La question de la légalité des implantations israéliennes en Cisjordanie a soulevé une nouvelle fois la polémique en Australie suite aux dernières déclarations du chef du Parti travailliste Bill Shorten.

Ce dernier a affirmé que « certaines activités de colonisation en Cisjordanie sont illégales », provoquant la colère au sein de son propre parti, selon qui le chef de l’opposition aurait dû éviter l’usage du terme    « certaines ».

La communauté juive, de son côté, s’est félicitée de la position de Shorten. Selon elle, le gouvernement de Canberra est de plus en plus conscient des tentatives délibérées des Palestiniens de « déformer les réalités sur la question des implantations à des fins politiques. »

Les déclarations de Shorten interviennent quatre mois seulement après la controverse soulevée par la ministre des Affaires étrangères australienne, Julie Bishop. En effet, cette dernière a déclaré dans une interview au Times of Israel que « les colonies n’étaient peut-être pas illégales en vertu du droit international ».

Dans un discours très pro-israélien prononcé la semaine dernière lors de la conférence biennale organisée par la Fédération sioniste d’Australie, Shorten a souligné que son parti reconnaît que « les colonies et infrastructures israéliennes construites en Cisjordanie devront être prises en considération dans l’élaboration d’une frontière définitive … Nous reconnaissons que certaines activités de colonisation en Cisjordanie sont illégales en vertu de la loi israélienne et nous encourageons les autorités israéliennes à agir efficacement sur cette question. Mais cette question, aussi sensible et difficile soit-elle, a également une solution : un traité de paix entre Israël et la Palestine ».

Lors d’une séance de questions-réponses en fin de discours, Shorten aurait critiqué la gestion de la question par son parti et a insisté : « Je tiens à dire officiellement que je pense que nous n’avons pas communiqué assez clairement sur notre position ».

Des propos rapportés par le Sydney Morning Herald. « Nous notons, comme je l’ai dit, que certaines colonies… ont été déclarées ou jugées illégales en vertu de la loi israélienne ».

Des voix internes se sont élevées contre leur chef de parti pour dénoncer ses déclarations qui impliquent tacitement que certaines colonies sont légales. « Ce n’est pas la ligne du Parti travailliste », a assuré une source au journal australien. « C’est un fiasco. »

Des sources du parti travailliste ont également déploré les critiques émises par Shorten à l’égard de la communication du parti autour de sa position sur la question des implantations. « Nous avons totalement communiqué sur la question des colonies », a déclaré la source. « Nous sommes en conformité avec les positions de la communauté internationale, qui affirme leur illégalité. »

Selon un porte-parole du ministre des affaires étrangères du cabinet fantôme du parti Travailliste, Tanya Plibersek, les déclarations de Shorten ne signalent aucune inflexion dans la politique du parti concernant la légalité des implantations. « La position des Travaillistes reste identique. »

Récemment, des ténors du Parti Travailliste ont exprimé des critiques à l’encontre du gouvernement du Premier ministre Tony Abbott qu’ils accusent d’avoir fait infléchir la position de l’Australie sur les implantations.

Selon l’ancien ministre des Affaires étrangères australien Bob Carr (Travailliste), le caractère illégal des implantations israéliennes reste « une opinion courante et de bon sens », et tout point de vue contradictoire relève de l’ignorance.

La communauté juive australienne pour sa part a salué les prises de position de Shorten.

Danny Lamm, le nouveau président de la Fédération sioniste autralienne, « a salué les commentaires de Mr Shorten et ses positions très positives », a indiqué son bureau dans un communiqué transmis au Times of Israel.

« Bill Shorten est un ami d’Israël et de la communauté juive australienne et ses déclarations de principe concernant Israël et le processus de paix sont les bienvenues et très appréciées », a déclaré Lamm, selon le communiqué.

Selon le président du Conseil exécutif de la communauté juive australienne, Robert Goot, les propos de Shorten n’ont « rien de controversé ». « Les déclarations du chef de l’opposition reflètent une prise de conscience croissante parmi les dirigeants australiens que les Palestiniens et le lobby anti-Israélien déforment délibérément la réalité de la question des implantations à des fins politiques », affirme-t-il au Times of Israel.

Lors de son discours, Shorten a reconnu la nécessité de parvenir à une solution à deux Etats, affirmant que la question des implantations de peuplement ne peut être résolue que dans le cadre d’un accord de paix, affirme Goot.

« Ces frontières détermineront quelles colonies resteront en Israël et lesquelles devront être démantelées. Bien entendu, c’est une question cruciale qui doit être résolue, mais il s’agit d’une parmi un certain nombre de questions fondamentales sur le « statut final » que les parties doivent résoudre », a-t-il dit.

Et de poursuivre : « Pendant trop longtemps, les opposants à Israël ont délibérément exagéré la question de la colonisation afin de jeter le blâme sur Israël pour l’absence de paix ».

Il y a quatre mois, une première confrontation verbale a éclaté en Australie sur la question des constructions dans les implantations. Elle a opposé des dirigeants juifs locaux à de hauts responsables palestiniens au sujet des commentaires de la chef de la diplomatie australienne.

Julie Bishop, ministre australienne des Affaires étrangères (Crédit : CC BY-SA 3.0/BotMultichill, Wikimedia Commons)

Julie Bishop, ministre australienne des Affaires étrangères (Crédit : CC BY-SA 3.0/BotMultichill, Wikimedia Commons)

Dans une interview publiée le 15 janvier, Bishop semblait contester le point de vue selon lequel les colonies israéliennes seraient toutes illégales au-delà des lignes de 1967, et ce en vertu du droit international.

« Je souhaiterais connaitre quelle loi les a déclarés illégales », a-t-elle lancé. Et de poursuivre qu’elle ne voulait pas « préjuger des questions fondamentales », qui devraient plutôt être évoquées dans le cadre des négociations de paix ».

Les déclarations de Bishop ont soulevé l’indignation parmi les responsables palestiniens et australiens.

Elle « veut réinventer le droit international et qualifier les colonies israéliennes de légales », a accusé le négociateur en chef palestinien Saeb Erekat dans un éditorial publié dans le Sydney Morning Herald.     « Si Bishop a voulu afficher sa solidarité à l’égard d’une occupation qui porte atteinte aux droits d’une population occupée, elle a réussi. »

L’Australie est désormais le seul pays, à l’exception d’Israël, qui considère les colonies comme des entités légales, proteste Erekat.

Dans une réponse immédiate à l’article de M. Erekat, Peter Wertheim, le directeur exécutif du Conseil exécutif de la communauté juive australienne, a accusé ce dernier de « porter des accusations mensongères et incendiaires contre Israël ».

« Cette conduite est inconvenable pour un représentant d’un Etat aspirant à trouver sa place dans la famille des nations éprises de paix », a déclaré Wertheim au Times of Israel.

« Nous espérons sincèrement que l’OLP et son équipe de négociation se concentreront sur les gigantesques chantiers au lieu de calomnier ceux avec qui ils négocient et de détourner l’attention avec des ingérences maladroites dans la politique australienne ».

Lors d’un entretien accordé en mars à l’Australian Broadcasting Corporation, Bishop a tenté de clarifier ses positions : « Non, ce que j’ai dit, c’est que je ne connaissais aucune décision contraignante sur la question des colonies … Mais ce que je voulais dire, c’est que nous avons actuellement des négociations en cours pour une solution à deux Etats et la question des frontières. Et la question des colonies sera intégrée dans cette solution politique négociée, et pas le résultat d’une décision légale contraignante ».