Sans savoir à quel point la vie de Tova Mirvis a changé au cours de cette dernière décennie, les lecteurs de précédents romans, The Ladies Auxiliary (1999) et The Outside World (2004), qui se précipiteront sur Visible City (2014) sentiront immédiatement la différence.

Les deux premiers romans de Mirvis ont pour toile de fond le quotidien au sein de la communauté juive orthodoxe. Dans ce dernier-né, qui se déroule dans l’Upper West Side de Manhattan, l’on comprend implicitement seulement que la plupart des personnages sont juifs, mais non orthodoxes.

Le judaïsme, les questions d’identité juive et communautaires ne jouent aucun rôle dans le récit, hormis peut-être l’éducation orthodoxe d’un jeune mari et père nommé Jeremy, qui a déserté la religion.

Beaucoup de choses peuvent se passer en une décennie. Pour l’auteure Tova Mirvis, dans ce laps de temps, elle a divorcé et quitter le judaïsme orthodoxe.

Visible City, qui aborde les parties de nous-mêmes que nous révélons au monde et celles que nous gardons bien enfouies, est sans conteste une lucarne sur les changements internes de l’auteure.

Dans un entretien avec le Times of Israel, Mirvis, 41, ans, nous confie qu’elle n’avait pas prévu d’écrire un roman dont la thématique serait si différente des précédents. Elle pensait qu’il « s’enjuiverait » naturellement au cours de l’écriture, mais ce ne fut pas le cas.

« La fiction et la vie s’entremêlent d’une façon que nous avons du mal à saisir », philosophe-t-elle.

Visible City est une histoire racontée sur une échelle intime. L’auteure observe attentivement trois couples dont les vies se croisent dans l’ombre d’un appartement de verre de l’Upper West Side.

Les phobiques de l’engagement, dans leur vingtaine, Emma et Steven ; les trentenaires débordés et épuisés Nina et Jeremy ; et les sexagénaires pleins de regrets Claudia et Leon, tous aux prises avec des désirs cachés et des risques qui les guettent au tournant de leurs existences.

L’on peut probablement pardonner Mirvis pour la manière trop artificielle dont évoluent les vies de tous ses personnages – les membres des trois couples, ainsi qu’un certain nombre de figures secondaires – ainsi que pour son utilisation trop facile de métaphores.

Après tout, Visible City se veut un roman émotionnellement réaliste, et non le reflet exact des liens entre voisins dans un quartier new-yorkais embourgeoisé.

La principale émotion qui imprègne le roman est la solitude, et c’est bien elle qui a poussé Mirvis à écrire Visible City.

« Au début, le roman portait sur ​​la solitude que j’ai ressentie après avoir déménagé de New York vers la banlieue de Boston, il y a dix ans. L’énergie de la vie citadine me manquait », explique Mirvis.

Les années passant, la vie de l’auteure a commencé à changer de façon très significative, et la portée émotionnelle du roman a grandi.

« Le roman interroge sur la différence entre nos façades extérieures versus notre monde intérieur », poursuit Mirvis. « Il rend compte du fossé entre l’intérieur et l’extérieur, de ce qui reste caché, dans ces espaces que nous scellons au tréfonds de nous-mêmes. »

Tandis que Visible City voyait le jour, Mirvis publiait un article d’opinion, dans le New York Times à propos de son divorce de son mari, qu’elle avait épousé 20 ans plus tôt, et qui lui a donné trois enfants. Dans Divorce From My Husband, And My Faith, Mirvis raconte la scène, en 2012, au Beit Din qui lui a remis son guet, son divorce religieux, de son mari.

« Personne ne comprenait pourquoi, un mois avant mon 40e anniversaire, après presque 17 ans de mariage et la naissance de trois enfants, j’avais bouleversé les fondements de ma vie. Je pouvais à peine le croire moi-même », écrit-elle au début de son article.

Vers la fin de sa colonne, l’auteure apparaît confiante dans sa décision d’accepter le décret de divorce et tout ce qu’il représente.

« Au son de la fermeture de la porte derrière moi, le divorce a pris effet. »
« Quelque chose de nouveau en moi naissait. LA séparation faisait place à un nouveau départ. »

« Le divorce », ai-je réalisé, « était bien plus qu’une séparation de mon mari – c’était aussi une rupture avec un mode de vie contre lequel j’avais longtemps lutté, auquel je ne crois pas suffisamment ».

A ce stade, elle ne se considère plus orthodoxe, mais n’est pas non plus intéressée par tout autre étiquette que se plaît à attribuer la communauté juive.

Elle travaille actuellement sur ​​un mémoire qui s’appuie sur les essais de non-fiction rédigés par le passé au sujet de sa lutte avec l’orthodoxie et sur les questions qu’elle soulève dans sa colonne du New York Times.

« Divulguer votre propre histoire personnelle est angoissant », énonce Mirvis. « J’ai grandi avec le sentiment que des choses doivent être tues. Je brise à présent cette barrière. Je me sens l’obligation de dire la vérité telle que je la vois ».

Au début du processus d’écriture de son nouveau roman, Mirvis se concentrait sur son départ de New York. Dix ans plus tard, elle se confiait beaucoup plus.
« La perte est une partie inévitable du changement. Il faut payer le prix fort, mais cela en vaut la peine », observe-t-elle.

« Le changement et la douleur font désormais partie de ma palette d’écrivain. »