La façon dont les terroristes de l’État islamique ont brûlé vif le pilote jordanien, lieutenant Moaz Kasasbeh, ne doit pas être mal interprétée : elle montre que l’organisation a subi des défaites dans la bataille et comble sa frustration dans des actes brutaux et vicieux qui dépassent même ses turpitudes passées.

Le pilote, capturé le 24 décembre, a payé le prix ultime, il y a un mois, pour les coups que l’organisation a essuyés en Irak, au Kurdistan, en Syrie et même sur le « champ de bataille » économique.

La Jordanie affirme que l’organisation terroriste a tué le pilote le 3 janvier, mais l’État islamique cache ce fait, peut-être dans une tentative de tirer le meilleur parti de ses négociations sur les deux otages japonais.

Mais l’insistance de la Jordanie à évoquer l’implication du pilote dans les négociations a empêtré l’État islamique dans ses propres mensonges.

Tuer les otages japonais fait également partie du plan de l’organisation terroriste de remporter plus de sympathie de la population et de donner – au moins en apparence – l’image d’une organisation qui enchaîne les succès.

Cependant, la réalité pour l’Etat islamique n’est pas aussi simple qu’elle ne l’était au printemps et à l’été de l’année dernière. Son expansion territoriale a été interrompue, surtout en Irak.

A Kobané, ville située dans la zone kurde de la Syrie, les membres de l’organisation ont été vaincus, ce qui est un symbole fort.

Les milices kurdes ont prouvé qu’avec un esprit combatif et quelques équipements (et le soutien de l’aviation de la coalition internationale), il est possible de stopper l’avancée de l’État islamique, et même de le vaincre.

Dans son parcours à Kobané, l’EI est passé d’une armée invincible à une force pouvant être maîtrisée en quelques semaines, voire quelques jours.

Mais les Kurdes d’Irak ne se sont pas reposés sur leurs lauriers de la victoire de Kobané et se sont préparés à attaquer une zone au nord de Mossoul, le fief de l’EI, devenu un symbole de leur incroyable puissance.

Au cours des dernières semaines, ils ont réussi à conquérir plusieurs villages à la périphérie de la ville et s’approchent maintenant du nord de Mossoul.

De l’autre côté, les milices chiites accumulent des victoires remarquables dans la banlieue sud de Mossoul, dans la province de Diyala notamment, et atteignent peu à peu la ville par le sud.

Sur la route, ces mêmes milices chiites, qui s’appuient sur l’aide américaine et iranienne, expulsent des milliers de musulmans sunnites de leurs maisons, une forme de revanche sur les sunnites qui, il n’y a pas si longtemps, rivalisaient avec les chiites.

Sur le champ de bataille lui-même, suite au raid aérien sur ses forces, l’État islamique a changé sa ligne de conduite.

Il se regroupe dans les villes qu’il a déjà conquises – Mossoul, Raqqa en Syrie et autres – mais peine à affronter les masses de combattants.

L’attaque aérienne de la coalition a frappé les convois de l’EI et l’organisation opère désormais en habits civils et en plus petits convois.

Ses revenus ont également été sérieusement touchés car les raffineries et les camions-citernes qu’il contrôlait ont été attaqués et la pression imposée à Ankara pour que la Turquie cesse son commerce de carburant avec l’État islamique a augmenté. Cette pression a porté ses fruits.

Si la Turquie n’a pas totalement cessé d’acheter du gaz à l’EI, elle a certainement freiné ses transactions.

Et en plus de tout cela, l’État islamique doit toujours gérer une routine quotidienne, du moins à Mossoul et Raqqa.

Il doit fournir une assistance de base à la population, y compris des soins médicaux, d’hygiène, d’éducation, etc., même quand il ne marque pas de grandes victoires.

Et au regard de l’épuisement de ses ressources et de ses difficultés sur le champ de bataille, il est difficile d’imaginer comment il pourra être un véritable pays islamique plutôt qu’un simple phénomène passager dans l’histoire sanglante du Moyen-Orient.