Massada, l’ancienne forteresse connue comme étant le site de batailles désespérées des Juifs contre les Romains il y a deux millénaires, ne manque pas de visiteurs.

Les touristes, les participants aux bar et bat mitzva, les unités militaires qui célèbrent la fin de la formation, des classes de lycée finissant un cours d’histoire – tous se rendent sur le plateau pour s’interroger sur le sens de la dernière position d’un groupe de fanatiques Juifs contre les Romains.

Et maintenant, à la mi-juin, c’est la saison de l’opéra, quand La Traviata commencera en bas de Massada jeudi soir.

C’est la cinquième année du Festival d’Opéra d’Israël à Massada, et tandis que les dizaines de milliers de spectateurs attendus au cours des quatre représentations ne se rendront pas tous au sommet de la montagne pour une visite avant l’ouverture, ils feront tout de même faire l’expérience de la proximité avec l’Histoire.

«Les gens veulent ressentir l’aura de la montagne», a déclaré Eitan Campbell, le directeur général du Massada National Park.

Pourtant, il s’agit d’une entreprise de grande envergure.

L’équipe de production a commencé à travailler au début du printemps, prenant deux mois complets pour nettoyer 50 000 mètres carrés d’étendue de désert, puis la construction des escaliers, le transport des machines, la création des supports de sécurité et la mise en place des tentes, de l’éclairage et des toilettes.

Une fois que la scène était prête, ils ont transporté par camion les décors conçus à Tel Aviv, qui comprennent cette année une toile de fond énorme avec un écran vidéo et une reproduction partielle de la Tour Eiffel et de l’Arc de Triomphe, ainsi que des lustres à LED et 12 canapés rouges qui se retournent et qui servent de planteurs. Après tout, c’est La Traviata, opéra très populaire de Giuseppe Verdi sur une courtisane française et son amant, et les complications et les malentendus dans leur relation.

« Nous n’avons pas d’animaux cette année, mais nous avons acrobates», a déclaré Uri Hartman, directeur de la production de l’opéra, se référant aux chevaux et aux chameaux de la production de Nabucco en 2010. «Il y a 700 personnes sur scène lorsque vous ajoutez le chœur, les danseurs et l’orchestre ».

Il y a aussi l’entrée de l’opéra, qui imite un, grand boulevard parisien, avec des stands vendant des casse-croûtes français, menant aux 7 852 places prévues en face de la scène, et en toile de fond Massada. Au-delà de l’entrée, les participants arrivent par navettes du parking voisin à la piste d’atterrissage locale, car les voitures privées ne sont pas autorisées sur le site.

Les coulisses sont un village de tentes blanches englobant deux salles à manger – un pour les solistes, l’autre pour les autres – 12 vestiaires privés, les tentes pour le maquillage et les costumes et les caravanes pour les artistes et les réalisateurs. Les artistes dorment dans des hôtels à Ein Bokek, une station balnéaire à proximité de la mer Morte qui est à une courte distance en voiture de Massada.

Hartman, le directeur de production, a commencé à travailler sur les préparatifs début avril. Maintenant, deux mois plus tard, il fait face à deux jours complets de nettoyage de roches et de gravats des sentiers et des allées autour de la scène et des sièges.

« C’est beaucoup de travail », a-t-il affirmé. « Mais [maestro] Daniel Oren adore ».

En cette nuit, un vent chaud du désert souffle, rendant difficile pour les danseurs, qui font leur première répétition scène-et-piano, de se déplacer sur scène. Les solistes, quant à eux, couvrent leur bouche avec des masques et des écharpes, en essayant de minimiser la quantité de poussière et de saleté qui entre dans leurs gorges.
Ce n’est pas le climat plus hospitalier, reconnait Campbell.

