BERLIN – Un rassemblement organisé par la communauté juive pour protester contre la récente flambée de l’antisémitisme à travers l’Allemagne a vu une foule éclectique de 8 000 personnes, dimanche, à la Porte de Brandebourg. Dans cette manifestation organisée par le Conseil central des Juifs en Allemagne, de étaient présentes de nombreuses minorités, y compris des chrétiens syriens, des musulmans et des Africains en quête de reconnaissance de leurs propres luttes en Allemagne et à l’étranger.

La chancelière allemande Angela Merkel, en tête d’affiche de l’événement, a condamné sans équivoque l’antisémitisme qui a caractérisé les manifestations de cet été contre Israël et son offensive à Gaza. Elle a affirmé que ceux qui ont utilisé la critique d’Israël pour dissimuler leur antisémitisme ont « abusé de notre cher droit fondamental à la liberté d’expression et à la liberté de réunion ». Ce thème – celui de l’antisémitisme qui se cache dans la haine d’Israël – a été repris par le maire de Berlin Klaus Wowereit. Il a également appelé le gouvernement à interdire le parti NPD qui représente une extrême droite nationaliste.

Les commentaires de Ron Lauder, président du Congrès juif mondial, ont été accueillis par des applaudissements : « Juifs et non-Juifs, nous sommes ensemble comme un seul peuple à dire ‘Non à l’intolérance ! Non à l’antisémitisme !' », a lancé Lauder qui parlait en allemand et en anglais. Malgré les dirigeants politiques et religieux allemands qui se sont exprimés lors de la manifestation, le fait qu’elle ait été organisée par le Conseil central des Juifs d’Allemagne a contrarié certains participants. Gabriel Goldberg, un dirigeant communautaire basé à Düsseldorf, est aussi venu au rassemblement : « Cela aurait été mieux si des non-Juifs avaient organisé ce rassemblement, et non pas la communauté juive – mais bon c’est comme cela » a-t-il déclaré.

Gabriel Goldberg, un leader juif allemand basé à Düsseldorf, venu au rassemblement sous l'égide du Congrès juif mondial. (Micki Weinberg / The Times of Israël)

Gabriel Goldberg, un leader juif allemand basé à Düsseldorf, venu au rassemblement sous l’égide du Congrès juif mondial. (Micki Weinberg / The Times of Israël)

« Nous sommes contre la haine »

Parmi les milliers de militants non-juifs qui ont participé à la manifestation, l’immigrant nigérian Jeff Okaham, qui a passé la nuit dans la gare centrale d’Essen pour prendre un train tôt le matin. Il s’est joint à un groupe de populations autochtones du Biafra lors du rassemblement. Il était avec son camarade Ifeanyi Ezeanyim et ensemble, les deux ont brandi un grand drapeau de l’ancienne République du Biafra, qui a reçu le soutien d’Israël pendant sa guerre contre le Nigeria. « Nous sommes ici aujourd’hui parce que nous voulons que le monde sache qui nous sommes. Les Britanniques et les Soviétiques ont tué 3,5 millions de personnes au Biafra et le monde était silencieux. Nous sommes solidaires avec Israël en tant que Biafrais. [Le groupe fondamentaliste islamique nigérian] Boko Haram ressemble au Hamas » a déclaré Okaham.

D’autres minorités persécutées ont également voulu, lors de ce rassemblement, montrer leur solidarité avec le peuple juif et attirer l’attention sur leurs propres luttes. Julia [elle n’a pas mentionné son nom] a fait savoir qu’elle était une réfugiée ; elle est arrivée à Berlin de Damas l’année dernière. Elle est venue à la manifestation avec un groupe d’autres chrétiens syriens qui tenaient de grands drapeaux et affiches assyriens appelant à la fin des persécutions des chrétiens au Moyen Orient. « Nous avons une histoire similaire aux Juifs, à ce qui leur est arrivé en Allemagne… Nous voulons montrer notre solidarité avec Israël parce que nous avons les mêmes valeurs. Nous sommes contre la haine. En Syrie beaucoup pensent la même chose, mais ne peuvent pas dire ce qu’ils ressentent » a affirmé Julia.

