WHIPPANY, New Jersey (New Jersey Jewish News via JTA) – Avec une carrière consacrée à l’amour du sport et à l’écriture autour du sport, Ron Kaplan peut se plonger dans de nombreux sujets. Et si vous ajoutez à cette passion le temps passé à travailler pour le Congrès juif américain, et à la décennie au New Jersey Jewish News, vous comprenez pourquoi l’éditeur a vu en lui la personne idéale pour se pencher sur le sujet de son nouveau livre.

Hank Greenberg in 1938: Hatred and Home Runs in the Shadow of War (Sports Publishing, 2017) parle d’une célébrité juive qui a tenté de rentrer dans l’histoire du baseball au moment où les préjugés contre les juifs battaient leurs plein en Europe. Mais Kaplan a fait face à un défi de taille : il y a déjà une dizaine de livres sur le joueur des Detroit Tigers, ainsi que le documentaire primé d’Aviva Kemper, « The Life and Times of Hank Greenberg ». Cependant, personne n’avait fait le rapprochement entre la combinaison de facteurs unique qui ont fait de 1938, une année charnière pour le baseball et pour l’histoire du monde.

Kaplan a parlé à ceux qui connaissaient Greenberg, notamment, le célèbre journaliste sportif Ira Berkow, qui avait travaillé avec le joueur sur ses mémoires. Des membres du gratin du baseball l’ont aidé dans sa recherche, et Kaplan s’est plongé dans des journaux d’époque.

Il est retourné à une époque où les voitures neuves valaient 600 dollars, et les réfrigérateurs en coûtaient 200, et où une star comme Greenberg gagnait 30 000 dollars, et durant laquelle la prise de conscience sur le conflit en Europe émergeait. Durant l’année 1938, explique Kaplan, les articles sur la menace nazie dans les médias variait de petits paragraphes à des articles en Une avec les gros titres, alors que les États-Unis manifestaient une réticence à accueillir les réfugiés juifs qui fuyaient l’oppression nazie.

Hank Greenberg in 1938: Hatred and Home Runs in the Shadow of War

Hank Greenberg in 1938: Hatred and Home Runs in the Shadow of War

Comme l’a écrit Kaplan, journaliste primé et blogueur, « Hammerin’ Hank » sortait d’une saison exceptionnelle avec les Tigers, il a fait 40 coups sûrs et 184 home runs. Mais, alors qu’il était « en lice pour battre le record de Babe Ruth en home run, la solution finale d’Hitler prenait forme ». Les juifs des États-Unis, préoccupés par la menace à l’international, « voyaient en Greenberg un symbole d’espoir », a écrit Kaplan.

« Bien qu’il ait généralement hésité à évoquer l’antisémitisme auquel il a pu faire face, le sportif savait quel rôle il jouait pour tant de gens. Il disait : « j’en suis arrivé à ressentir que si moi, en tant que juif, je pouvais faire un home run, c’était comme un coup contre Hitler ».

Dans le climat actuel, avec les débats sur les réfugiés syriens, le débat sur l’usage du slogan America First par Donald Trump, un slogan popularisé par Charles Lindbergh, un isolationniste antisémite, et l’antisémitisme grandissant, « malheureusement, certains problèmes de 1938 sont toujours d’actualité », a déclaré Kaplan au NJJN.

En se penchant sur la vie de Greenberg, en parlant à ceux qui l’ont connu, en lisant tout ce qui était disponible, Kaplan a réaffirmé ses plus hautes attentes.

« Il a toujours été un mensch », a assuré l’auteur.

Cette qualité a été mise à l’épreuve en 1938, quand le costaud Greenberg, l’un des rares juifs dans le monde du sport, a joué dans l’une des villes les plus antisémite du pays, pour tenter de battre le record de home run de Ruth. Bien que la foule l’adulât, et que la majeure partie du pays le soutenait, certains ne voulaient pas voir un juif détrôner Babe Ruth. Kaplan a expliqué qu’il se pourrait que certains lanceurs ont délibérément empêché Greenberg d’atteindre son objectif.

Ron Kaplan avec son nouveau livre (Crédit : Facebook)

Ron Kaplan avec son nouveau livre (Crédit : Facebook)

Greenberg a fini avec 58 home run, soit 3 de moins que le record de Ruth.

« Mais Greenberg a toujours refusé d’utiliser l’antisémitisme comme une excuse », a expliqué Kaplan, qui a souligné que le joueur de premier but avait démarré lentement, et qu’un printemps pluvieux avait contraint les Tigers à jouer une fin de saison fatiguante.

Cependant, Greenberg, décédé en 1986, était conscient de ces préjugés. Sa dernière année en tant que joueur a coïncidé avec la première année de Jackie Robinson, et il a manifesté très clairement son soutien et son respect au premier joueur noir dans les ligues majeures, ce que Robinson a répété à maintes et maintes reprises à ses propres biographes.

La réussite de Greenberg sur le terrain ne l’a pas empêché de savoir ce qui se passait dans le monde. Kaplan a raconté comment Greenberg était l’un des premiers joueurs professionnels à s’enrôler dans l’armée, en 1941. Durant ses premières années sportives, il a mis le baseball de côté et a rejoint les rangs de l’armée. Après une exemption honorable, il s’est à nouveau enrôlé dans l’armée de l’air, dans laquelle il a servi jusqu’à la fin de la guerre.

« C’était une célébrité, mais il ne s’est pas adonné à des tournées pour faire la morale, sans être actif », a expliqué Kaplan. « Il était activement impliqué, dans les bombardements du théâtre chinois et du théâtre Burma. »

Adolf Hitler et Hermann Göring au balcon de la Chancellerie, à Berlin, le 16 mars 1938. (Crédit : Bundesarchiv, Bild/Wikipedia)

Adolf Hitler et Hermann Göring au balcon de la Chancellerie, à Berlin, le 16 mars 1938. (Crédit : Bundesarchiv, Bild/Wikipedia)

Ce n’est qu’à la fin de la guerre que Greenberg a endossé un rôle moins actif, et a servi dans les unités administratives.

Et ensuite, avec l’aplomb qui le caractérisait, il est revenu jouer avec les Tigers, dirigeant l’équipe jusqu’au championnat mondial de 1945.

En écrivant son livre, Kaplan s’est adonné à une vie entière de passion du sport. Son premier livre, s’intitulait 501 Baseball Books Fans Must Read Before They Die. Son second, The Jewish Olympics : The History of Maccabiah Games, publié en 2015, a mis en lumière un sujet qui n’avait quasiment jamais été abordé. En plus de ses propre blog, soigné et populaire, Ron Kaplan’s Baseball Bookshelf et Kaplan’s Korner on Jews and Sports, il a contribué au lancement de la page Facebook Jewish Sports du JTA.

Kaplan réside à Montclair avec son épouse, Faith Krausman, vétérinaire et écrivain, et leur fille Rachel, photographe. Ils sont membres de Bnai Keshet, une synagogue reconstructionniste à Monclair, dans le New Jersey.

Si Kaplan s’en tient à son projet, il devrait se consacrer sur un ouvrage, provisoirement intitulé On Deck to History, qui présentera des anecdotes et des interviews de joueurs qui attendent leur tour au bâton, lors de grands moments du sport.

Kaplan a cité un exemple, à propos d’un autre record détenu par « The Bambino » : Dusty Baker, le joueur et manager était dans le cercle d’attente quand un autre « Hammerin’ Hank », Hank Aaron, une légende des Atlanta Braves, a battu le record de Ruth de 714 home run. C’est le genre de moments auxquels un amateur de sport et journaliste ne peut pas résister.