Charles Aznavour est mort à l’âge de 94 ans
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Charles Aznavour est mort à l’âge de 94 ans

Sa première fois en Israël ? C’était juste après l’indépendance du pays, en 1949. Il chantait dans les cabarets de Tel Aviv, sa ville préférée "parce que ça bouge beaucoup"

Charles Aznavour revient en Israël pour un seul concert au Heyhal Menorah Mivtahim (Tel Aviv), le 29 juin 2019. (Crédit photo : Nicolas Aznavour)
Charles Aznavour revient en Israël pour un seul concert au Heyhal Menorah Mivtahim (Tel Aviv), le 29 juin 2019. (Crédit photo : Nicolas Aznavour)

Charles Aznavour, doyen de la chanson française et vedette internationale, qui s’est éteint mardi, devait être en Israël pour la quatrième fois, pour un dernier concert au Heyhal Menorah Mivtahim, dans le cadre de sa tournée qui 
aurait marqué ses 95 ans, « 95th Birthday tour ».

Auteur, compositeur et interprète, le légendaire chanteur français a enregistré plus de 1 400 chansons, en sept langues, qui font partie du patrimoine français et international et dont certaines ont été reprises par des stars comme Elton John, Bob Dylan, Sting, Placido Domingo, Céline Dion, Julio Iglesias, Edith Piaf, Liza Minnelli, Sammy Davis Jr, Ray Charles et Elvis Costello.

La première fois qu’il s’est rendu en Israël, c’était juste après l’indépendance du pays, en 1949. Il chantait dans les cabarets de Tel Aviv, sa ville préférée « parce que ça bouge beaucoup » comme il l’avait souligné en octobre 2017 lors d’une conférence de presse à l’occasion de son concert à Tel Aviv au Menora Mivtachim Arena.

Le chanteur d’origine arménienne, avait fait salle comble à Tel Aviv en 2013, 2014 et 2017.

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Ce petit bonhomme pouvait se vanter d’une carrière de plus de 70 ans au cours de laquelle il a écrit plus de 800 chansons et vendu près de 200 millions de disques dans le monde. L’ami d’Edith Piaf, de Charles Trénet et de Jean Cocteau a obtenu en août dernier une étoile sur le légendaire Walk of Fame de Hollywood.

L’Arménie, terre de cœur de Charles Aznavour

De son vrai nom, Shahnourh Varinag Aznavourian, Charles Aznavour, est né à Paris en 1924 dans une famille d’artistes arméniens, et depuis il n’avait « pas vu le temps passer ».

L’Arménie, terre de cœur de Charles Aznavour

Monument de la culture française, Charles Aznavour était aussi l’un des plus ardents porte-drapeaux de la diaspora arménienne, le pays de ses parents, avec lequel il a entretenu des liens étroits tout au long de sa vie.

La manifestation la plus tangible de ces liens date de décembre 1988, après le tremblement de terre qui dévaste le nord du pays et fait 25 000 morts dans la seule ville de Spitak.

Le chanteur fonde le comité « Aznavour pour l’Arménie » pour collecter des fonds. Avant de se rendre sur place, il écrit la chanson humanitaire « Pour toi Arménie ». Elle est enregistrée début 1989 avec 90 artistes (dont Gilbert Bécaud, Johnny Hallyday et Renaud) et se vendra à plus d’un million d’exemplaires.

Charles Aznavour sera ensuite nommé ambassadeur permanent en Arménie par l’Unesco.

« Jusqu’ici, je disais toujours : ‘Je suis français d’origine arménienne’. Après le choc, je me suis rendu compte que j’étais vraiment d’origine arménienne », confiait à Paris Match celui qui mit les pieds en Arménie seulement vers 1963-1964, dans le cadre d’une tournée mondiale.

Le chanteur est né à Paris, le 22 mai 1924, où ses parents s’établissent après avoir quitté leur pays. Né Charles Varenagh Aznavourian, Aznavour aurait dû porter le prénom arménien de Shahnourh, finalement francisé en Charles par la sage-femme, révèle une biographie parue en 2006.

Cet ouvrage révèle aussi les liens d’amitié étroits qui existaient dans les années 30 entre la famille Aznavourian et un autre Arménien d’origine, entré depuis dans l’Histoire de France: Missak Manouchian, chef du groupe FTP (Francs-tireurs partisans) de « L’affiche rouge », exécuté en février 1944 par les nazis avec 22 autres résistants.

Manouchian qui, en 1940, écrit cette phrase prémonitoire à la mère d’Aznavour : « Charles sera l’honneur du peuple arménien, et une gloire pour la France ».

« Il y a toujours des survivants »

Un sentiment partagé dans sa terre de cœur, où une place porte son nom en plein centre-ville d’Erevan. Une statue a été érigée en son honneur dans la deuxième ville du pays, Gyumri.

L’ancien président arménien Serge Sarkissian voyait en lui « l’Arménien le plus célèbre de la planète ». « Charles Aznavour essaie de servir les intérêts de politique étrangère de notre pays et d’être utile à notre patrie », disait-il à propos du chanteur, décoré en 2004 de la médaille de « héros national ».

« Le destin d’Aznavour, le fils de gens qui ont survécu par miracle pendant le génocide, est la réponse du peuple arménien à tous les génocides », déclarait en 2006 son prédécesseur à la présidence Robert Kotcharian.

Pour le 60e anniversaire du génocide arménien, Aznavour avait interprété en 1975 à la salle Pleyel à Paris « Ils sont tombés » : « La mort les a frappés sans demander leur âge/Puisqu’ils étaient fautifs d’être enfants d’Arménie », disait le texte.

