L’étude, publiée dans la revue Nature Communications, a été rédigée par Shai Carmi, un professeur de sciences informatiques à l’Université de Columbia, et plus de 20 chercheurs en médecine de Yale, Columbia, Yeshiva University (Albert Einstein College de médecine), l’Université hébraïque de Jérusalem et de nombreuses autres institutions.

Les chercheurs ont analysé les génomes de 128 Juifs ashkénazes et les ont comparés à ceux d’Européens non-juifs afin de déterminer si les marqueurs génétiques des Juifs ashkénazes étaient uniques.

Ils ont constaté que les similarités génétiques des Juifs ashkénazes étaient tellement aiguës que l’un des chercheurs de l’étude, le professeur Itsik Peer, a affirmé au site Live Science que chez les Juifs ashkénazes, « tout le monde est cousin éloigné de tout le monde ».

Les résultats permettront aux chercheurs de cataloguer la quasi-totalité des variations génétiques de la population fondatrice, ont fait savoir les auteurs de l’étude. Ce catalogue génétique approfondi pourrait aider les cliniciens à interpréter les mutations génétiques individuelles, à améliorer la cartographie de certaines maladies et à donner un aperçu de l’histoire des populations du Moyen Orient et d’Europe, selon l’étude.

Le catalogue des génomes complets des Juifs ashkénazes devrait aider à identifier les mutations responsables de maladies que les ancêtres de la communauté ont transmises. Jusqu’à présent, les données ont été disponibles pour un petit sous-ensemble de marqueurs ADN communs aux Juifs ashkénazes – environ une personne sur 3 000.

Les résultats sont également attendus pour pouvoir aider la recherche sur des maladies dans d’autres groupes ethniques.

« Notre étude est le premier ensemble de données disponibles de séquences complètes d’ADN pour les génomes des Juifs ashkénazes » a déclaré Itzik Peer, un informaticien israélien à l’Université Columbia de New York, qui a dirigé l’étude.

« Avec ce catalogue complet des mutations présentes dans la population juive ashkénaze, nous serons en mesure de cartographier de façon plus efficace les gènes de maladies sur le génome et acquérir ainsi une meilleure compréhension de certaines maladies courantes. Cette étude peut aussi être un modèle pour les chercheurs travaillant avec d’autres populations ».

Les Juifs ashkénazes sont connus pour avoir des origines dans le Levant, région dans laquelle Israël se situe en plein milieu.

Mais la question de l’origine des Juifs « européens » ashkénazes est depuis longtemps débattue. Une analyse de la base de données des gènes montre que les Juifs ashkénazes d’origine viendraient pour la moitié environ d’Europe et pour l’autre du Moyen-Orient. L’analyse a dénombré une population « fondatrice » de seulement 350 personnes environ à l’époque médiévale, il y a environ 600 à 800 ans.

« Notre analyse montre que les ashkénazes du Moyen-Age ont été ethniquement mélangés, avec des Européens et des Moyen-Orientaux, à peu près à parts égales » a déclaré Shai Carmi, un scientifique post-doctorant qui travaille avec Peer et qui a procédé à l’analyse. « Les données sont plus complètes que ce qui était disponible auparavant, et nous croyons que ces données règlent le débat concernant l’ascendance d’Europe de l’Est et du Moyen-Orient chez les Juifs ashkénazes ».

L’analyse a également suggéré que les Européens d’aujourd’hui sont principalement des descendants de migrants du Moyen-Orient après la dernière ère glaciaire, il y a environ 20 000 ans. Les chercheurs veulent établir maintenant où les Juifs du Moyen-Orient et d’Europe se sont retrouvés et qui sont leurs plus proches descendants à l’heure actuelle.

Parce que la communauté ashkénaze a commencé avec un petit nombre, et qu’elle est restée génétiquement isolée, elle a développé une charge plus élevée de mutations pathogènes.

Même aujourd’hui, les Juifs ashkénazes sont connus pour être plus « à risque » pour de nombreuses maladies, y compris les cancers du sein et de l’ovaire et la maladie de Tay-Sachs. Mais de nombreuses mutations ashkénazes potentiellement pathogènes restent encore inconnues.

C’est pour résoudre ce problème que Peer et une équipe de chercheurs ont fait un séquençage en grande profondeur sur les génomes ashkénazes. Constatant que ces génomes ont près de 50 % de plus de mutations que les génomes européens en moyenne, ils ont compilé un catalogue complet de mutations génétiques qui se trouvent parmi les Juifs ashkénazes.

En révélant l’information génétique unique des Juifs ashkénazes, le catalogue devrait également permettre de repérer les gènes derrière plusieurs des maladies qui touchent cette population. Les chercheurs étudient déjà plusieurs maladies spécifiques à la population ashkénaze, y compris la schizophrénie, la maladie de Parkinson, la maladie de Crohn et le cancer, ainsi que d’autres caractéristiques, comme la longévité.

JTA a contribué à ce rapport.