Parmi les réfugiés et les immigrants venus pour montrer leur soutien, certains sont d’origine musulmane, comme Benno Bahman, originaire d’Erbil, au Kurdistan irakien, et qui portait un grand drapeau kurde. « Presque tous au Kurdistan soutiennent Israël » a déclaré Bahman, soulignant que « ce qui s’est passé avec les Juifs est similaire à ce qui s’est passé pour mon peuple. »

Les membres des peuples autochtones de l'organisation du Biafra au rassemblement Berlin contre l'antisémitisme, le 14 septembre, 2014 (Micki Weinberg / The Times of Israël)

Les membres des peuples autochtones de l’organisation du Biafra au rassemblement Berlin contre l’antisémitisme, le 14 septembre, 2014 (Micki Weinberg / The Times of Israël)

Il y avait aussi de nombreux Allemands non-juifs venus manifester. Kay Schweigmann-Greve est venu avec sa fille et d’autres membres d’un mouvement de jeunesse de Hanovre. Les jeunes portaient des chemises bleues avec une ficelle rouge, semblables à celles du mouvement israélien Hanoar Haoved Vehalomed. « Nous sommes venus pour être avec nos camarades juifs et israéliens… pour manifester contre l’antisémitisme » a déclaré Schweigmann-Greve. Il parle couramment hébreu et a conduit des voyages en Israël qui mettent l’accent sur ​​le fait de donner aux jeunes « une vision positive d’Israël ».

La vision de Schweigmann-Greve sur Israël n’est pas partagée par un autre participant au rassemblement, Sebastien Reichel, un militant du Parti social-démocrate (SPD). Le SPD a récemment provoqué la colère de la communauté juive avec des déclarations controversées de certains de ses membres qui comme Ralf Stegner, à la suite des attaques de missiles du Hamas sur Israël, a souhaité que l’Allemagne interdise les exportations d’armes dans tout le Moyen Orient, y compris vers Israël. Lors du rassemblement, Reichel, tout en condamnant l’antisémitisme, s’est dit favorable aux sanctions sur Israël car « le gouvernement israélien n’est pas digne de confiance ».

Plus de sanctions, moins de rassemblements

La forte opposition à l’antisémitisme, évidente lors du rassemblement de dimanche n’est pas typique de l’Allemagne qu’a connue Vyacheslav Pyorushev, un immigrant ukrainien juif, qui vit à Erfurt depuis son enfance. « Même si je suis blond, j’ai eu quelques mauvaises expériences, résidant à Erfurt, dans l’ex-Allemagne de l’Est, où il y a beaucoup de gens contre les Juifs et les étrangers » affirme Pyorushev, pour qui il y a bien plus à faire dans la lutte contre l’antisémitisme en Allemagne. « Le gouvernement essaie de faire de son mieux, mais je souhaite qu’ils soient plus sévères sur la lutte contre l’antisémitisme avec des peines plus dures pour les actes antisémites. Les rassemblements ne suffisent pas » estime-t-il.

Mulsim Benno Bahman de Erbil, dans le Kurdistan irakien portait un grand drapeau kurde le 14 septembre, 2014 à la manifestation contre l'antisémitisme à Berlin. (Micki Weinberg / The Times of Israël)

Mulsim Benno Bahman de Erbil, dans le Kurdistan irakien, portait un grand drapeau kurde le 14 septembre 2014 à la manifestation contre l’antisémitisme à Berlin. (Micki Weinberg / The Times of Israël)

Le rassemblement de Berlin a finalement éclipsé bien d’autres protestations contre l’antisémitisme en Europe. Pour Joshua Spinner, vice-président exécutif et directeur général de la Fondation Lauder : « La différence quantitative et qualitative entre cette manifestation et ce qui s’est passé à Londres démontre comment, sur un plan moral, l’Allemagne est un endroit complètement différent par rapport à ​​cette question, de tout autre pays d’Europe occidentale ».

Cependant, le rassemblement n’a pas été du goût de tout le monde. De petits groupes de militants islamiques et anti-israéliens ont brandi des drapeaux palestiniens et anti-israéliens et sont restés après la fin du rassemblement. Et cela a commencé à chauffer entre supporters israéliens et groupes pro-palestiniens… A côté du Mémorial de l’Holocauste de Berlin, et de ses rangées étranges qui ressemblent à des monuments funéraires, un groupuscule anti-israélien s’est mis à vociférer des invectives contre Israël. Après le rassemblement, quelques drapeaux palestiniens flottaient avec un jeune qui criait en allemand : « Les Juifs tuent des enfants ! ».

Militants islamiques et anti-israéliens ont brandi des drapeaux palestiniens affiches à Berlin, le 14 septembre, 2014 (Micki Weinberg / The Times of Israël)

Militants islamiques et anti-israéliens brandissant des drapeaux palestiniens à Berlin, le 14 septembre 2014 (Micki Weinberg / The Times of Israël)