Tandis que Saeb Erekat peut revendiquer une connaissance encyclopédique de l’histoire des négociations palestiniennes, le négociateur en chef a étendu son champ d’expertise au début du mois pour y inclure toute l’histoire du conflit israélo-palestinien.

« Quand vous demandez : ‘acceptez Israël en tant qu’Etat juif’, vous me demandez de changer mon histoire » a-t-il déclaré à la négociatrice israélienne Tzipi Livni à la Conférence pour la sécurité de Munich.

« Je suis un fils de Jéricho. J’ai 10 000 ans… Je suis un fils fier des Natoufiens et Canaanéens. J’ai habité ici pendant 5 500 avant que Yéhoshua Bin Nun n’arrive et ne brûle Jéricho, ma ville natale. Je ne vais pas changer le récit de mon histoire », a-t-il déclaré.

L’argumentaire palestinien tend à irriter les Israéliens, et pas seulement parce que beaucoup doutent que ses origines soient vraies comme il le prétend. Si l’on considère qu’Erekat est un Arabe, pensent-ils, sa revendication historique de la Palestine ne peut en aucun cas précéder la conquête islamique de la région en 634, soit plus 2 000 ans après le Josué biblique. Beaucoup de Palestiniens ont, en effet, émigré d’endroits comme l’Egypte et la Syrie en parallèle à l’immigration sioniste à la fin du XIXè siècle et au début du XXè siècle.

Mordechai Kadar, spécialiste de littérature arabe à l’université Bar-Ilan, a expliqué que contrairement au lien linguistique et culturel incontesté entre les Juifs anciens et modernes sur la Terre d’Israel, les Palestiniens ne pouvait prétendre à aucun lien similaire avec les Cananéens.

« Après que les Bédoins du désert arabe aient occupé l’espace du Moyen Orient au VIIe siècle, ils ont poursuivi en occupant son histoire et sa théologie » a déclaré Kedar au Times of Israel.

Pourtant, Hillel Cohen, chercheur en histoire palestinienne à l’Université hébraïque de Jérusalem, a déclaré que la revendication est très forte, non pas pour son authenticité historique qu’aucun expert, précise-t-il, ne pourrait valider. Pour Cohen, cela envoie au contraire un message fort aux Juifs israéliens.

« Au fond, la revendication dit : ‘Vous [les Juifs] dites que vous étiez ici les premiers ? Mais même selon l’histoire biblique, ce n’est pas vrai. Les Cananéens étaient ici avant vous, et nous sommes leurs descendants.’ En évoquant l’histoire de Josué et de Jéricho, a ajouté Cohen, Erekat fait un coup double. Non seulement, selon son argumentation, nous étions ici avant vous, mais nous avons également été victimes d’un ancien génocide perpétré par votre peuple. »

Dans le monde moderne des Etats-nations, ce n’est pas surprenant que les Palestiniens aient recours à l’histoire ancienne dans leur recherche de légitimation, a déclaré Cohen. Inspiré par les mouvements romantiques européens de la moitié du XIXè siècle, le sionisme affirmait la revendication juive pour la terre d’Israel en se basant sur les liens ethniques des Juifs contemporains avec les anciens Israélites. Cette histoire a été largement acceptée par les Chrétiens européens qui connaissaient très bien les textes bibliques après avoir interagi avec les Juifs pendant des siècles.

Le récit historique palestinien qui était moins connu en Occident et qui demeure moins largement accepté jusqu’à ce jour, fonctionne à la fois comme une réaction à la revendication exclusive du sionisme pour la terre, mais aussi comme une réflexion de la propre perception des Palestiniens en tant que premiers habitants d’un Moyen Orient plus étendu.

« Le mythe juif provient d’une ascendance unique. Un peuple séparé. Mais le récit palestinien est celui d’une accumulation. C’est un point de vue éclectique de l’histoire revendiquant que les habitants modernes de Palestine sont les Cananéens indigènes qui ont absorbé parmi eux les Jébusites, les  Edomites, les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans. Contrairement au récit juif qui est fondé sur une origine ethnique et religieuse, l’identité palestinienne provient du territoire, » a expliqué Cohen.

« Les Palestiniens lient typiquement le début de leur histoire avec les Cananéens. Tous les manuels d’histoire palestiniens », a souligné Cohen, « commencent par les mots : ‘Jérusalem est une ville jésubite et cananéenne fondée il y a 5 000 ans’. »

Les Palestiniens ne sont pas le seul peuple du Moyen Orient à revendiquer des origines d’anciennes nations disparues. Tout comme les Hongrois modernes se considèrent comme les descendants de Magyars, les Irakiens modernes se voient comme les héritiers des Babyloniens, les Libanais revendiquent une descendance phénicienne et les Egyptiens modernes déclarent qu’ils sont les héritiers des anciens empires égyptiens.

« Une fois que cela devient la langue internationale, tout le monde se met à l’utiliser », a déclaré Cohen.

