NEW YORK (JTA) – C’était presque Pessah, et Eric Schneiderman, le procureur général de l’état de New York, a pris le temps de souhaiter aux Juifs le meilleur pour la fête.

« Il nous est ordonné non seulement de rappeler notre histoire, mais aussi d’imaginer que nous-mêmes étions esclaves en Egypte, avant d’être libérés, pour que nous puissions comprendre le fardeau de ceux qui fuient aujourd’hui l’oppression et le danger », a déclaré Schneiderman dans un communiqué publié le 10 avril.

Evidemment, même s’il a été publié juste avant Pessah, le communiqué était une critique à peine voilée du président américain Donald Trump. Après tout, Schneiderman est l’une des parties du litige qui a vu les tribunaux suspendre le premier décret exécutif important du président, qui interdisait temporairement l’entrée des Etats-Unis aux réfugiés et aux voyageurs venant de sept pays majoritairement musulmans.

Depuis l’élection, il s’est occupé en attaquant Trump avec des procès, des déclarations, des tweets et des conférences de presse quasi quotidiennement.

« Selon le Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies, il y a à présent plus de 65 millions de réfugiés dans le monde, le nombre le plus important de l’histoire moderne, a-t-il déclaré dans son communiqué. Pessah est un rappel annuel de notre obligation d’accueillir ceux qui fuient l’oppression, et de combattre toutes les formes de discrimination et d’assujettissement de notre temps. »

Schneiderman, que Trump qualifie de « pirate politique », est une figure montante parmi les militants, les personnes influentes, les législateurs et les avocats qui se sont réunis pour réduire, contenir et combattre le promoteur immobilier et ancienne star de la télé-réalité qui dirige à présent les Etats-Unis.

Manifestation contre la politique migratoire de Donald Trump, devant le département de la Sécurité intérieure à New York, le 6 février 2017. (Crédit : Spencer Platt/Getty Images/AFP)

Manifestation contre la politique migratoire de Donald Trump, devant le département de la Sécurité intérieure à New York, le 6 février 2017. (Crédit : Spencer Platt/Getty Images/AFP)

Il est le premier stratège des procureurs d’état, tous démocrates, qui ont bloqué les interdictions d’immigration de Trump. Schneiderman a également conseillé les villes sanctuaires sur la protection des immigrants sans papier, et a lancé des initiatives pour contrecarrer les projets du président afin de revenir sur les réformes du président Barack Obama sur la santé et la protection de l’environnement, et pour protéger le droit à l’avortement.

Et pourtant, il a légèrement reculé quand un journaliste l’a appelé « le visage juif de la résistance ». C’est la partie « résistance » qui l’a énervé : le premier procureur de New York a souligné qu’il avait aussi résisté aux politiques de l’administration Obama. (Schneiderman souhaitait une réforme bancaire plus importante.)

Mais il a aimé la part « juive ».

Eric Schneiderman, procureur général de l'état de New York, pendant une conférence de presse à New York, le 15 mars 2017. (Crédit : Drew Angerer/Getty Images via JTA)

Eric Schneiderman, procureur général de l’état de New York, pendant une conférence de presse à New York, le 15 mars 2017. (Crédit : Drew Angerer/Getty Images via JTA)

« Mon travail pour la justice est très ancré dans ce que je vois comme l’engagement envers la justice de la tradition juive », a-t-il dit récemment à JTA, depuis son bureau de Manhattan.

Schneiderman est facilement passé à l’hébreu et a utilisé deux termes bibliques pour la justice, disant que « mishpat et tzedek sont écrits dans les livres de Moïse. »

Si le terme « livres de Moïse » rappelle le film hollywoodien de 1955, c’est l’impression que donne Schneiderman : le Juif sincère, légèrement intello qui mettra calmement mais vigoureusement à terre le fou et le corrompu.

« Vous espérez toujours que les gens peuvent changer pour le meilleur »
Eric Schneiderman

« Vous espérez toujours que les gens peuvent changer pour le meilleur », a-t-il dit, et avec le plus simple des haussements d’épaule, suggérant son scepticisme devant cette idée.

