Les Etats-Unis et la Russie semblent loin d’un accord sur le renouvellement de la mission du groupe d’experts JIM (Joint Investigative Mechanism, mécanisme d’enquête conjoint), chargé d’enquêter sur l’utilisation d’armes chimiques en Syrie, trois jours avant l’échéance de leur mandat, selon des diplomates.

Interrogé par des journalistes pour savoir si des progrès avaient été réalisés pour rapprocher les positions russe et américaine, l’ambassadeur russe à l’ONU, Vassily Nebenzia, a répondu lundi : « On parle de leur projet » de résolution mais « nous avons le nôtre ».

« On parle aux Américains, ce n’est pas fini », a-t-il assuré, en soulignant que son pays était favorable à un renouvellement du mandat du JIM, qui « est important », et espérait toujours un accord avec les Etats-Unis.

« La Russie exprime des mots de soutien pour le renouvellement de JIM, mais ces mots ne sont soutenus par aucune action », a rétorqué peu après la mission américaine à l’ONU. « Le projet de texte présenté par la Russie sans aucune négociation n’est pas utile, n’a aucun soutien et ne peut être pris au sérieux », a-t-on ajouté de même source.

Moscou a déposé un projet de résolution au Conseil de sécurité proposant le prolongement pour six mois du mandat du JIM et le renvoi d’experts en Syrie pour enquêter sur l’attaque chimique le 4 avril à Khan Cheikhoun (plus de 80 morts). La Russie rejette les conclusions des enquêteurs qui ont estimé fin octobre que le régime syrien était responsable de cette attaque au gaz sarin.

Les Etats-Unis ont fait circuler une contre-proposition de texte, refusant de mettre en cause le rapport et réclamant un prolongement pour 18 mois de la mission des enquêteurs qui ont encore une soixantaine d’attaques chimiques présumées à étudier.

Certains pays comme la Suède ou l’Egypte ont proposé des formulations de compromis mais les Américains ont réagi négativement, selon une source diplomatique.

Le mandat du JIM arrive à expiration jeudi soir et le Conseil de sécurité doit adopter d’ici là une résolution pour que leur travail puisse se poursuivre.

« Derrière le combat en cours pour le renouvellement du JIM en Syrie (ou le bras de fer avec Pyongyang), c’est la pérennité du régime de non-prolifération qui est en jeu », a indiqué à l’AFP l’ambassadeur français à l’ONU, François Delattre.

« Lorsque l’on regarde les choses objectivement, chacun de ces régimes est mis à l’épreuve – ou en tout cas attaqué – aujourd’hui : le régime chimique par les développements en Syrie, le régime nucléaire par la crise nord-coréenne, le régime bactériologique par une convergence d’intérêts. Or, ces régimes sont l’un des acquis les plus précieux des dernières décennies. Leur affaiblissement serait particulièrement dangereux pour les fondamentaux de notre sécurité », a-t-il estimé.

Capture d’écran François Delattre (Crédit : YouTube)