Un poisson d’eau douce de forme aveugle, originaire des grottes et des eaux souterraines du Mexique, se sert des ondes de très haute fréquence qu’il produit avec sa bouche pour se diriger, d’une manière similaire aux chauves-souris. C’est le résultat d’une enquête menée par des chercheurs israéliens de l’université de Tel Aviv.

L’étude, publiée le mois dernier dans le Journal of Experimental Biology, révèle des mécanismes jusqu’à présent inconnus grâce auxquels l’Astyanax fasciatus, plus connu sous le nom de tétra mexicain (ou tétra cavernicole), utilise la succion des vagues pour générer des vibrations sous-marines, puis mesurer à quelle distance se trouvent des objets proches grâce aux variations dans la pression qu’exerce l’eau sur sa peau.

Les chercheurs connaissaient déjà la sensibilité du tétra aux vibrations de l’eau, provoquée par un organe sensoriel du nom de ligne latérale, présent chez tous les poissons et qui leur permet de percevoir les sons alentours. Mais la capacité d’utiliser cet organe pour « voir » dans le noir est une découverte inédite.

L’équipe de chercheurs, composée de Roi Holzman, Shimrit Perkol-Finkel et Gregory Zilman, a mené des expériences au cours desquelles les mouvements buccaux de l’Astyanax fasciatus ont été observés.

Les scientifiques ont réalisé que le poisson faisait beaucoup plus de mouvements lorsqu’il se trouvait à proximité d’objets nouveaux que lorsqu’il nageait en territoire familier.

Ils ont également remarqué que la succion des vagues augmentait considérablement à mesure que le poisson se rapprochait d’objets solides, d’une manière comparables aux signaux sonores de plus en plus rapprochés émis par une voiture qui se gare en marche arrière.

Les chercheurs ont comparé cette technique à l’écholocalisation qu’utilisent les chauves-souris et d’autres animaux (notamment les dauphins) pour évaluer à quelle distance se trouvent des objets en émettant des ondes acoustiques et en mesurant le temps qu’elles mettent pour revenir.

Contrairement à l’écholocalisation, la technique du tétra ne lui permet pas de mesurer le temps, mais la manière subtile dont la pression de l’eau varie en raison des mouvements de succion.

Holzman a déclaré à Live Science que si ce mécanisme n’avait pour l’heure été découvert que chez les tétras mexicains de forme aveugle, il était fort possible qu’il existe chez d’autres espèces de poisson.

« Il s’agit d’un mécanisme ancestral et il paraît logique que d’autres poissons s’en servent », estime-t-il. « Nous ne l’avons pas encore vérifié, mais j’aimerais vraiment qu’on le fasse. »