Si Schneiderman est obsédé par Trump, il dit être arrivé honnêtement à cette obsession : les deux hommes se tournaient autour deux ans déjà avant que Trump n’annonce sa candidature à la présidence. Schneiderman avait poursuivi en 2013 la Trump University, qui enseigne l’immobilier, pour pratiques mensongères et fausse publicité. Schneiderman et Trump sont en discussion pour un accord depuis 2011.

Pendant le procès, Schneiderman demandait 40 millions de dollars. L’année dernière, après avoir remporté la présidence, Trump a accepté un accord pour 25 millions de dollars, disant qu’il était temps d’avancer. Schneiderman avait alors déclaré dans un communiqué que c’était une « victoire majeure » et un « renversement époustouflant », et qu’il avait les cicatrices pour le prouver.

Donald Trump pendant une conférence de presse avec les membres de l'Association des anciens combattants de la police à Staten Island, New York, le 17 avril 2016. (Crédit : Kena Betancur/AFP)

Donald Trump pendant une conférence de presse avec les membres de l’Association des anciens combattants de la police à Staten Island, New York, le 17 avril 2016. (Crédit : Kena Betancur/AFP)

« En ne sachant absolument pas qu’il deviendrait président, je l’ai poursuivi, lui et la Trump University, en 2013, a-t-il dit à JTA. J’ai eu un aperçu des tactiques de terres brûlées qu’il a utilisées pendant la primaire et l’élection générale en 2016. »

A l’époque, l’équipe de Trump avait mis en place un site internet pour attirer l’attention sur ce qu’elle appelait la « grossière incompétence » de Schneiderman.

Le New York Post avait obtenu des messages envoyés par Schneiderman à Ivanka Trump, la fille de Donald Trump, et Jared Kushner, son époux, pour leur demander de contribuer à sa campagne. (A l’époque, Kushner et Ivanka Trump étaient démocrates et moins étroitement associés à la politique de Trump senior qu’ils ne le sont maintenant.)

« J’ai eu un aperçu des tactiques de terres brûlées qu’il a utilisées pendant la primaire et l’élection générale »
Eric Schneiderman

Le combat politique rapproché a appris une leçon à Schneiderman : si Trump dit qu’il prévoit de brûler la Terre, sortez la combinaison coupe-feu. Alors que les experts et les amateurs de politique avaient prédit que Trump, une fois président, modèrerait ses positions les plus extrémistes, Schneiderman mettait son équipe au travail.

Son bureau a proposé des conseils aux autorités locales de New York afin de résister à la pression fédérale pour supprimer les sanctuaires pour immigrants sans papier. Schneiderman a également contacté les procureurs généraux démocrates des autres états, et a préparé le cadre légal à la remise en cause des décrets présidentiels sur le voyage, dont il était certain qu’ils allaient arriver.

« Nous n’avons pas été surpris qu’ils soient si agressifs sur certaines des positions qu’il a prises pendant la campagne, a-t-il dit. Nous le connaissons mieux que d’autres endroits, cela va sans dire. »

Les remises en cause juridiques des décrets de Trump, a reconnu Schneiderman, ont été délibérément portées dans des états dépendant du 9e Circuit de cour d’appels, la cour d’appel la plus amicale avec les libéraux. (La remise en cause du premier décret exécutif s’est faite dans l’état de Washington, celle du décret révisé à Hawaï. Schneiderman a également porté sa propre remise en cause dans l’état de New York.) Trump a accusé dans un tweet les plaignants de faire du « shopping judiciaire ».

Schneiderman a déclaré que ce n’était que de la politique intelligente.

« Nous avons utilisé les ressources de procureurs généraux aussi efficacement que possible », a-t-il dit.

Les défenseurs de Trump ont souligné le rôle central de Schneiderman dans cette poussée juridique.

