi, dont le fils a été tué pendant les combats.

La présidente de la commission, Elharar, a demandé à Netanyahu pourquoi les décisions concernant la guerre ne pouvaient être prises « de façon appropriée », ce qui signifie avec la contribution du cabinet. Avant que le Premier ministre ne puisse répondre, Miki Zohar et David Bitan, députés du Likud, sont intervenus et, élevant la voix, ont dénoncé les fuites émanant des réunions du cabinet.

Alors que les membres des partis de l’opposition répondaient sur le même ton, évoquant ce qu’ils ont qualifié de « chœur du Likud », Sagi a demandé à Bitan et à Zohar de se montrer plus respectueux et de cesser de « ronchonner ».

« Où étiez-vous pendant la guerre ? Mon fils est sous terre et ces gens agissent comme s’ils étaient des héros », s’est exclamé le père dont le fils a été tué, en compagnie de plusieurs autres soldats, dans un bunker par des hommes armés qui avaient émergé d’un tunnel transfrontalier sur le territoire israélien.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'une réunion de la commission du Contrôle de l'Etat sur le rapport établi sur l'opération Bordure protectrice, à la Knesset, le 19 avril 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une réunion de la commission du Contrôle de l’Etat sur le rapport établi sur l’opération Bordure protectrice, à la Knesset, le 19 avril 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le député du parti Yesh Atid Ofer Shelah a eu un accrochage verbal avec Netanyahu et son secrétaire militaire sur les spécificités de l’état de préparation de l’armée face à la menace des tunnels.

Shelah a insisté sur le fait que l’armée n’avait aucun processus mis en place pour gérer le problème des tunnels, tandis que Netanyahu et son secrétaire militaire, le général de brigade Eliezer Toledano, ont affirmé que même si les ordres n’étaient pas inscrits « sur une feuille de papier », l’armée savait très bien bien comment gérer les tunnels en pratique.

Il n’y a eu que quelques incidents où des hommes armés du Hamas ont pénétré en Israël en utilisant les tunnels, « ce qui nous a coûté huit, non, onze soldats », a déclaré Netanyahu, notant qu’aucun civil n’avait été tué par cette menace souterraine pendant le conflit.

Anticipant l’avenir, Netanyahu a expliqué à la commission qu’il y avait peu d’espoir pour la bande de Gaza, et aucune possibilité de négociation directe avec le Hamas pour envisager des « alternatives politiques » à la guerre.

Sans solution diplomatique, a ajouté le Premier ministre, la seule alternative pour l’avenir est une autre guerre, qui, a-t-il noté, semblerait similaire mais plus énergique que les trois campagnes précédentes déjà menées dans la bande.

« Notre capacité à faire mal à Gaza a augmenté. Je n’en dirai pas plus », a indiqué Netanyahu.

Le Premier ministre a aussi évoqué la nouvelle barrière en cours de construction sur la frontière de Gaza pour protéger Israël des tunnels souterrains.

« J’espère qu’un jour, il y aura une réunion de la commission de Contrôle de l’état sur la raison pour laquelle nous lui avons consacré tant de ressources », a-t-il ajouté.

Le problème qui se pose avec la guerre dans la bande de Gaza, a précisé Netanyahu, est que la seule chose que peut faire Israël, est de recommencer sa mission de dissuasion contre le Hamas.

Il n’y a que deux options avec Gaza : La dissuasion ou l’occupation.

Le lieutenant colonel Dolev Keidar, 38 ans, tué pendant l'opération Bordure protectrice. (Crédit : armée israélienne)

Le lieutenant colonel Dolev Keidar, 38 ans, tué pendant l’opération Bordure protectrice. (Crédit : armée israélienne)

« Si vous choisissez d’occuper, alors il faut que vous sachiez aussi à qui vous rendrez le territoire », a-t-il poursuivi.

La salle est restée silencieuse lorsque Michal Keidar, dont l’époux, le lieutenant-colonel Dolev Keidar, a été tué durant la guerre de 2014, a pris la parole.

« La mission du gouvernement, et celle de tous les membres de la Knesset, est d’empêcher la prochaine guerre », a-t-elle déclaré.

Se tournant vers Netanyahu, Keidar a ajouté : « Arrêtez d’accuser tout le monde pour les échecs qui sont les vôtres ».

Eclatant en sanglots, elle a dénoncé la réunion de la commission, « une mise en scène devant les caméras », chaque politicien jouant un rôle au lieu de débattre sérieusement des moyens qui permettraient de régler les échecs du gouvernement et des militaires.

« Vous dites que c’était une guerre où il n’y avait pas de choix. Il y a toujours un autre choix », a affirmé Keidar.

A la fin de la réunion, Netanyahu a remercié Elharar, la présidente de la commission, disant qu’il avait demandé que les familles soient en mesure de prendre la parole au cours de la rencontre. Bitan s’est cependant empressé de publier un communiqué accusant l’opposition de s’être montrée irrespectueuse en utilisant les familles des défunts à des fins politiques.

Raoul Wootliff a contribué à cet article.