JTA – L’envoi d’un homme portant une kippa – avec une caméra vidéo cachée pour informer sur l’antisémitisme qui sévit dans les rues de l’Europe, en particulier dans les quartiers musulmans, est rapidement devenu un nouvel exercice journalistique.

Tout d’abord, en janvier, un journaliste portant une kippa a parcouru la ville suédoise fortement islamisée de Malmö ; il a été agressé et injurié.

Puis, en février, un journaliste juif orthodoxe marchait dans les rues de Paris ; il a été insulté et intimidé, comme on le voit dans une vidéo. (Une expérience similaire d’un homme musulman à Milan en février, où il portait une « tenue musulmane traditionnelle » et tenait un exemplaire du Coran, lui a également valu des commentaires discriminatoires de la part de passants.)

Pour confirmer ou infirmer ces exemples, le tabloïd britannique Daily Mail a déployé toute une batterie de journalistes portant une kippa dans plusieurs pays européens. Les résultats ont été mitigés.

La pire expérience d’antisémitisme rapportée par un porteur de kippa s’est produite en Angleterre.

Jonathan Kalmus, qui écrit pour le journal britannique juif du Jewish Chronicle, a subi crachats et cris dans les rues de Manchester et de Bradford, deux villes de taille moyenne avec une importante population musulmane.

Le Premier ministre britannique David Cameron, le chef du parti travailliste Ed Miliband, un porte-parole du Conseil représentatif des Juifs britanniques, et le représentant parlementaire travailliste de Manchester ont tous réagi dans le Daily Mail au reportage de Kalmus.

Cameron s’est exclamé : « Il n’y a aucune excuse à l’antisémitisme choquant que ce reportage révèle » et Miliband a déclaré : « Nous avons besoin de renouveler notre vigilance et de nous assurer que chaque famille de chaque religion puisse vivre en sécurité dans notre pays. »

D’autres journalistes du Daily Mail ont rencontré peu – ou pas – d’antisémitisme dans d’autres villes comme Berlin, Rome et Stockholm.

Cependant, la rencontre la plus intéressante a eu lieu à Copenhague, la dernière ville européenne à avoir subi une attaque terroriste islamiste.

Le cinéaste primé israélo-danois, Omar Shargawi, a mis une kippa pour parcourir des quartiers de la ville, y compris Mjølnerparken, un quartier difficile où a grandi le récent tireur de Copenhague.

Il a recueilli plusieurs commentaires positifs, mais aussi entendu certains autres désagréables par leur antisémisme.

Tout cela pose la question : l’antisémitisme est-il grave en Europe au point que les Juifs se sentent vraiment mal à l’aise de porter une kippa en public dans certains endroits ?

Est-ce seulement le cas depuis la guerre de l’été dernier à Gaza, qui a déclenché une vague de sentiments anti-israéliens et antisémites dans le monde ? Ou bien ces journalistes vont-ils délibérément dans des quartiers a forte densité de musulmans et d’immigrés pour obtenir une réaction qui aurait aussi pu se produire il y a 10 ans ?

Sur son blog dans le Forward, Anne Cohen dit ne pas être pas impressionnée par la vidéo du journaliste orthodoxe à Paris:

« Sa vidéo est une expérience de choc et d’effroi. Elle ne nous apprend rien. Les Juifs ont une histoire longue et lourde avec l’Etat français qui est plus complexe que ce qui peut être expliqué dans ce billet de blog », a écrit Cohen.

« Mais je pense que c’est intéressant de souligner qu’un journaliste se promenant avec une kippa dans un quartier fortement islamisé n’est pas nécessairement représentatif de la réaction du Français moyen envers les Juifs », poursuit-elle.

« Ne vous méprenez pas. Les Juifs, comme n’importe qui, devrait pouvoir marcher partout où ils veulent sans que des insultes soient lancées contre eux. Est-ce mal ? Oui. Est-ce dérangeant ? Très. Est-ce surprenant ? Pas vraiment. »

« La vidéo elle-même ne fait aucune distinction entre les quartiers, ce qui est quelque peu problématique dans une vidéo intitulée « 10 heures de marche à Paris en tant que Juif ». Paris est une grande ville, avec de nombreuses tensions internes. Y jeter un journaliste vêtu d’une kippa n’en fait pas une vidéo instructive », conclut-elle.

Le correspondant anglais du Daily Mail a tenté de répondre directement à ce genre de critiques.

« Personne ne peut m’accuser de cibler les quartiers musulmans pour provoquer une réaction. Il s’agissait du centre d’une ville anglaise ordinaire, et je vaquais à mes propres occupations », a déclaré Kalmus.

« Personne ne peut m’accuser de porter quelque chose de provocant ou politique. Une personne juive ou toute personne marchant pacifiquement n’importe où dans une rue britannique, sans parler d’un centre-ville, devrait être la bienvenue. »

Il poursuit : « Il est tout à fait compréhensible que toute personne ne ressentant pas la menace ne puisse pas réaliser l’ampleur de l’antisémitisme, à quel point il est devenu banal et comment il affecte quotidiennement les Juifs dans notre pays. »

Kalmus explique que le nombre d’attaques antisémites commises en Angleterre a été, en 2014, de 37 % plus important (1 168 au total) qu’en France (selon les données du Jewish Community Security Trust).

Bien sûr, il est difficile de comprendre tout cela depuis la lointaine métropole qu’est New York, un endroit où Cohen dit à juste titre que « même les non-Juifs sont une sorte de Juifs ».

Cependant, l’idée de « no-go zones » [zones interdites] pour les Juifs en Europe a récemment été évoquée par les médias.

Des commentateurs du Fox News l’ont suggéré après l’attaque contre Charlie Hebdo en janvier, faisant de fausses déclarations selon lesquelles « la charia » régnerait dans ces zones « en dehors du contrôle du gouvernement ».

Le New York Times avait alors mis en évidence l’erreur et Fox News avait été forcé de s’excuser pour ses « erreurs regrettables ». (La maire de Paris, Anne Hidalgo, n’a pas été impressionnée par les excuses et a menacé de poursuivre Fox News.)

Peut-être la solution à l’ensemble de ce débat, c’est tout simplement une « kippa magique », c’est-à-dire invisible…