Trois personnes dont deux policiers ont été blessées par balle près de la synagogue de Copenhague dans la nuit de samedi à dimanche, a annoncé la police.

Un éventuel lien avec l’attaque qui a fait un mort et trois blessés samedi après-midi lors d’un débat sur l’islamisme et la liberté d’expression n’a pas pu être établi.

« L’auteur des coups de feu a fui les lieux à pied », a indiqué la police dans un communiqué.

Elle a précisé qu’une personne avait été blessée à la tête, un policier à la jambe et un autre au bras.

Un important dispositif policier avait été déployé dès l’après-midi pour retrouver l’auteur de la première fusillade, qui avait tiré des dizaines de balles au pistolet-mitrailleur.

« Il y a une forte présence de fonctionnaires de police dans Copenhague. Suivez leurs instructions et soyez sur vos gardes », ont écrit les forces de l’ordre sur Twitter après la fusillade près de la synagogue.

La gare de Nørreport, dans le même quartier que la synagogue en centre-ville, a été évacuée et les trains ne s’y arrêtent plus, a rapporté l’agence de presse danoise Ritzau, citant la compagnie ferroviaire DSB.

Plus tôt, un homme a criblé de balles samedi à Copenhague un centre culturel où se tenait un débat sur l’islamisme et la liberté d’expression, avec pour invités l’auteur d’une caricature de Mahomet et l’ambassadeur de France, faisant un mort et blessant trois policiers.

Le terroriste était recherché par la police dans la nuit de samedi à dimanche, et aucun élément n’avait filtré sur son identité.

« Le Danemark a été touché aujourd’hui par un acte de violence cynique. Tout porte à croire que la fusillade (…) était un attentat politique et de ce fait un acte terroriste », a affirmé la chef du gouvernement danois, Helle Thorning-Schmidt.

Paris a immédiatement condamné « avec la plus grande fermeté » cette « attaque terroriste » qui a eu lieu vers 15h00 GMT. Joint par l’AFP, l’ambassadeur de France au Danemark, François Zimeray, qui était présent lors de l’attaque a décrit un assaut brutal.

Washington a évoqué une attaque « déplorable », dans un communiqué du Conseil de sécurité nationale, et propose d’apporter son aide à l’enquête.

La police a d’abord parlé de deux terroristes présumés ayant pris la fuite à bord d’une voiture. Le véhicule, vide, a été retrouvé quelques heures plus tard, à proximité du lieu de l’attaque et d’une gare.

Puis quatre heures après l’attaque, les forces de l’ordre ont indiqué que « les premiers témoignages indiquent qu’il n’y avait qu’un auteur » des coups de feu.

Elles ont diffusé une photo, apparemment prise dans un parking, d’un homme vêtu d’une doudoune foncée et d’un bonnet ou d’une cagoule bordeaux, avec un signalement : 25 à 30 ans, environ 1,85 m, athlétique.

« Ils nous ont tiré dessus de l’extérieur. C’était la même intention que (l’attaque contre) Charlie Hebdo sauf qu’ils n’ont pas réussi à entrer », a-t-il déclaré, alors qu’il se trouvait encore sur les lieux une heure après l’attentat.

L’attaque par deux djihadistes français contre l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, le 7 janvier à Paris, a fait 12 morts. Les assaillants avaient pénétré dans la salle de rédaction et y avaient ouvert le feu, avant de tuer un policier dans leur fuite.

À Copenhague, « intuitivement je dirais qu’il y a eu au moins 50 coups de feu, et les policiers ici nous disent 200. Des balles sont passées à travers les portes et tout le monde s’est jeté à terre », a raconté l’ambassadeur de France.

Un homme dans l’assistance est mort, a indiqué la police dans un communiqué. Il avait 40 ans. Trois policiers ont été blessés en tentant de protéger les participants. M. Zimeray les a remerciés sur Twitter en affirmant qu’ils lui avaient sauvé la vie.

Signalement diffusé

Les vitres ont été criblées de nombreux impacts. Et la BBC a diffusé un enregistrement où on entend l’Ukrainienne Inna Shevchenko, du mouvement Femen, interrompue par des dizaines de coups de feu qui claquent sans répit, plusieurs par seconde.

Plusieurs dizaines de personnes assistaient au débat, sous protection policière.

L’artiste et caricaturiste suédois Lars Vilks, sorti indemne, a été l’objet de plusieurs menaces et d’agressions depuis la publication à l’été 2007 d’un dessin représentant le prophète Mahomet avec un corps de chien. Il ne se déplace que sous escorte.

Les services de renseignement (PET) ont indiqué que l’attaque était « planifiée ». Mais la police a estimé que la question de la ou des personnes spécifiquement visées n’était « pas évidente ».

Les services de sécurité suédois ont précisé à l’AFP qu’ils étaient mobilisés au cas où le terroriste présumé traverserait le détroit séparant Copenhague de Malmö. La police danoise coopère aussi avec son homologue allemande, selon Mme Thorning-Schmidt.

Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a condamné « avec la plus grande fermeté » cette « attaque terroriste » et le président français François Hollande a exprimé à la Première ministre danoise « toute la solidarité de la France dans cette épreuve ».

Son ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a annoncé qu’il allait se rendre « dans les meilleurs délais » à Copenhague.

La police avait établi un large périmètre de sécurité samedi autour des lieux pour y faire les premières constatations.

« On se sent tous Danois ce soir », a déclaré à l’AFP un chroniqueur de Charlie Hebdo, Patrick Pelloux. « C’est affreux parce que c’est un mois après les attentats à Paris, cela fait ressortir toute la tristesse ».

Des habitants interrogés par l’AFP confiaient ne pas avoir peur.

« Nous subissons une menace terroriste élevée depuis de nombreuses années », remarquait Jesper Juhl, qui expliquait que les fusillades n’étaient pas si rares à Copenhague.

« Je ne pense pas qu’on puisse empêcher ça parce que nous allons toujours provoquer quelqu’un en usant de notre liberté d’expression. C’est comme ça, c’est tout », estimait Sevkan Koyuncu, un musulman danois.