Chaque année, quand l’été arrive, des groupes de nouveaux immigrants débarquent en Israël pour le début d’un nouveau chapitre dans leur vie.

Lors des célébrations organisées par l’organisation pour l’immigration Nefesh B’Nefesh à l’aéroport Ben Gurion, les olim (immigrants) venus des États-Unis et d’ailleurs sont cérémonieusement accueillis par des politiciens pendant que les membres du personnel confectionnent aussitôt leurs cartes d’identité tout en sirotant des cafés glacés.

Toutefois, toute la fanfare s’achève brusquement une fois qu’ils quittent l’aéroport, selon LiAmi Lawrence, ambassadeur auto-proclamé pour les immigrants en Israël et le chef de KeepOlim, une association qu’il a fondée l’an dernier pour aider les nouveaux arrivants en difficulté à rester en Israël.

« Les organisations », dit Lawrence, se référant à Nefesh B’Nefesh et l’Agence juive, « font un travail merveilleux pour nous amener ici, et ensuite nous sommes laissés et nous devons nous débrouiller seuls. »

Du moins, c’est la façon dont Lawrence le voit.

1500 personnes accueillent les 218 nouveaux immigrants en provenance d'Amérique du Nord qui sont arrivés en Israël sur un vol affrété par Nefesh B'Nefesh, le 19 juillet 2016. (Photo: Shahar Azran)

1500 personnes accueillent les 218 nouveaux immigrants en provenance d’Amérique du Nord qui sont arrivés en Israël sur un vol affrété par Nefesh B’Nefesh, le 19 juillet 2016. (Photo: Shahar Azran)

L’alyah a considérablement changé depuis les années 1950, lorsque des vagues d’immigrants en provenance des pays arabes sont venues en Israël, ou au début des années 1990, quand Israël a absorbé environ un million de personnes de l’ex-Union soviétique, suivis par les Juifs éthiopiens fuyant la guerre civile et la pauvreté sévissant en Afrique.

Pour les Nord-Américains, l’immigration a changé quand Nefesh B’Nefesh a été créé en 2002 par l’industriel du papier toilette Tony Gelbart et Yehoshua Fass, un rabbin de la synagogue de Gelbart en Floride. Les deux voulaient accroître l’immigration des États-Unis et la rendre plus efficace, sans la bureaucratie de l’Agence juive, l’organisation qui avait géré toute l’immigration en Israël depuis la création de l’Etat.

« Nefesh B’Nefesh transforme l’alyah en une expérience », reconnaît un fonctionnaire de l’Agence juive qui a depuis pris sa retraite de l’organisation. « Vous recevez dans l’avion tout ce dont vous avez besoin, recevez votre téléphone, devenez des citoyens pendant que vous êtes encore dans le ciel. Les cartes d’identité sont imprimées pendant que vous dansez et faites la fête au terminal de l’aéroport ».

En 2007, une véritable concurrence s’était créée entre Nefesh B’Nefesh et l’Agence juive sur la meilleure façon de gérer l’immigration en Israël. A ce moment-là, les deux organisations ont trouvé un accord de médiation qui divisait le travail, ainsi que les fonds utilisés pour gérer le processus.

Dans le cadre de l’accord, Nefesh B’Nefesh est devenu le principal organisme responsable du marketing et de la promotion de l’immigration en Israël pour les Juifs des États-Unis, du Canada et du Royaume-Uni, tandis que l’Agence Juive a été chargée de la gestion de tous les autres pays et de la responsabilité du processus bureaucratique.

LiAmi Lawrence, le fondateur de KeepOlim, estime que davantage pourrait être fait pour les nouveaux immigrants (Autorisation)

LiAmi Lawrence, le fondateur de KeepOlim, estime que davantage pourrait être fait pour les nouveaux immigrants (Autorisation)

Mais ce qui n’a pas été fait depuis que Nefesh B’Nefesh existe, c’est la création d’un système de soutien à part entière pour les immigrants une fois qu’ils ont attéri, affirme Lawrence.

Par conséquent, dit-il, des gens repartent, et en plus grand nombre que Nefesh B’Nefesh ou l’Agence juive ne veulent l’admettre.

« Nefesh B’Nefesh affirme que 7 % des personnes quittent, l’Agence Juive parle de 12 % », dit Lawrence. « Les deux disent qu’ils ne savent pas exactement, et moi je dis : Ce sont des conneries – voici 62 personnes qui viennent de quitter. »

Les 62 personnes auquelles Lawrence faite référence sont des immigrants actifs sur la page Facebook de KeepOlim ou sur les pages Facebook Secret Tel Aviv ou Secret Jerusalem. Le travail de Lawrence est de suivre ces messages parce qu’il sent que cela représente avec plus de réalisme ce qui se passe réellement avec l’immigration en Israël.

