Une thèse communément admise affirme que la « crise du mont du Temple » fait partie de l’Histoire et que les Israéliens doivent l’accepter. Or, cette affirmation n’est qu’illusion et fantasme, et nous ne pouvons pas nous permettre de simplement l’occulter. Des leçons essentielles sont à tirer de cette crise, et si nous ne les tirons pas, nous serons condamnés à voir la crise se répéter ou (et pour reprendre le philosophe américano-hispanique George Santayana et anglophone) à voir se produire une crise encore plus grave.

C’est, de façon tragique, très exactement ce qu’il semble être en train de se passer. De nombreux dirigeants israéliens, en particulier notre Premier ministre, continuent à s’attaquer au conflit israélo-palestinien d’une façon totalement erronée. Ils les gèrent – passant d’une crise à l’autre, en attendant la suivante, mais ils ne font rien pour s’attaquer aux situations sous-jacentes qui précipitent ces crises, et permettent donc à cette spirale infernale de se poursuivre.

Cette approche à court terme nuit à la sûreté d’Israël et mène au potentiel aboutissement de la solution à un état – ce qui pourrait nous mener tout droit à une guerre civile entre juifs et arabes. Alors que les Juifs israéliens s’impliquent dans la construction de lendemains où Israël continuerait d’incarner le foyer démocratique du peuple juif, nous craignons que l’inaction de notre gouvernement ne vienne compromettre cet avenir.

Une leçon essentielle que nous devrions tirer des événements tumultueux qui ont agité ces deux dernières semaines au mont du Temple, ce lieu connu des musulmans sous le nom de Haram-Al-Sharif (Sanctuaire Noble), c’est que le statu quo est devenu insoutenable. Certes, le calme a pu être restauré mais il suffira d’une étincelle pour déclencher une prochaine crise violente et sanglante.

Une autre leçon à tirer, c’est la facilité avec laquelle le conflit pourrait acquérir une nature qui ne serait plus que purement religieuse – Un conflit opposant strictement musulmans et Juifs. Et le danger est que le conflit puisse se métastaser bien au-delà de la sphère israélo-palestinienne.

Cela devrait inquiéter l’administration Trump, car une telle évolution pourrait mettre en danger son ambition déclarée de parvenir à l’accord « ultime » et compromettrait son désir d’élaborer une alliance pro-américaine au Moyen-Orient qui inclurait Israël dans le cadre de sa lutte contre le terrorisme islamiste et contre les ambitions de l’Iran qui veut instaurer une hégémonie dans la région.

Les événements tragiques qui ont eu lieu au cours des deux dernières semaines ont été ressentis dans tout le monde arabe, pour lequel la Vieille Ville de Jérusalem est un important élément fédérateur. Ils mettent en péril les liens d’une importance primordiale d’Israël avec la Jordanie et sapent les efforts d’Israël visant à forger une alliance avec l’Arabie Saoudite, le gardien du site le plus saint de l’islam, la Mecque.

Israël doit maintenant agir rapidement et de manière active pour éliminer les causes sous-jacentes qui ont déclenché cette dernière crise explosive à Jérusalem et qui entraîneront très certainement la prochaine crise si notre gouvernement continue seulement de gérer le conflit au jour le jour. Si rien ne change, ces deux dernières semaines ne pourraient être que le prélude d’un embrasement désastreux.

Alors que l’envoyé au Moyen Orient de Trump, Jason Greenblatt, fait la navette entre Washington et notre région, l’administration américaine devrait se rendre compte que c’est dans l’intérêt de l’Amérique de convaincre Israël de prendre des mesures constructives pour aborder les problèmes fondamentaux et commencer à travailler à l’apaisement des tensions à Jérusalem.

Les dirigeants israéliens doivent garantir au monde qu’Israël va défendre le statu quo du mont du Temple / Haram Al-Sharif. Ils devraient s’efforcer de conserver à Jérusalem sa dimension politique plutôt que d’en faire une question religieuse. Ils devraient reprendre la proposition sur le statut permanent que l’ancien Premier ministre Olmert avait présenté en 2008 au président de l’Autorité palestinienne Abbas et qui traitait des questions fondamentales qui nourrissent le conflit et qui comprenait les éléments suivants, tous relatifs à Jérusalem : Jérusalem, capitale de deux Etats, le régime spécial de la Vieille Ville et le partage du contrôle des lieux saints par un comité multinational composé de représentants saoudiens, jordaniens, palestiniens, américains et israéliens.

De façon plus générale et surtout, de manière plus importante, les dirigeants d’Israël doivent convaincre la communauté internationale qu’ils s’engagent avec détermination en faveur de la solution à deux Etats, une volonté qui ne pourra être prouvée que par le passage à l’action.

Ils devraient annoncer qu’Israël ne revendique plus la souveraineté à long-terme sur les zones situées à l’est de la barrière de sécurité en Cisjordanie et sur les quartiers arabes de Jérusalem-Est. Ils devraient se séparer, de façon indépendante, des Palestiniens en délimitant une frontière provisoire basée sur les lignes du 4 juin 1967 avec des échanges territoriaux pour garder les principaux blocs d’implantation sous la souveraineté d’Israël.

Et ils devraient se préparer à la réinstallation éventuelle des plus de 100 000 habitants d’implantation, qui résident dans les zones qui devraient appartenir à un futur Etat palestinien dans les régions situées à l’ouest de la barrière de sécurité.

A moins qu’Israël n’arrête immédiatement cette marche démente entamée par ses dirigeants et que le pays n’adopte activement ces mesures que les États-Unis devraient soutenir, le pays ne sera jamais sûr et il ne sera ni juif, ni démocratique. Le conflit israélo-palestinien pourrait devenir insoluble (comme l’aurait déclaré lundi Jared Kushner), et toute la région pourrait être engloutie dans une guerre sanglante qui aura des répercussions mondiales.

Nous, Israéliens, pouvons et devons façonner notre avenir. Tant que notre gouvernement ne changera pas, ou ne changera radicalement pas ses politiques, nous continuerons à compter nos pertes.

Tout est entre nos mains.

Ami Ayalon, ancien directeur de l’agence de sécurité israélienne Shin Bet, Gilead Sher, ancien chef d’état-major du Premier ministre israélien Ehud Barak, qui dirige le Centre pour les négociations appliquées à l’Institut israélien pour les études sur la sécurité nationale, et Orni Petruschka, un entrepreneur en haute technologie en Israël, sont les principaux membres de l’organisation israélienne non partisane Blue White Future.