Je connaissais à peine le nom de Neda Amin avant la fin du mois dernier. Journaliste née en Iran, bloggeuse et militante des droits de l’Homme qui critiquait le régime, elle avait quitté l’Iran pour la Turquie en 2014, et avait écrit un seul article, en tant que freelance, pour le Times of Israël depuis ce pays l’année dernière. Je ne l’avais jamais rencontrée. Je ne lui avais jamais parlé.

Mais elle nous a ensuite contactés, et nous a dit que sa vie était en danger. Elle écrivait fréquemment sur son blog du Times of Israël en perse, l’une de nos cinq éditions. Et le fait d’écrire pour un site d’information israélien, ajouté à ses autres écrits, lui avait apparemment rendu la vie en Turquie difficile.

Elle nous a dit, par écrit, et pendant nos très courtes conversations téléphoniques, que sa vie était en danger. Elle avait été interrogée à plusieurs reprises par la police turque, et il lui avait été dit qu’elle risquait d’être expulsée du pays. De plus, si aucun pays n’acceptait qu’elle vienne, il lui avait été dit qu’elle serait renvoyée en Iran, où le pire pourrait arriver.

Elle a dit qu’elle était censée obtenir une protection des Nations unies, mais qu’elle ne pensait pas que cela lui permettrait d’être en sécurité. Elle a arrêté d’écrire contre les autorités en Turquie, mais il lui avait été bien précisé que ses critiques publiques du régime iranien, et le fait qu’elle écrive pour un site israélien, n’étaient pas tolérables.

Elle avait aussi contacté les autorités israéliennes, et a demandé à être autorisée à venir ici.

Neda parle peu l’anglais. C’était suffisant pour me dire, au téléphone, « M. Horovitz, s’il-vous-plait, sauvez-moi. »

Neda Amin, quelques heures après son arrivée en Israël, dans les bureaux de Jérusalem du Times of Israël, le 10 août 2017. (Crédit : Tamar Pileggi/Times of Israël)

Neda Amin, quelques heures après son arrivée en Israël, dans les bureaux de Jérusalem du Times of Israël, le 10 août 2017. (Crédit : Tamar Pileggi/Times of Israël)

Après avoir rassemblé plus d’informations, j’ai contacté quelques personnes, israéliennes et autres, que je pensais capables de pouvoir me conseiller, et d’aider Neda.

Et elles l’ont fait. Leur volonté d’aider a été remarquable. Presque personne ne m’a dit qu’il n’y avait rien à faire.

Elle dit avoir des origines juives, que la mère de son père était juive. Je ne sais pas si cela a été un facteur pour la réponse israélienne, j’ai tendance à penser que non.

Je ne sais pas laquelle des personnes vers qui je me suis tourné a joué un rôle critique. (Et je n’ai pas été le seul à agir pour elle : UN Watch a lancé une pétition, et l’Association des journalistes de Jérusalem a écrit directement au ministre de l’Intérieur Aryeh Deri. Ce que je sais, c’est que peu après avoir donné des informations sur le cas de Neda, les autorités israéliennes sont entrées en action. Les vérifications qui devaient être faites ont évidemment été faites. Les décisions qui devaient être prises ont évidemment été prises.

Au consulat israélien d’Istanbul, le consul général, Shai Cohen, et Yaffa Olivitski, chargée des affaires consulaires, ont contacté Neda, et sont allés bien plus loin pour l’aider. Les documents administratifs ont été organisés. Il m’a même été dit que Neda allait être autorisée à venir en Israël, avec un visa approprié.

J’ai eu le sentiment qu’Israël en général, et le Times of Israël en particulier, avait été un facteur dans la mise en danger de sa vie, que nous avions l’obligation de tenter de garantir qu’aucun mal ne lui serait fait. L’Etat d’Israël a à l’évidence pensé la même chose.

Son départ ne s’est pas fait sans heurt. La première fois qu’elle devait prendre l’avion pour Tel Aviv et s’est rendue à l’aéroport, il lui manquait un formulaire qui devait être délivré par la police turque. Elle ne pouvait pas être autorisée à monter dans l’avion sans ce document. Malheureusement, son téléphone portable n’avait plus de batterie, et elle n’a pas pu nous en informer. Elle a disparu des écrans pendant quelques heures, et quelqu’un, quelque part, a additionné deux et deux pour arriver à cinq, et a affirmé aux médias israéliens qu’elle avait été arrêtée.

Ce n’était pas le cas. Et deux jours après, tôt jeudi matin, elle est retournée à l’aéroport, formulaire à la main, et a pu prendre son avion pour Tel Aviv. Avec son chien, devrai-je ajouter, un berger allemand de 27 kilogrammes, Chica, qui est l’amour de sa vie.

Neda Amin, à droite, avec David Horovitz, rédacteur en chef, dans les bureaux de Jérusalem du Times of Israël, le 10 août 2017. (Crédit : Tamar Pileggi/Times of Israël)

Neda Amin, à droite, avec David Horovitz, rédacteur en chef, dans les bureaux de Jérusalem du Times of Israël, le 10 août 2017. (Crédit : Tamar Pileggi/Times of Israël)

J’ai passé une partie de la journée de jeudi avec Neda, à apprendre plus de son histoire.

D’après son récit, la dernière année et demie a été difficile, voire terrifiante. Elle dit avoir été convoquée pas moins de six fois par les autorités turques, elle a été accusée d’être une espionne, il lui a été proposé d’importantes sommes d’argent pour travailler avec elles, elle a été menacée d’être expulsée vers l’Iran.

Pendant une session, elle leur a demandé « est-il illégal d’écrire pour un média israélien ? » Non, lui a-t-on répondu. « Alors pourquoi toutes ces enquêtes ? » Parce que, « nous n’aimons pas travailler avec Israël, et nous n’aimons pas que vous travailliez avec Israël. »

Elle a ajouté que son appartement avait été récemment cambriolé. Elle pense que Chica a effrayé quiconque a tenté d’entrer. Ces dernières semaines, elle ne dormait pas chez elle, trop effrayée pour cela.

Il lui a été dit qu’elle serait expulsée à partir du 5 août, et elle se battait contre cette expulsion devant les tribunaux turcs quand Israël lui a ouvert ses portes.

Je suis certain qu’il y a bien plus encore dans son histoire. Je ne sais pas du tout comment elle se poursuivra maintenant.

Mais en tant que journaliste qui critique fréquemment ce qui se fait ici, qui s’inquiète de nombreux aspects de la direction que prend ce pays, je suis fier de l’Etat d’Israël aujourd’hui.

Nous avons pensé qu’une vie était en danger, et nous avons agi pour garantir que ce danger soit évité. Un petit épisode de la vie de notre nation.

Un bon épisode.