Comment réussir en Terre Sainte

Peut-être que le vrai problème avec l’alyah en 2016, reconnait Lawrence, est qu’il est plus facile de s’installer ici, mais aussi plus difficile d’y réussir que par le passé. Il cite le coût élevé de la vie, la difficulté à trouver un emploi bien rémunéré, et d’autres défis, comme apprendre l’hébreu et l’établissement d’un réseau d’amis proches et de famille. Il y a certaines catégories d’immigrants, en particulier les célibataires, qui rencontrent des difficultés parce qu’ils n’ont pas de familles et ne vivent pas dans les endroits où arrivent de nombreuses familles, explique-t-il.

Le travail post-immigration est un processus qui commence avant que les immigrants Nefesh B’Nefesh n’arrivent en Israël, selon Zev Gershinsky, le vice-président de l’organisation. Cela commence avec les services de l’emploi, en choisissant la bonne ville dans laquelle vivre, la bureaucratie et la planification financière.

New immigrants to Israel from France hold up their new Israeli ID cards (photo credit: Miriam Alster/Flash90)

Des nouveaux immigrants venant de France tendent leurs nouvelles cartes d’identité israéliennes (Crédit photo: Miriam Alster / Flash90)

Les six personnes de la division de l’emploi de Nefesh B’Nefesh diffusent environ 1 000 CV chaque semaine, postent des centaines d’offres d’emploi et gèrent environ 15 programmes très suivis chaque mois sur les impôts, les soins de santé, l’assurance nationale et d’autres notions de base.

L’aide de l’organisation peut couvrir toute une gamme de services depuis un appel téléphonique bien placé au directeur d’un département du ministère de l’Intégraton jusqu’à aider un nouvel immigrant à envisager un changement de carrière en passant par guider les enfants d’immigrants dans les décisions concernant les écoles ou l’armée.

« Nous essayons de résoudre des problèmes de la vie des gens », dit Rachel Berger, qui dirige l’équipe de l’emploi à Nefesh B’Nefesh.

Il y a cependant, explique Lawrence, trop de gens arrivant en Israël qui sont incapables de gérer les défis et mal préparés pour s’installer avec succès dans un pays étranger.

« Quelque chose doit changer », souligne-t-il. « Nous avons tous le même problème et ils ont échoué. Les gens qui nous ont amenés ont échoué la post-alyah. »

A group of retirees gathers after arriving in Israel in August, part of an aliya trip organized by Nefesh B'Nefesh. (Photo credit: Nefesh B'Nefesh via JTA)

Un groupe de retraités après leur arrivée en Israël en août 2012, dans le cadre d’un voyage pré-Alyah organisé Nefesh B’Nefesh. (Crédit photo: Nefesh B’Nefesh via JTA)

Les nouveaux immigrants qui ont des problèmes se tournent souvent vers les organisations chargées de l’intégration quand ils ont un problème.

« Nous les trouvons souvent quand quelque chose ne va pas », dit Josie Arbel, la directrice des services d’intégration et de programmation de l’AACI, l’Association des Américains et des Canadiens en Israël. « Quand ils obtiennent une lettre de l’Institut national d’assurance ou une convocation de l’armée, et qu’ils ne savent pas comment gérer, cela me brise le coeur. »

Lawrence était proche d’avoir sa propre crise d’alyah quand il a fondé KeepOlim l’année dernière. Ce spécialiste en relations publiques de 52 ans était quelqu’un qui avait passé beaucoup de temps en Israël. Il était revenu en Israël après 20 ans à Los Angeles, revenant car c’était là où il voulait vivre, mais a constaté que c’était plus difficile maintenant qu’il était plus âgé, célibataire et à la recherche d’un travail.

Les temps sont devenus encore plus difficiles quand Lawrence est tombé malade, et, faute de sécurité financière suffisante et de connaissance du système de santé, a pataugé pendant des mois avant de trouver le bon médecin qui a pu remettre sa santé sur les rails.

C’est à cette époque qu’il a créé la page Facebook KeepOlim et a découvert en quelques heures une communauté d’immigrants qui percevaient comme lui-même les défis de l’immigration. Selon Lawrence, trop de gens arrivent en Israël parce qu’ils sont à un tournant de leur vie, et comme lui, manquent d’un réseau suffisant d’amis et d’une famille, d’un bon niveau d’hébreu et d’une profession dans laquelle ils peuvent travailler ici.

« Ils peuvent venir ici parce qu’ils aiment Israël, mais beaucoup de gens viennent ici ‘perdus’, dit-il. « Israël ne peut pas être la panacée pour leurs problèmes dans la vie, et cela n’est pas facile quand vous n’avez pas la langue, n’avez pas de famille ou d’amis et vous sortez tout frais du bateau et venez ici pour un nouveau départ, mais vous tombez rapidement. Vous n’avez pas d’emploi, ou la langue, Maman et Papa ne sont pas ici, et c’est là que les problèmes arrivent ».

Nefesh B’Nefesh procède actuellement à une étude avec l’université hébraïque pour analyser qui ne réussit pas son alyah, et pourquoi.

