Société civile et défenseurs des droits de l’Homme s’inquiètent d’une possible vague de colère si l’Autorité palestinienne (AP) cède aux pressions internationales et cesse de verser une pension aux familles des terroristes palestiniens détenus par Israël.

Le président de l’AP Mahmoud Abbas s’est retrouvé pris entre les pressions exercées par l’administration américaine du président Donald Trump qui souhaite l’arrêt de ces versements, et son opinion publique qui considère ces prisonniers comme des héros.

Les Palestiniens tués à la suite d’attaques anti-israéliennes sont présentés comme des « martyrs » par les Palestiniens, et considérés comme des terroristes par Israël.

Chaque mois, l’Autorité palestinienne verse 400 dollars aux proches de Palestiniens incarcérés pour des peines allant d’un mois à trois ans, de 1 200 dollars pour trois à cinq ans et jusqu’à 2 200 dollars pour 18 à 20 ans de prison.

Le président américain Donald Trump, à gauche, et le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pendant une conférence de presse conjointe au palais présidentiel de Bethléem, en Cisjordanie, le 23 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Le président américain Donald Trump, à gauche, et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pendant une conférence de presse conjointe au palais présidentiel de Bethléem, en Cisjordanie, le 23 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Les responsables israéliens, de leur côté, affirment que verser de telles indemnités aux familles ne fait qu’encourager la violence.

Selon un récent sondage, 91 % des Palestiniens se déclarent hostiles à l’arrêt du paiement de ces aides.

Les incarcérations, les visites au parloir ou les cantines à payer font en effet partie du quotidien des quelque de 4,5 millions des Palestiniens des territoires. Avec 850 000 d’entre eux emprisonnés par Israël depuis 50 ans, tout Palestinien connaît un détenu ou un ex-détenu.

Pour la société palestinienne, « les prisonniers sont un symbole capital », explique à l’AFP Chaawane Jabarine, qui dirige l’ONG des droits de l’Homme al-Haq. « Si leurs droits sont mis à mal, on se dirige vers une vraie crise au sein de la société palestinienne et, à terme, vers l’explosion. »

Depuis 2004, le versement de pensions aux proches de prisonniers, incarcérés par Israël pour avoir mené des actes contre des cibles israéliennes, est inscrit dans la loi.

Elle oblige les autorités à garantir « une vie digne » aux prisonniers et ex-prisonniers en « garantissant leurs droits économiques et ceux de leurs proches ». Actuellement, 6 500 Palestiniens sont détenus dans les prisons israéliennes.

« Le droit international et les conventions des droits de l’Homme incluent l’obligation de garantir une vie décente aux proches des personnes arrêtées », note Jabarine.

Des prisonniers en détention en Israël. Illustration. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

Des prisonniers en détention en Israël. Illustration. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

Selon des sources travaillant sur le dossier des prisonniers et s’exprimant sous le couvert de l’anonymat, l’Autorité palestinienne a suspendu début juin le paiement des pensions de 277 prisonniers et ex-prisonniers.

Aucun responsable n’a jusqu’ici fait de commentaire.

Récemment, après une nouvelle attaque meurtrière, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a appelé « la communauté internationale à exiger que cessent immédiatement les versements de l’Autorité palestinienne aux familles des terroristes, ce qui ne fait qu’encourager le terrorisme ». Avant lui, en mars, son ministre de la Défense Avigdor Liberman avait déclaré « terroriste » le Fonds national palestinien, en charge de verser ces pensions.

Cette question a également été évoquée en mai lors de la visite en Israël et en Cisjordanie du président Trump.

En outre, la Knesset examine actuellement un projet de loi visant à ce qu’Israël prélève le montant versé par l’Autorité palestinienne aux prisonniers des taxes qu’il collecte pour son compte. Les Palestiniens ont déjà dénoncé un acte de « piraterie ».

Mais pour le politologue Abdel Majid Souilem, « il paraît impossible que l’Autorité palestinienne prenne une décision sous la pression américaine et israélienne ».

Quelle que soit la raison, la pension qu’Imane Nafea reçoit au titre d’épouse de prisonnier a bien été suspendue début juin. Nafea, l’épouse de Naël Barghouthi, un cadre du Hamas actuellement incarcéré et qui a passé plus de 30 ans de sa vie dans des cellules israéliennes, assure n’avoir reçu aucune explication.

« On veut seulement que la loi soit respectée et savoir ce qui se passe », plaide cette Palestinienne lors d’un rassemblement de proches et d’anciens prisonniers dont les vivres ont également été coupés. Son mari purge une peine de prison à perpétuité à laquelle il a été condamné en 1978 à la suite d’une série de délits sécuritaires, dont un meurtre.