Le Hamas et le Fatah se sont affrontés jeudi à propos du discours conciliant prononcé par le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas dans lequel il justifie la coopération sécuritaire avec Israël, affirmant que l’enlèvement de trois adolescents israéliens la semaine dernière était « destructeur » pour les Palestiniens.

Abbas a émis une condamnation de principe de l’enlèvement lors d’un discours prononcé mercredi devant les ministres des Affaires étrangères musulmans réunis en Arabie Saoudite.

Il a ajouté que la nationalité américaine de l’adolescent Naftali Frankel était sans rapport avec les efforts de l’AP pour rétrouver les trois garçons enlevés. « Nous leur avons dit [à l’administration américaine] qu’Israélien ou Américain, c’est un être humain,»

Sa position a immédiatement attiré les foudres du porte-parole du Hamas, Sami Abu Zuhri, qui accuse Abbas « de fonder ses déclarations sur le seul narratif israélien, sans présenter aucune information véridique. »

Le député du Hamas Mouchir al-Masri a également accusé Abbas de préférer les trois jeunes Israéliens aux milliers de prisonniers palestiniens qui croupissent dans les prisons israéliennes.

« L’occupation s’est dite heureuse des déclarations d’Abbas concernant les soldats (sic) enlevés » a écrit Masri sur ​​sa page Facebook. « Comment le Fatah ose-t-il soutenir ses déclarations ? N’est-ce pas un coup porté à la mémoire des martyrs et une offense, même pour les prisonniers du Fatah ? »

Plus tard, Masri a juxtaposé une photo d’Abbas avec une photo du chef du Hamas assassiné le cheikh Ahmad Yassin, en apposant aux deux la phrase « nous voulons nos enfants à la maison ». Mais alors que la photo de Yassine a été jumelée à une petite image de prisonniers palestiniens derrière les barreaux, une photo des trois Israéliens a été associée à celle d’Abbas. « Voici la différence entre la vérité et le mensonge », a commenté Masri, en ajoutant « le plus important c’est les trois Shalit. »

Le Fatah, qui était resté largement silencieux sur l’enlèvement d’il y a une semaine, a publié une déclaration détaillée jeudi, condamnant les déclarations du Hamas et défendant la position d’Abbas.

Dans une déclaration sur le site officiel du Fatah on peut lire que « les accusations bon marché [du Hamas] à propos des prisonniers ne sont que des mots. Tout le monde sait que le président [Abbas] a placé nos héroïques prisonniers au sommet de son ordre du jour… Son insistance sur la libération du quatrième lot de prisonniers a conduit à l’interruption des négociations. De plus nous étions opposés à ce que le Hamas avait accepté, à savoir l’expulsion des prisonniers à l’étranger, loin de leurs familles. »

L’accord de réconciliation signé au Caire entre le Fatah et le Hamas en mai 2011 appelle explicitement à « la résistance pacifique et politique », poursuit la déclaration ; « ce qui signifie que l’enlèvement constitue une violation de cet accord. »

Avec l’élargissement mercredi de l’opération de l’armée israélienne en Cisjordanie qui vise tant l’infrastructure civile que militaire du Hamas, le mouvement islamique se trouve plus isolé diplomatiquement que jamais.

Dans une interview accordée jeudi au quotidien londonien Al-Quds Al-Arabi basé à Londres un responsable du Hamas Salah Bardawil a reconnu que l’Egypte « n’était pas intéressée par ce qui se passe », ajoutant que l’Egypte n’a pas contacté le Hamas depuis l’enlèvement jeudi dernier.

Le Hamas était cependant en contact avec Abbas, exigeant une action diplomatique palestinienne urgente « pour mettre fin à l’attaque sioniste contre le peuple palestinien », a déclaré Bardawil.