Campbell doit le savoir. Il travaille à Massada depuis qu’il a 17 ans, quand sa famille a émigré en Israël et son père, un ancien restaurateur de maisons coloniales à Wilmington dans le Delaware, est devenu le restaurateur en chef du site. Maintenant, plus de 40 ans plus tard, il a travaillé un peu partout sur le site pour l’exploitation du téléphérique et la mise en place des câbles électriques souterrains pour le spectacle son et lumière.

Campbell plaisante en racontant qu’une de ses ex-épouses disait que son premier amour est cette montagne au sommet plat. C’est peut être vrai, mais maintenant il a ajouté l’opéra à sa liste. Il en écoute même dans sa voiture.

Mettre en place cette entreprise n’était pas simple. Il a fallu deux années complètes pour la direction de Massada – qui comprend les Autorités des parcs et des antiquités – et l’opéra pour se mettre d’accord sur les termes. Selon Campbell, il y avait des préoccupations au sujet de la manière de faire venir autant d’équipements et de personnes sur le site en grande partie stérile.

Mais Masada a pris une direction différente depuis le milieu des années 1990, lorsque le site du patrimoine mondial de l’UNESCO a demandé des conseils sur la façon d’améliorer l’expérience des visiteurs.

Ils ont même fait venir des consultants d’Orlando en Floride pour apprendre comment déplacer de grandes foules autour du site de façon plus efficace.

Au total 170 millions de shekels (environ 49 millions dollars) ont été investi dans la restauration et les installations du site. La production de l’opéra annuel ainsi que d’autres concerts, font partie de cet effort pour attirer plus de gens sur le site.

« Vous devez être prudent avec la restauration, car vous pourriez vous retrouver avec Disneyland », a déclaré Campbell. « C’est la même chose avec l’opéra, vous devez maintenir le patrimoine du paysage ».

Peut-être en raison de l’immense travail nécessaire pour mettre en place l’opéra – et le démontage ensuite – l’opéra à Massada n’est pas tout à fait rentable, bien que personne ne révèle les chiffres exacts.

Le budget de la production est de 27 millions de shekels (7,79 millions dollars); avec un public allant jusqu’à 31 0000 de personnes qui payent pour des billets allant de 505 shekels (145 dollars) à 1 305 shekels (377 dollars).

Une semaine avant la soirée d’ouverture de l’opéra, les places étaient loin d’être épuisées ; le prix des billets a été réduit sur le site de réduction Groupon avec une offre de 699 shekels par personne pour l’opéra et une nuit dans un hôtel de la mer Morte.

Pourtant, affirme Hanna Munitz, directrice générale de l’opéra, cela en vaut la peine.

« Nous avons gagné 2 000 nouveaux abonnés l’année dernière », indique-t-elle. « Juste parce qu’ils sont venus ici et ont découvert l’opéra ».

Un vent chaud souffle, mais Munitz est habillée pour la première répétition de la soirée, une paire de sandales plates serties est sa seule concession aux conditions désertiques. Comme les autres employés, elle dort à Ein Bokek pendant les semaines de répétitions et rentre à Tel-Aviv pour le week-end.

Munitz travaille avec le New Israeli Opera depuis plus de 30 ans et est largement créditée du rajeunissement et de la popularisation de la compagnie locale. Elle considère la production comme une partie importante des efforts du tourisme international artistique d’Israël : un festival d’opéra dans la tradition d’autres pays culturellement plus établis.

« Israël n’a pas la tradition de l’opéra, et les touristes ne viennent pas ici pour l’opéra, nous ne sommes pas sur la route de l’opéra », explique-t-elle. « Mais c’est le site mythique de Massada, et il est unique en son genre. C’est ce qui attire les gens ».

Cette année, seulement 3 000 touristes environ se joindront au public majoritairement israélien pour La Traviata. Mais le mandat ne changera pas, a déclaré Campbell.

« Quand ils commencent à faire du bruit ici, nous les appelons la neuvième légion », a-t-il raconté, se référant aux troupes romaines qui avaient campé une fois à cet endroit même. « Mais j’en suis heureux ; Je pense que c’est une bonne chose. C’est une fenêtre d’opportunité ».