La musique était signée par son beau-frère Georges Garvarentz (fils du poète Kevork Garvarentz, auteur de l’hymne national révolutionnaire arménien).

Vingt-trois ans plus tard, Aznavour s’était déclaré « soulagé » après le vote de l’Assemblée nationale reconnaissant « politiquement » au nom de la France « le génocide arménien de 1915 », car « tout peuple a le droit d’écrire son histoire et les Arméniens ont été gommés de la face du monde ».

« Ce qui m’amuse beaucoup, c’est que la Turquie a raté quelque chose, ils n’ont pas un seul grand chanteur », avait-t-il lancé en recevant cette distinction honorifique. « Ce qui prouve que les génocides ne servent à rien, il y a toujours des survivants ».

Il rappelait volontiers le destin commun qu’ont les Juifs et les Arméniens en héritage. C’est pourquoi, il a écrit « J’ai connu », une promesse faite à son ami Jean-Pierre Bloch, un ardent militant contre l’antisémitisme et ancien président de la Licra.

« Nous avons tant de choses en commun, les juifs et les Arméniens, dans le malheur, dans le bonheur, dans le travail, dans la musique, dans les arts. J’ai un petit peu l’impression que je viens dans un coin de ma famille à moi parce que nous avons la même manière, aussi, de vivre et de manger et de boire », avait confié la légende de la chanson française au président israélien qui (visiblement ému – car le couple présidentiel sont des fans de Charles Aznavour), lui avait remis la médaille Raoul Wallenberg.

En effet, pendant trois ans, les Aznavour ont au péril de leur vie dissimulé des juifs et des Arméniens dans leur modeste appartement parisien.

L’ambassadeur d’Arménie pour la Suisse, où il résidait, déplorait cependant que l’État juif n’avait pas encore officiellement reconnu le génocide perpétré en 1915, tuant près d’un million de ses concitoyens arméniens.

Le président israélien Reuven Rivlin et son épouse accueillent le chanteur arméno-français Charles Aznavour à la résidence du président à Jérusalem le 26 octobre 2017. (Crédit : Mark Neyman / GPO)
Le président israélien Reuven Rivlin et son épouse accueillent le chanteur arméno-français Charles Aznavour à la résidence du président à Jérusalem le 26 octobre 2017. (Crédit : Mark Neyman / GPO)

Hommage unanime de la classe politique française

La classe politique française a unanimement salué la disparition du chanteur Charles Aznavour, survenue lundi à l’âge de 94 ans.

Voici les premières réactions sur Twitter, aux nombreuses références à ses chansons :

– Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement: « Hier encore. Merci Monsieur Aznavour. »

– François Hollande, ancien président de la République PS: « D’Erevan jusqu’à Paris, il a chanté dans toutes les villes du monde, pour l’amour et la liberté. Charles Aznavour vient de faire ses adieux, mais pour nous, il sera toujours sur scène ».

– Christophe Castaner, délégué général de La République en Marche: « Ce qu’il nous reste de mieux à faire aujourd’hui, c’est l’écouter. Au revoir Monsieur Charles Aznavour. Et merci. »

– Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics: « J’ai mis mon complet neuf, mes souliers qui me serrent, et je suis prêt déjà, depuis pas mal de temps. Au revoir Charles Aznavour. »

– Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur: « Charles Aznavour, éternelle légende de la chanson française nous a quittés. Ses paroles, son engagement et son talent ont traversé les générations et les frontières. Il nous manquera à tous. »

– Laurent Wauquiez, président des Républicains: « Il restera pour nous tous for me, for me, for me, formidable. Un immense artiste et un géant de la chanson française nous quitte aujourd’hui. Merci pour tout Charles Aznavour. »

– Manuel Valls, ancien Premier ministre: « Avec Charles Aznavour c’est l’une des plus grandes voix de la chanson française qui s’éteint. C’est aussi un destin hors du commun, celui d’un fils d’immigré arménien devenu l’un des plus grands, des plus beaux symboles du rayonnement français. Adieu l’artiste, et merci. »

– Alexis Corbière, député La France Insoumise: « Un des plus grands chanteurs s’en va… Parolier, compositeur, interprète, c’était un génie de la poésie française. Merci Monsieur Aznavourian [son patronyme de naissance] ! Il y a tant de larmes et de sourires, autour de lui que jamais, il nous quittera… »

– Eric Ciotti, député LR: « Charles Aznavour, ce sont des émotions et souvenirs d’une nation toute entière, un monument de la chanson française, une carrière exceptionnelle. Et aussi, peut être avant tout, une certaine idée de la transmission et de la mémoire. »

– Christian Estrosi, maire LR de Nice: « Immense émotion en apprenant la disparition de Charles Aznavour. Cette légende absolue de la chanson française laissera un grand vide dans le cœur des Français qui connaissent tous ses chansons. Il était aussi un ‘Formidable’ ambassadeur de son pays d’origine, l’Arménie. »

– Sylvia Pinel, coprésidente du Mouvement radical: « Triste. Charles Aznavour était un monument de la chanson française qu’on pensait éternel. Il a marqué tant de générations… Merci à ce grand artiste. »

– Marc Fesneau, président du groupe MoDem à l’Assemblée nationale: « Une voix, des paroles inoubliables sur les sentiments humains. Une élégance jamais démentie. Une figure de la chanson française d’après guerre et un défenseur obstiné de la cause arménienne. C’était Charles Aznavour. Merci pour tout. »

– Fabienne Keller, sénatrice Agir: « ‘Le souvenir qui naît déjà, l’amour était si beau près de toi’. L’immense Charles Aznavour faisait partie de nos vies et avait su mettre des mots sur les émotions les plus fortes et les plus profondes de l’humain. Adieu et merci. »

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