En juin 2012, le père de Yahya Zandani, Aharon, a été poignardé à mort au marché principal de Sanaa. Son corps a été transporté en Israël pour y être enterré. Néanmoins, Yahya est retourné au Yémen, où son beau-père et ses trois frères vivent encore.

Aujourd’hui, la famille fait partie des 60 derniers Juifs du Yémen – dont 40 sont entassés dans un camp fermé du gouvernement au cœur de la capitale, Sanaa, aujourd’hui contrôlée par les rebelles.

S’exprimant par téléphone au Times of Israel mardi, Zandani, 31 ans, raconte que, malgré leur credo ouvertement antisémite, les rebelles houthis ne menacent pas les Juifs, du moins pas encore. Mais il confie ses peurs profondes face à l’avenir.

Zandani parle d’une enceinte fortifiée connue comme la ville touristique – où le président déchu Ali Abdallah Saleh, a relocalisé la communauté en 2008 après avoir été chassé de la province septentrionale de Saada par les Houthis.

Des diplomates arabes irakiens et égyptiens se sont également réfugiés dans le camp ces derniers jours, après que leurs ambassades aient été bombardées.

Zandani raconte que les Juifs, tout comme les autres Yéménites, connaissent des bombardements nocturnes aériens de la coalition, mais ne sont pas traités différemment en raison de leur religion.

Une coalition arabe dirigée par l’Arabie saoudite a commencé à bombarder des bastions houthis dans tout le pays la semaine dernière, après que le président Abd Rabbo Mansour Hadi a fui le pays depuis la ville portuaire d’Aden, que les rebelles chiites ont prise d’assaut en mars, implorant une aide étrangère.

La devise de l’insurrection chiite, qui a émergé à Saada en 2004 et a pris le contrôle de Sanaa en septembre dernier, est « Mort à l’Amérique, mort à Israël, maudits soient les Juifs, victoire à l’Islam ». Néanmoins, les Juifs ne sont pas visés par les rebelles à ce jour, dit Zandani.

« La situation est difficile au Yémen avec la guerre et tout cela, mais il n’y a aucun problème [propre] aux Juifs », dit Zandani. « Tout [est dirigé contre] le gouvernement. »

« Les Houthis ne parlent pas avec les Juifs, mais il y a encore une certaine crainte, » admet Zandani. « Nous ignorons qui est un Houthi et qui ne l’est pas, qui est bon et qui est mauvais… Nous ne savons pas ce que prévoient les Arabes. »

Actuellement, dit Zandani, les 40 Juifs vivant à Sanaa ne quittent leur camp que pour acheter les produits de nécessité essentiels, et reviennent chez eux immédiatement. Les diplomates arabes qui y résident avec les Juifs « nous ont dit qu’ils n’ont pas de travail, tout est bombardé », confie-t-il.

Les Yéménites qui souhaitent retirer de l’argent du pays doivent demander la permission des fonctionnaires houthis, qui ont pris le contrôle de tous les bureaux gouvernementaux dans la capitale, dit Zandani. « Le gouvernement ne peut rien faire, il obéit tout simplement aux Houthis. »

Pourquoi Zandani – qui a séjourné en Israël et aux États-Unis, et dont toute la famille réside en Israël – refuse-t-il de quitter le Yémen en dépit des difficultés de sa communauté et de sa propre tragédie personnelle ? La réponse peut surprendre les observateurs occidentaux.

« J’aimais vivre ici. Depuis que mon père a été tué, je surveille l’Arabe [qui l’a assassiné], m’assurant qu’il ne soit pas libéré […] Maintenant, puisqu’il n’y a pas de gouvernement, il n’y a plus rien à faire ici. »

Si Zandani soutient que les Juifs de Sanaa n’ont subi aucune hostilité de la part des nouveaux dirigeants houthis, les autres Juifs au Yémen, une petite communauté dans la ville du nord de Raida d’environ 20 âmes, signalent des tensions avec les résidents musulmans de la ville sur des questions de propriété.

« Nous avions deux maisons à Saada et un générateur électrique, mais nous ne pouvons rien faire ; les Houthis les ont déjà pris. Maintenant, nous n’avons rien », déplore Zandani. « Nous avons parlé au gouvernement ici, mais il n’a rien fait. »

Ce week-end, Zandani et sa femme célébreront le Seder de Pessah à Sanaa. Ils cuiront la matza comme les Hébreux le font depuis au moins deux millénaires, lorsqu’ils sont arrivés au sud de la Péninsule arabique.

« Nous moulons la farine nous-mêmes, à la maison », dit-il.

Eli Tamim, le beau-frère de de Zandani de Rishon Lezion, espère que son proche se décidera enfin à s’installer en Israël.

« Ils n’ont rien à faire là-bas. Je l’ai supplié de partir, lui disant que ses enfants n’ont aucun avenir au Yémen. Je suis très inquiet. »