C’est le dernier développement d’une étrange histoire où Dean Issacharoff a tenté de prouver sa culpabilité et de défendre son organisation, accusée de mentir. Breaking the Silence a diffusé lundi une nouvelle séquence qui semble corroborer le témoignage de son porte-parole qui avait affirmé avoir agressé un Palestinien durant son service militaire.

Issacharoff a été qualifié de « menteur » par des députés de droite après l’annonce, jeudi dernier, par la procureure de l’Etat de la clôture de son enquête sur cette agression présumée, affirmant qu’elle n’avait jamais eu lieu.

Mais de nouvelles images d’un incident survenu au mois de mars 2014, retrouvées dans les archives du groupe de défense des droits de l’Homme B’Tselem et livrées aux médias lundi montrent Issacharoff emmener un Palestinien menotté, des bleus sur le visage. Aucune agression par un soldat israélien n’apparaît dans la séquence.

Aux côtés d’Issacharoff se trouve Ruben Silverstone, adjoint du commandant de la compagnie. Ce dernier a diffusé vendredi une vidéo qui soutient également la version des événements telle qu’elle a été narrée par Issacharoff, dans un contexte d’attaques croissantes contre le porte-parole de l’ONG.

Mais un autre soldat qui apparaît dans la vidéo, Ori Brachia, explique qu’Issacharoff ment lorsqu’il indique avoir frappé l’individu en question.

« Je viens de me reconnaître dans le clip », a-t-il expliqué. « Tout ce qu’il a raconté est insensé. Rien de tel n’est produit. Ce n’est qu’un mensonge éhonté ».

Le porte-parole de Breaking the Silence Dean Issacharoff s’exprime dans une vidéo du 17 novembre 2017 (Capture d’écran : /Facebook)

Breaking the Silence, qui publie les témoignages des anciens soldats israéliens rapportant des présumés cas d’abus aux droits de l’Homme commis par les militaires en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, a suscité la colère des responsables israéliens et a attiré les critiques de certains qui mettent en doute l’authenticité de ses récits majoritairement anonymes.

L’enquête initiale avait été lancée après qu’Issacharoff a raconté à l’occasion d’un rassemblement de l’organisation au mois d’avril qu’en 2014, au cours de son service militaire en Cisjordanie, son commandant lui avait ordonné de passer les menottes à un homme qui avait jeté des pierres aux militaires israéliens dans le cadre d’une manifestation et qui avait cependant résisté à l’arrestation avec passivité.

Issacharoff avait déclaré que devant sa section, « il avait commencé à lui donner des coups de genou dans le visage et dans la poitrine jusqu’à ce qu’il saigne, jusqu’à étourdissement », puis qu’il avait emmené le Palestinien en détention.

La décision d’ouvrir l’enquête au mois d’avril avait également été raillée à l’époque, qualifiée de politiquement motivée.

Au vu des nouvelles images, l’ONG a déclaré que le procureur de l’Etat, Shai Nitzan, était « négligent » et a redemandé l’ouverture de l’enquête.

« Lorsque les organisations de droite attaquent Breaking the Silence et nous qualifient de traîtres et de menteurs, c’est une chose. Mais lorsque le bureau du procureur de l’Etat prend une décision basée sur une enquête honteuse et négligente et détermine qu’Issacharoff ment, cela devrait donner des frissons à tous les citoyens qui, dans ce pays, croient à l’importance de la démocratie », a commenté le directeur de Breaking the Silence Avner Gvaryahu.

« Le fait que la vérité soit apparue en plein jour seulement parce que Breaking the Silence a été en mesure de mener en quatre jours une enquête que les forces responsables de la loi ont échoué à réaliser en six mois en raison de leur reddition à un agenda politique est terrifiant », a ajouté Gvaryahu.

Une vidéo montre un Palestinien, le visage rempli de bleus, gardé par des soldats de l’armée israélienne après avoir été prétendument agressé par Dean Issacharoff qui est aujourd’hui le porte-parole de Breaking the Silence, au mois de mars 2014 (Capture d’écran : /B’Tselem)

Quelques heures auparavant, le procureur de l’Etat adjoint Nurit Litman avait annoncé que son bureau ne relancerait pas l’enquête malgré les demandes émanant de Breaking the Silence et d’une série d’ONG de gauche.

Dans un courrier expliquant cette décision, Litman avait qualifié les allégations d’Issacharoff – qui évoquait une enquête politiquement motivée et menée de manière inappropriée – de « sans fondements ».

Répondant aux critiques d’Issacharoff, qui déplorait que les autorités n’aient pas interrogé Silverstone, Litman a expliqué que c’était parce que le porte-parole de l’ONG avait refusé de donner les noms de ses camarades qui avaient été témoins de la scène.

Au mois de septembre, les autorités s’étaient mises en quête de Hassan Julani, le Palestinien qu’Issacharoff aurait arrêté. Tandis que Julani avait confirmé qu’il avait été en effet arrêté au mois de février 2014, comme l’avait affirmé Issacharoff à la police, le Palestinien avait insisté sur le fait qu’aucune violence n’avait été employée pour l’appréhender.

Le procureur de l’Etat Shai Nitzan pendant la conférence de l’Association du barreau israélien à Tel Aviv, le 29 août 2017. (Crédit : Roy Alima/Flash90)

Répondant à la décision prise par le procureur de l’Etat, jeudi, Netanyahu a tweeté que « Breaking the Silence ment et calomnie à l’international nos soldats. Aujourd’hui, si quelqu’un conservait un doute, ce qu’il vient de se passer est une preuve supplémentaire. La vérité l’emporte ».

La ministre de la Justice Ayelet Shaked, qui s’était rapprochée du procureur général Avichai Mandelblit en lui soumettant une demande d’enquête sur Issacharoff au mois de juin, a également salué cette décision d’abandonner le dossier.

Dans un débat amer transmis sur la chaîne Hadashot (ancienne Deuxième chaîne) samedi en compagnie d’un autre dirigeant de Breaking the Silence, la vice-ministre aux Affaires étrangères a qualifié les membres de l’ONG incriminée de « menteurs » et de « traîtres », et demandé que le groupe présente ses excuses aux Israéliens pour les avoir trompés pendant des années.

Suite à la diffusion de la nouvelle séquence, Hotovely a émis un communiqué dans lequel elle s’est refusée à retirer ses propos contre Issacharoff. « En tout cas, une enquête doit être menée pour percer à jour la vérité », a-t-elle écrit sur Tweeter.

« Le problème, c’est que Breaking the Silence a bâti une méthodologie de distribution de témoignages qui n’ont jamais été par ailleurs rapportés à la police militaire ou examinés par le système juridique israélien », a-t-elle ajouté.

JTA a contribué à cet article.