Le 10 novembre 2012, les terroristes de Gaza ont tiré un missile guidé sur une jeep de l’armée. Tous les soldats à l’intérieur ont été blessés, deux gravement. Au cours des jours qui ont suivi, le Hamas a envoyé des roquettes et des missiles sur Israël qui avait répondu par des frappes aériennes prudentes.

Le 14 novembre, Ehud Barak alors ministre de la Défense et le Premier ministre Benjamin Netanyahu avaient visité le front nord du plateau du Golan, de manière ostensible. Ce passage avait dissimulé la frappe qui avait suivi : le meurtre ciblé du chef militaire du Hamas Ahmed Jaabri et l’élimination, par l’armée de l’air, de la majorité des roquettes à longue portée Fajr-5 du Hamas.

La destruction de cet arsenal, réalisé grâce à la perspicacité des services de renseignements, ont cloué l’organisation islamiste alors que l’armée lançait une opération de huit jours, qui, malgré les 1 500 projectiles tirés sur Israël, a été perçue par beaucoup comme un succès.

L’armée aura du mal à reproduire une opération de ce genre cette semaine dans ce qui semble maintenant – après le lancement de plus de 100 roquettes et obus de mortier sur Israël dans les dernières 24 heures – se profiler comme une grande offensive à Gaza.

Cela est partiellement dû au fait que le Hamas a poussé à bout Israël – soit dans l’espoir d’attiser les flammes de l’agitation en Israël et en Cisjordanie ; soit dans le but de conjurer ses rivaux du Jihad Islamique palestinien et autres organisations salafistes assorties ; soit par rapport aux désaccords entre ses ailes politique et militaire ; soit encore comme une expression de son aliénation de l’Egypte et de l’Iran… Ce ne sont là que quelques-unes des théories actuelles sur la question.

Il pourrait encore y avoir des surprises. La médiation égyptienne pourrait aussi produire un accord.

Mais il va de soi qu’Israël a également tiré les leçons de la Seconde Guerre du Liban en 2006. Comme en novembre 2012, on appellera probablement les réservistes en masse avant de lancer une opération de grande envergure, donnant aux troupes le temps de se former et de signaler à l’autre côté que des frappes majeures seront imminentes.

Mais si le Hamas ne veut pas céder à ce qui relève de la dissuasion, Israël, en tant qu’Etat souverain, n’aura d’autre choix que de le frapper durement et de défendre ses citoyens grâce à une action militaire. Du sang sera versé. Des innocents des deux côtés en paieront le prix.

La question, alors, n’est pas tellement si Israël répondra au barrage de roquettes, mais plutôt quelle forme prendra la réponse. Autrement dit quelles seront les « ambitions » d’un gouvernement qui sera forcé d’agir dans la bande de Gaza ?

Le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman s’est prononcé pour une opération qui permettrait à Israël de reprendre le contrôle de la bande. Le ministre de l’Economie Naftali Bennett, lui, a refusé de préciser sa position sur les ondes, mais plaiderait probablement pour une démarche similaire.

Dans cette optique, le Général Udi Dekel et le Dr Kobi Michael de l’Institut des Etudes sur la Sécurité Nationale (Institute for National Security Studies) ont récemment écrit qu’une telle opération exigerait un maximum de réservistes et de renforts, contrairement aux 1 500 soldats mis en place ces jours-ci.

Cela serait une opération de longue durée dans la bande de Gaza, y compris pour les troupes au sol ; et un prix à payer lourd pour la population civile israélienne, qui serait sous le feu pendant des semaines voire des mois.

Les chercheurs ont calculé le coût d’une telle opération, l’estimant à 15 milliards de shekels (3,2 milliards d’euros). Mais cela laisserait également Israël responsable de 1,5 million de Palestiniens. Par conséquent, ont fait valoir Dekel et Michael qu’il serait « préférable d’avoir un objectif stratégique modeste et réalisable ».

Le major-général (en retraite) Amos Yadlin, directeur de l’INSS et ancien commandant de la Direction du renseignement militaire d’Israël, a qualifié cette réoccupation d’« erreur stratégique ». Il a écrit sur sa page Facebook dimanche qu’il plaidait plutôt pour une offensive qui viserait l’aile militaire du Hamas, les dirigeants de l’organisation, sa puissance de feu, et ses capacités de production d’armes.

Idéalement, si elle est forcée à une guerre limitée, l’armée commencera par une frappe coordonnée, sans doute contre les roquettes à longue portée du Hamas, qui sont moins mobiles que ses dirigeants, qui auront prévu où se réfugier. De là, il va tenter de marquer le maximum de gains en un minimum de temps.

Mais, comme l’ancien chef du Mossad, Efraim Halevy a déclaré lors d’une récente entrevue téléphonique, on sait où une guerre commence, mais jamais où elle se termine. « Les hasards de la guerre » a-t-il exprimé en anglais – sa langue maternelle – « ne sont jamais prédestinés ».