Le rabbin Joseph Potasnik, vice-président exécutif du Conseil des rabbins de New York. (Crédit : Conseil des rabbins de New York)

Le rabbin Joseph Potasnik, vice-président exécutif du Conseil des rabbins de New York. (Crédit : Conseil des rabbins de New York)

Judicial Watch, une association militante juridique conservative, a épinglé Schneiderman en avril, disant que « New York se distingue parce que c’est le seul état où les plus hautes autorités judiciaires, un responsable élu, encourage activement et aide les gouvernements locaux à violer la loi. »

Un éditorial du New York Post a demandé que Schneiderman se récuse de tous les sujets liés à Trump parce que « les procureurs ne sont pas censés choisir d’abord leurs cibles, avant de chercher des preuves incriminantes. Cela définit le ‘parti-pris’. »

Schneiderman, qui assiste aux offices de Bnai Jushurun, une synagogue indépendante de Manhattan, travaille étroitement avec l’establishment juif de la ville. Le rabbin Joseph Potasnik, le directeur exécutif du Conseil des rabbins de New York, a déclaré que Schneiderman s’est toujours préparé soigneusement avant de s’en prendre à un adversaire.

« Il étudie la Torah, la paracha, et il étudie aussi la haftara », la lecture des livres de prophètes, a dit Potasnik, en utilisant une métaphore pour l’assiduité.

Evan Bernstein, le directeur régional de l’Anti-Defamation League (ADL) de New York, a dit que le groupe appréciait l’attention portée par Schneiderman aux crimes de haine.

« Nous soutenons réellement son action », a-t-il dit.

Evan Bernstein, directeur régional de l'Anti-Defamation League à New York, le 3 mars 2017. (Crédit : Drew Angerer/Getty Images/via JTA)

Evan Bernstein, directeur régional de l’Anti-Defamation League à New York, le 3 mars 2017. (Crédit : Drew Angerer/Getty Images/via JTA)

Tous les Juifs ne sont pas ravis de la relation d’adversité entre Schneiderman et le président américain, en particulier quand Schneiderman la décrit comme une question d’exigence juive. Un Juif orthodoxe profondément impliqué dans la politique de l’état a dit que Trump, en tant que président, méritait un certain respect dans la mise en place politique.

« Que vous aimiez ou pas Trump, que vous soyez d’accord ou pas avec lui, il est le président des Etats-Unis, et quand le [procureur général] de New York a déclaré une guerre personnelle au président, c’est du suicide », a dit le militant, qui a demandé à ne pas être identifié pour ne pas irriter Schneiderman.

Un fonctionnaire du bureau de Schneiderman a déclaré qu’il avait reçu des dizaines de milliers de messages de soutien de New Yorkais.

L’un des autres domaines de prédilection de Schneiderman depuis l’élection, c’est la lutte contre les crimes de haine. Neuf jours à peine après l’élection de Trump, Schneiderman a convoqué une conférence de presse avec des représentants des groupes minoritaires pour annoncer qu’il avait publié une directive aux forces de l’ordre pour mieux identifier les crimes de haine.

La croix gammée retrouvée sur le mur du centre communautaire juif dans le nord de la Virginie le 11 avril 2017. (Crédit : capture d'écran NBC Washington, via JTA)

La croix gammée retrouvée sur le mur du centre communautaire juif dans le nord de la Virginie le 11 avril 2017. (Crédit : capture d’écran NBC Washington, via JTA)

La publication ne mentionne pas Trump, et les associations de défense des minorités font pression depuis longtemps sur la police pour qu’elle soit plus agressive dans la lutte contre les crimes de haine. Mais Schneiderman a déclaré qu’il avait en partie était motivé par l’élection du nouveau président.

« Après l’élection, il y a eu une hausse des crimes de haine », y compris contre les Juifs, a-t-il dit, citant les statistiques du département de police de New York.

« Dans la communauté juive, nous savons bien que le préjugé contre l’un ouvre la porte au préjugé contre tous »
Eric Schneiderman

Est-il juste d’attribuer la hausse des attaques antisémites à l’élection de Trump, qui a été amical envers les Juifs ?

« Il lui a fallu du temps pour condamner l’antisémitisme, a répliqué Schneiderman. Dans la communauté juive, nous savons bien que le préjugé contre l’un ouvre la porte au préjugé contre tous. »

Schneiderman a cité les tirades de Trump contre les musulmans et les Mexicains pendant la campagne électorale, un éperon pour les associations de lutte contre le racisme.

« Il n’est pas mauvais de déposer quelque chose au pied de quelqu’un si c’est quelque chose qu’il a dit », a-t-il dit.