À environ 10 h, mercredi, après 42 jours de négociations exténuantes et seulement deux heures avant la date limite, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a signé son nom sur l’accord final de coalition qui doit inaugurer son quatrième gouvernement.

Dans un rare consensus de tous les partis, tout le monde semblait d’accord pour dire que la large victoire de 30 sièges obtenus par Netanyahu le jour du scrutin a fini lamentablement.

Selon l’accord de coalition signé mercredi avec HaBayit HaYehudi, la faction de 8 sièges obtient deux importants ministères – l’Education et la Justice – ainsi que l’Agriculture, la Diaspora, la planification des implantations de Cisjordanie et la budgétisation, la présidence de la commission des lois de la Knesset et de la commission étatique qui nomme les juges, le poste de vice-ministre de la Défense, et d’innombrables promesses financières et législatives.

Mais même au début du processus, quand Netanyahu était moins désespéré, ses propositions aux partis tels que Kulanu et Yahadout HaTorah furent très généreuses.

Moshe Kahlon, chef de Koulanou, a remporté non seulement les ministères des Finances et du Logement, mais la tête des organismes responsables du zonage et de la planification des terres étatiques, avec des promesses de postes futurs. En effet, Kahlon a pris le contrôle d’une grande partie de la canalisation de la réforme agraire dont il a besoin pour faire passer de significatives réformes du logement, promises durant les élections.

Shas, avec seulement 7 sièges, a remporté le ministère de l’Economie, le ministère de l’Intérieur, le ministère des Affaires religieuses, le contrôle de facto du rabbinat étatique et de son processus de nomination – et ainsi de suite.

Et tout cela sans compter les milliards promis aux institutions ultra-orthodoxes et nationales-religieuses et au financement de diverses réformes exigées par chaque parti comme des « trophées » pour leurs secteurs.

En fin de compte, comme dans le dernier gouvernement Netanyahu, la seule ligne rouge que le Premier ministre a respectée est le contrôle de la politique étrangère et de la défense du pays.

L’armée, le corps diplomatique, la police, les prisons et les agences de renseignements, les pseudo-ministères appelés « Affaires stratégiques » et « Renseignement », la puissante commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset – tous ceux-là restent entre les mains du parti au pouvoir, après avoir renoncé aux Finances de l’Etat, à la réforme du logement, à l’emploi, l’éducation, la santé, ou à tout ce qui pourrait améliorer la vie quotidienne des Israéliens.

Et quand tout cela a été vendu aux enchères, qu’avait Netanyahu à faire de plus pour montrer sa générosité ? Une coalition de 61 sièges contre une opposition de 59.

Pire encore, c’est une coalition qui a déjà précisé dans les négociations qu’elle ne serait pas redevable au Premier ministre.

Un exemple : Kahlon a obtenu l’accord de Netanyahu que son parti avait « la liberté de vote » – c’est-à-dire qu’il n’aurait pas à se conformer à la discipline de la coalition – sur les réformes de la Haute Cour de Justice, et probablement sur le projet de loi « de l’Etat-nation juif ».

Cela signifie que ces projets de loi sont effectivement morts à l’arrivée, même s’ils bénéficient du soutien du 34e gouvernement. L’Union sioniste, la Liste arabe unie, Yesh Atid, Meretz et Koulanou forment un bloc de 63 sièges qui pourrait bloquer une telle législation.

Les réformes du logement de Koulanou, les réformes judiciaires de HaBayit HaYehudi (soutenues par de nombreux députés Likud), la demande ultra-orthodoxe d’annuler une partie de la législation adoptée dans la dernière Knesset sur la réforme du service militaire des haredim ou sur les réformes de la conversion, même le simple accord de coalition promettant d’élargir le gouvernement de 18 à 22 ministres – tout cela et plus sont susceptibles d’être soumis au plénum de la Knesset par un gouvernement qui pourrait ne pas avoir suffisamment de votes en sa faveur.

Netanyahu a fait mieux, le jour du scrutin,  que tous les partis au pouvoir depuis les élections de 2003, mais il semblerait qu’il ne parvienne pas à traduire une telle victoire électorale en forte gouvernance.

La question qui se pose maintenant sur le système politique est : pourquoi ?

Au niveau tactique, il est clair que le facteur le plus important de l’embarras de Netanyahu est le dirigeant de l’Union sioniste Isaac Herzog.

Netanyahu s’est tourné vers Herzog ces derniers jours (et officieusement, ces dernières semaines) dans l’espoir de reconstituer une coalition de 77 sièges (Likud, Union sioniste, Kulanu et les partis ultra-orthodoxes).

Herzog a dit non, laissant Netanyahu avec une coalition droite-orthodoxes de 67 sièges.

Puis Avigdor Liberman d’Yisrael Beitenu a tiré sa révérence, lundi, emportant ses six sièges avec lui et laissant Netanyahu avec le chiffre minimum requis pour former un gouvernement, 61 sièges.

A seulement deux jours de l’échéance, Netanyahu n’avait pas d’autre choix que d’accepter presque tout de HaBayit HaYehudi, qui dispose des huit derniers sièges nécessaires pour atteindre les 61.

Le raisonnement de Herzog pour avoir refusé un gouvernement de coalition est solide. Ces 20 dernières années, les dirigeants travaillistes se sont succédé en moyenne tous les deux ans.

Herzog, qui participera à des primaires dans un an et demi, a sûrement estimé qu’il serait probablement perdant s’il était considéré comme le subordonné de Netanyahu.

Le Likud aurait également demandé que Herzog entre dans la coalition sans sa partenaire Tzipi Livni et son parti Hatnua.

Ce qui présentait le très réel danger que Livni pourrait s’allier à Yesh Atid de Yair Lapid dans l’opposition et former une union plus crédible, suffisamment crédible, craignait Herzog, pour faire mieux aux prochaines élections qu’un Netanyahu lié aux travaillistes.

Herzog a peut-être aussi calculé que l’option d’entrer dans un gouvernement Netanyahu de 61 sièges ne disparaîtra pas. La seule possibilité pour Netanyahu de dépasser les 61 sièges reste Herzog. Pourquoi faire le plongeon avant les primaires travaillistes, peut raisonner Herzog, alors que l’offre sera toujours là après ?

Netanyahu a promis de faire passer la réforme électorale qui aiderait un futur Premier ministre à éviter les luttes qu’il a dû endurer. Mais on ignore comment relever le seuil électoral ou élargir la Knesset, ce qui permettrait de résoudre le problème essentiel, qui est que l’électorat est trop fracturé pour permettre la formation d’une majorité décisive.

Avec un quart de l’électorat votant à gauche, un quart à droite, et environ la moitié qui vote avec d’autres critères (selon des identités sociales et religieuses), le parti au pouvoir a toujours dû composer avec de larges pans du système politique et économique.

L’un des premiers chantiers de Netanyahu dans la nouvelle Knesset sera de proposer des amendements aux lois électorales qui compliqueront le processus de destitution du Premier ministre élu, même s’il devait perdre sa majorité parlementaire.

Il y a néanmoins un problème. Bien qu’une telle réforme puisse gagner le soutien du Likud, des travaillistes et d’Yisrael Beitenu – soit parce qu’ils en bénéficieraient directement soit parce qu’ils ont épousé des réformes similaires pendant des années -, les partis pourraient parvenir à rassembler entre 55 et 60 votes au mieux, et n’atteindraient pas la majorité nécessaire.

Le 20e Knesset, commence à comprendre Netanyahu, est peut-être trop fracturée pour s’auto-réparer.