« Les nations modernes ont le droit d’être fières de leurs ancêtres, fictifs ou réels », a expliqué Mazen Adbel Latif, enseignant au département d’archéologie à l’université An-Najah de Naplouse. « Mais la science moderne a déconstruit la notion de nation ‘ethniquement pure’, que ce soit pour les Juifs ou pour les Palestiniens. »

« Les humains se sont toujours déplacés et mélangés », a rappelé Abdel Latif au Times of Israel. « Il y avait 15 tribus juives dans la ville de Médine de la péninsule arabe où les Juifs et les Arabes vécurent ensemble et partagèrent la même culture, malgré des confilts ponctuels entre eux. »

« L’historiographie palestinienne ne peut être scientifiquement prouvée », a reconnu Cohen. « Mais pour cette même raison, le lien ethnique des Juifs contemporains avec les personnages bibliques reste discutable », a-t-il ajouté

« Les Juifs ne peuvent pas prouver avec des tests ADN qu’ils sont les descendants des 12 tribus, a déclaré Cohen. Il est impossible d’examiner ces revendications historiques. Abraham était-il un personnage historique ? Je ne sais pas. C’est du domaine de la foi. »

Mais pour Kedar, il ne s’agit pas d’une question de gènes mais bien d’un héritage culturel et linguistique.

« Il ne fait aucun doute que les Juifs vécurent ici dans le passé, tandis qu’il n’y a aucune preuve d’un lien arabe avec cette terre avant le VIIe siècle »

Kedar

Il ne fait aucun doute que les Juifs vécurent ici dans le passé, tandis qu’il n’y a aucune preuve d’un lien arabe avec cette terre avant le VIIe siècle, affirme-t-il. Il n’y a aucun lien entre les nations arabes et les Cananéens, ni ethniquement ni culturellement. Rien. Ils produisent ces mythes pour justifier leur présence ici.

« Les noms de famille palestiniens en disent long sur l’origine étrangère de leurs porteurs », a ajouté Kedar.

La famille Al-Masri de Naplouse vient vraisemblablement d’Egypte (Al-Masri veut dire égyptien en arabe). Les Haurani sont venus de la région de l’Hauran dans la partie sud-ouest de la Syrie. Le clan de Saeb Erekat de Jéricho est fier de déclarer qu’il est originaire d’Arabie Saoudite », a remarqué Kedar.

« Depuis quand sont-ils devenus palestiniens? », s’est-il demandé.

En mars 2012, le ministre de l’Intérieur du Hamas Fathi Hammad a déclaré de même alors qu’il implorait l’Egypte de fournir à Gaza du carburant tellement demandé, a noté Kedar.

« Allah soit loué, nous avons tous des racines arabes, et chaque Palestinien, à Gaza et dans toute la Palestine, peut prouver ses racines arabes, que ce soit de l’Arabie Saoudite, du Yémen ou de n’importe où. Nous avons des liens du sang. Où est donc votre affection et votre pitié ? », a-t-il demandé à son interviewer sur la chaîne de TV égyptienne Al-Hekma. « Personnellement, la moitié de ma famille est égyptienne. Nous sommes tous dans cette situation. Plus de 30 familles de la bande de Gaza s’appellent Al-Masri. Frères, la moitié des Palestiniens sont égyptiens et l’autre moitié sont des Saoudiens. »

Pour Kedar, des déclarations de ce genre sont la preuve de la duplicité palestinienne. « Parfois, lors de moments de détresse, la vérité sort et tous les contes de fées qu’ils inventent disparaissent par la fenêtre », déclare-t-il.

Le récit palestinien établi par Erekat d’un Josué victorieux des peuples indigènes comme un conquérant étranger est en contradiction d’une certaine manière avec les enseignements islamiques, a noté Cohen. Dans le Coran, Dieu ordonne au peuple d’Israël d’entrer sur cette terre.

« Selon le récit islamique, l’entrée des Juifs [dans la terre] ne fait pas partie d’un génocide perpétré par l’homme, mais c’est le résultat d’un commandement divin », explique-t-il.

Effectivement, des arguments comme ceux formulés par le professeur Omar Ja’ara de l’université Al-Najah à la télévision nationale palestinienne en 2012, où Moïse devenait le dirigeant « des enfants musulmans d’Israël » peut sembler comiquement anachronique pour des oreilles juives.

Mais Cohen a déclaré que les frontières entre Juifs et les non-Juifs indigènes ont été largement effacées jusqu’au premier siècle de l’ère chrétienne.

« L’extinction complète des Edomites et la formation d’un collectif juif exclusif ne se produit pas avant la destruction du Second Temple [en 70 de l’ère chrétienne] », précise Cohen.

Abdel Latif a déclaré qu’en tant que musulman croyant, il accepte la présence israélite dans la Palestine historique en commençant avec Jacob (mentionné dans le Coran comme Isra’il) à travers les 12 tribus, jusqu’à Moïse et le roi David. La présence d’Hébreux dans la région a également reçu un soutien archéologique avec les Lettres d’Amarna trouvées en Egypte et datant de 1300 avant l’ère chrétienne. Les tablettes cunéiformes en pierre écrites en acadien font référence à un peuple appelé Habiru ou ‘Abiru, que l’on croit être les Hébreux, explique Latif.

Peut-être que ce qui irrite certains Israéliens lorsqu’ils entendent des arguments comme ceux d’Erekat, ce n’est pas l’embellissement de l’histoire en soi, mais l’utilisation de l’histoire au cours d’un processus de paix d’une manière qui n’est pas pas constructive.

Livni, elle, a rétorqué au commentaire d’Erekat : « Il ne s’agit pas de déterminer quel récit est plus juste ou dispose de plus de droits sur le pays en entier… Il s’agit de créer deux Etats pour deux peuples. »