Les ordres les plus basiques pour un soldat – ceux qui dictent son comportement, le distinguant d’un maraudeur – sont les règles de l’engagement. En hébreu, les termes de la loi sont moins blanchis : règles sur l’ouverture du feu. Quand un soldat peut-il utiliser son arme et dans quelles circonstances ?

Les ordres sont faits pour être simples et clairs. Ils ne peuvent pas se lire comme une résolution de l’ONU. Ils sont répétés aux soldats avant chaque action d’opération, profondément logés dans l’esprit des soldats telle une ancre.

En Cisjordanie, par exemple, les règles ressemblent souvent à cela : si tu vois quelqu’un avec une arme et te sens immédiatement en danger, tire pour tuer. Si tu ressens le danger mais que tu as le temps, ordonne à la personne d’arrêter, ensuite tire une fois dans les airs, puis tire pour blesser et enfin tire pour tuer.

Ces règles changent tout le temps. Elles changent s’il y a des forces alliées opérant aux alentours. Elles changent de jour comme de nuit. Elles changent selon que l’opération a lieu dans un endroit sans civils ou dans un endroit où de nombreux civils sont restés.

Mais elles sont, dans les airs et, de manière encore plus aigüe, au sol, presque obsolètes, sinon complètement perverties par la réalité de la guerre actuelle à Gaza.

L’unité du porte-parole de l’armée affirme que les règles de l’engagement « sont classées secrètes » et que, dans tous les cas,
« elles changent tout le temps ».

Un haut-officier de l’armée de l’air israélienne a articulé le défi d’en haut. Les pilotes s’envolent avec l’instruction « d’éviter au maximum de toucher les civils » explique le Général de brigade Yaron Rosen, le Commandant de la Division Air Helicopter et d’Air Support de l’armée de l’air israélienne.

Et pourtant, lors de l’opération actuelle, il a dit avoir vu, par exemple, « un ventilateur » de 15 roquettes torpiller vers le ciel depuis Beit Hanoun, au nord de la bande de Gaza. Immédiatement, il pouvait voir, depuis son poste de commande, où ils étaient destinés : Ashdod, Kiryat Gat, Tel Aviv. En faisant un zoom sur le point de feu, il a vu que les roquettes étaient lancées depuis une plateforme de lancement souterraine
« contre le mur » d’une école de filles et de garçons.

Rendre le coup feu, détruisant le lance-roquette, a-t-il dit, aurait probablement touché l’école. Peut-être qu’il y a des enfants dedans.
« Que fais-je ? Que fais-je maintenant ? » a-t-il demandé.

L’armée de l’air, a-t-il expliqué, s’est retenue de tirer et a épargné les vies « de centaines de combattants du Hamas » et d’intérêts dans le but d’éviter de blesser des gens innocents.

« Quand les civils sont-ils tués ? » a-t-il demandé. « Quand il n’y a plus le temps. Quand les tirs sont dirigés sur les citoyens d’Israël ».

« Un Etat », a-t-il ajouté, doit « servir ses propres citoyens ».

Rosen a semblé sincèrement émerveillé par l’ampleur de l’infrastructure militaire enfouie dans les complexes civils et humanitaires à Gaza. Il a utilisé les mots « insondable » et « fou » à plusieurs occasions. Il a parlé de l’hôpital Al Wafa, qu’Israël a bombardé après avoir été vidé à la fin, comme du poste de commande central depuis lequel le Hamas a dirigé les batailles sanglantes de Chajaya. « C’était un hôpital pris en otage par le Hamas » a-t-il dit.

Les réalités de Gaza, en regardant du ciel, sont claires, a-t-il expliqué. La complexité, proximité et densité de la population sont évidentes.

Mais les pilotes opèrent parmi des cieux largement impénétrables. Leurs vies sont rarement en danger. Sur le terrain, au milieu de la densité qu’il a décrite, et même avec l’étroit soutien de l’aviation, les risques pour l’infanterie et les corps blindés sont toujours présents et crucialement, très perturbants.

Un soldat de la brigade Golani, qui a combattu dans la bataille de Chajaya, a dit qu’on en parlait déjà comme de la bataille héroïque pour le Mont Hermon en 1973. Il a dit qu’il avait combattu un ennemi, pris feu de partout, perdu même des amis proches et son commandant direct et pourtant « nous n’avons vu personne ».

Après une semaine à Gaza, a-t-il dit, il n’a toujours pas vu le visage de l’ennemi.

A la place, la bataille fait des remous autour d’eux. Les militants surgissent de tunnels et ouvrent le feu depuis l’arrière, les ânes trottent vers les troupes tirant un wagon plein d’explosifs. Les terroristes suicides font des sprints désespérés sur les allées, et un vieil homme, semblant chercher de l’eau tente de jeter 5 grenades à une brigade de la troupe, a raconté mercredi le Général de brigade Michael Edelstein, Commandant de la Division gazaouite.

Il a décrit une rue surveillée par les soldats plus tôt cette semaine, dans une petite ville appelée Khirbet Khaza’iya, dans laquelle 19 des 28 maisons sur la rue centrale étaient piégées. Plusieurs ont des fils-pièges dans les jardins et sur les portes, plusieurs ont des dispositifs de double-activation, ce qui signifie qu’on peut les faire exploser de loin avec, disons, un téléphone. Des milliers de maisons, a-t-il dit, ont explosé grâce à des militants dans toute la bande de Gaza.

Paul Martin, un reporter pour le Globe and Mail, a raconté avoir vu des hommes armés partir de Chajaya, dans des vêtements de femmes, avec l’un d’eux emmaillotant son fusil dans une couverture comme un bébé.

« C’est terrifiant » a affirmé un soldat combattant, qui s’est battu dans l’opération Plomb durci. « Les officiers (de la brigade) des renseignements vous font flipper ».

Dans cette réalité, encore plus déformée par la peur constante de l’enlèvement, l’armée, semblerait-il, a du mal à exprimer des règles impérieuses d’engagement. « On nous a dit de tirer sur tout ce qui semblait suspicieux » a dit le soldat qui a combattu lors de Plomb durci. « Je doute que les règles aient beaucoup changé depuis ».