Les Etats-Unis ont engagé un bras de fer avec leurs partenaires du Conseil de sécurité des Nations unies sur le renouvellement du mandat de la force de Casques bleus au Liban, que Washington veut durcir contre l’avis de Paris et Moscou.

Ce mandat des quelque 10 500 Casques bleus présents dans le sud du Liban arrive à échéance fin août. D’ordinaire, son renouvellement annuel est technique mais la nouvelle administration de Donald Trump entend obtenir cette année des « améliorations significatives » de la mission de paix FINUL.

« Le Conseil de sécurité ne peut pas adopter une approche ‘comme d’habitude’ au vu des enjeux », a affirmé mercredi dans un communiqué l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, en évoquant une « situation sécuritaire dans le sud du Liban devenue plus dangereuse. »

Premier soutien d’Israël, les Etats-Unis veulent que les Casques bleus aient un mandat plus explicite pour lutter contre les trafics d’armes du Hezbollah, groupe terroriste chiite libanais.

Un véhicule de la FINUL au Liban, le 30 novembre 2005. Illustration. (Crédit : CC BY SA 3.0/Wikimedia Commons)

Un véhicule de la FINUL au Liban, le 30 novembre 2005. Illustration. (Crédit : CC BY SA 3.0/Wikimedia Commons)

Depuis 2006 et la fin d’une guerre entre Israël et le Hezbollah, les Casques bleus sont garants d’un cessez-le-feu et d’un retrait israélien d’une zone tampon à la frontière israélo-libanaise. Ils doivent assurer la sécurité et aider le gouvernement libanais à asseoir son autorité dans la région. La FINUL est présente au Liban depuis 1978.

A la différence des Etats-Unis, la France et la Russie ne veulent pas entendre parler d’une modification substantielle du mandat de la FINUL et l’ont fait savoir mercredi lors d’une réunion à huis clos du Conseil de sécurité.

Moscou et Paris contre des changements

« Nous voulons garder ce mandat tel quel », comme défini par la résolution 1701 de 2006 sur le respect d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, a déclaré à des journalistes la représentante adjointe de la France à l’ONU, Anne Gueguen.

« Nous sommes pour une réaffirmation de son mandat et une efficacité optimale de la mission », a insisté la diplomate française, qui s’exprimait juste avant les consultations non publiques du Conseil de sécurité sur le renouvellement du mandat.

Depuis 2006, les Casques bleus, parmi lesquels figurent aujourd’hui 800 Français, « ont contribué avec succès à maintenir une situation générale de calme dans leur zone d’opérations », a aussi souligné Anne Gueguen. « La FINUL joue un rôle décisif pour stabiliser le sud du Liban dans un contexte régional très difficile et elle a prouvé son effet stabilisateur dans un environnement volatile, complexe et troublé. »

Comme chaque année, la France veut un renouvellement du mandat des Casques bleus pour un an supplémentaire qui « réaffirme la mission de la FINUL comme les obligations de toutes les parties » concernées, a précisé la diplomate.

Interrogé à l’issue des consultations, l’ambassadeur russe à l’ONU, Vassily Nebenzia, a abondé. « Nous n’avons aucune raison de mettre en cause le mandat de la FINUL » et la Russie pense qu’il « doit être renouvelé dans sa forme actuelle », a-t-il dit. Cette position « a été partagée par beaucoup » au Conseil de sécurité, a précisé le diplomate, refusant de dire si les Etats-Unis étaient isolés sur le sujet.

« La majorité des membres du Conseil qui ont parlé soutiennent un renouvellement du mandat comme il est actuellement », a-t-il insisté, sans dire combien des 15 membres du Conseil de sécurité avaient pris la parole.

Nikki Haley, ambassadrice des Etats-Unis à l'ONU, pendant une réunion du Conseil de sécurité sur la situation au Moyen Orient à New York, le 12 avril 2017. (Crédit : Spencer Platt/Getty Images/AFP)

Nikki Haley, ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, pendant une réunion du Conseil de sécurité sur la situation au Moyen Orient à New York, le 12 avril 2017. (Crédit : Spencer Platt/Getty Images/AFP)

Nikki Haley, en visite mercredi à Vienne à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) pour s’enquérir du respect de l’accord sur le programme nucléaire iranien, n’était pas présente. Elle a fait publier son communiqué alors que la réunion à New York prenait fin.

Le 7 août, l’ambassadrice américaine avait déjà pris les devants en affirmant que la FINUL devait « augmenter ses capacités et son engagement à enquêter et rapporter » sur les trafics d’armes dans le sud du Liban. « Ces armes – qui sont presque entièrement dans les mains de terroristes du Hezbollah – menacent la sécurité et la stabilité de la région », avait-elle affirmé.

Pour un diplomate réclamant l’anonymat, il est cependant difficile de demander aux Casques bleus d’aller fouiller des maisons individuelles à la recherche d’armes, sauf à risquer des confrontations armées. D’autant que, comme l’ont jugé mercredi Paris et Moscou, la situation est globalement calme dans la région grâce à l’effet stabilisateur de la FINUL.

Depuis onze ans, les Casques bleus « ont contribué avec succès à maintenir une situation générale de calme dans leur zone d’opérations », a fait valoir Anne Gueguen.

Mardi, lors d’un exposé sur le Proche Orient, Miroslav Jenca, chef adjoint du département des Affaires politiques des Nations unies, a donné un exemple du rôle de la FINUL. Le 13 août, les Casques bleus se sont opposés à l’organisation d’une cérémonie par des membres armés et en uniformes du Hezbollah, a-t-il rapporté au Conseil de sécurité.

Début août, le secrétaire général Antonio Guterres avait indiqué vouloir étudier si des améliorations de la mission de la Finul étaient possibles contre « la présence illégale de personnels armés, d’armes et d’infrastructures dans ses zones d’opérations ». Un vote sur le renouvellement du mandat est attendu le 30 août.