« Nous voulons comprendre et s’il y a quelque chose que nous pouvons corriger », dit Gershinsky.

Lingua franca

Apprendre l’hébreu est particulièrement difficile pour beaucoup d’anglophones, qui s’attendent souvent à ce que tout le monde parle anglais en Israël.

« Vous ne pouvez pas apprendre l’hébreu pendant six heures, puis chercher un emploi et avoir un conjoint et des enfants », dit Lawrence. « Nous avons besoin de différents types d’oulpans [cours intensifs d’hébreu]. Les gens veulent avoir un oulpan d’improvisation, ou en petits groupes, la nuit, à des heures différentes. »

Ce qui rend KeepOlim inhabituel dans le domaine des services aux immigrants est son accès au large éventail des immigrants en Israël, non seulement aux anglophones, mais à tout le monde, note Arbel de l’AACI.

Une nouvelle immigrante s'inscrivant pour des cours d'hébreu à l'Oulpan Etzion à Jérusalem, en 2012 (Crédit photo: Oren Nahshon / Flash90)

Une nouvelle immigrante s’inscrivant pour des cours d’hébreu à l’Oulpan Etzion à Jérusalem, en 2012 (Crédit photo: Oren Nahshon / Flash90)

« L’un des changements les plus importants de l’intégration concerne ce que les gens attendent comme aide du gouvernement », dit Arbel. « Ils veulent faire correctement les formalités bureaucratiques, mais ils ne pensent pas que le gouvernement leur trouvera un emploi. »

En effet, une partie du problème des immigrants est de savoir qui peut les aider à régler leurs problèmes. C’est vraiment un défi de navigation, dit-elle. « Vous devez savoir qui est la personne qui pourra le mieux vous conseiller, que ce soit dans votre secteur d’activité, ou avec votre propriétaire. Vous pouvez crier dans le cyber-espace, et la réponse que vous obtiendrez dépend de qui est là-bas ce jour-là. »

Le type de personne est aussi un facteur de la probabilité de succès pour un nouvel immigrant, poursuit-elle. Par exemple, les jeunes célibataires qui s’installent à Tel-Aviv ne sont pas très idéalistes.

« Ils ne vont pas dans un kibboutz ou ne communient pas pour lutter ensemble, » dit-elle. « Ni les célibataires plus âgés. Ils viennent parce que la vie n’est pas formidable, ils veulent trouver un sens à leur vie et Israël pourrait combler un besoin ».

L’installation à Tel Aviv pour les jeunes nouveaux immigrants a créé une nouvelle série de defis, admet Lawrence.

C’est une ville formidable pour les célibataires, et la municipalité et d’autres organisations ont créé des activités et une plaque tournante pour les immigrants. Mais c’est aussi un endroit où la vie est chère, et c’est l’une des raisons pour lesquelles beaucoup ont commencé à travailler dans l’industrie illégale du forex et des options binaires, où ils peuvent se faire des salaires relativement élevés.

« Vous avez des gens de 26 ans faisant 20 000 shekels (4 700 euros) par mois, cela déforme leurs esprits », dit Lawrence. « Ils ne se sentent pas trop bien avec eux-mêmes – et si vous le leur retirez, vous pensez vraiment qu’ils resteraient en Israël ? »

Lawrence dit que plus d’infrastructures doivent être offertes aux immigrants afin de les encourager à rester. Il a commencé avec plusieurs initiatives, et a d’autres idées pour l’avenir, notamment une meilleure programmation de l’emploi, une banque nationale de l’emploi, des cours pour aider les gens à trouver leurs passions professionnelles, des cours d’auto-assistance, et des ateliers et du mentorat pour le marché du travail israélien.

Il a également fait appel à l’ancien deputé Dov Lipman pour faire pression à la Knesset pour plus d’aide aux immigrants.

LiAmi Lawrence, à gauche, avec l'ancien député Dov Lipman, qui fera pression pour les nouveaux immigrants à la Knesset (Autorisation)

LiAmi Lawrence, à gauche, avec l’ancien député Dov Lipman, qui fera pression pour les nouveaux immigrants à la Knesset (Autorisation)

Selon Lipman, les immigrants ont plus de pouvoir collectif que jamais auparavant, et il ne croit pas que quiconque à la Knesset soit conscient qu’Israël est en train de perdre des immigrants en raison des défis auxquels ils font face.

« Pourtant, Israël n’est pas le premier choix pour la plupart des gens », dit Lawrence. Les Juifs les plus aisés d’Argentine et du Brésil préfèrent aller aux États-Unis et en Espagne, et les Juifs français se dirigent souvent vers Montréal et les États-Unis.

« Nous recevons des gens parce qu’ils ne veulent pas être là où ils sont », dit Lawrence. « Imaginez combien plus nous pourrions accueillir si elles restaient ici et y prospéraient, et ce n’est pas ce qui se passe. »